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Interview d'Olivier Boilot

Il y a de ces découvertes que l'on fait sur internet qui vous laissent sans voix... C'est ce qui m'est arrivé en septembre 2004 en ayant l'agréable surprise de tomber sur un court–métrage amateur de huit minutes mettant en scène Tintin et tous ces amis. Le réalisateur de ce petit Chef d'œuvre se nomme Olivier BOILLOT et habite à Reyrieux dans l'Ain. Découvrons avec lui le pourquoi et le comment d'une telle aventure.


Thomas Philippe: - Alors, ne passons pas par quatre chemins et commençons par la première question : Pourquoi avoir choisi de réaliser un court–métrage sur Tintin ?

Olivier Boilot – En fait, c'est une bande dessinée qui m'a suivi toute mon enfance, j'adorais ce héros. Depuis plusieurs années, j'avais des images dans la tête mettant en scène Tintin dans un film en chair et en os. Je ne sais pas comment elles sont arrivées là mais je les avais. J'ai laissé mûrir. Puis est venu le temps de faire mon film de fin d'études, je me suis alors lancé. Je crois que j'étais un peu déçu des adaptations du début des années 60, l'ambiance de la bande dessinée n'y était pas. Ce qui m'a motivé c'était le challenge que représentait la réalisation d'un tel film, surtout avec le peu de moyens que je pouvais avoir.

T.P. – Les moyens parlons–en justement; à combien se sont élevés les frais d'une telle production?

O.B. – Le film a coûté dans les environs de 16.000 francs français (environ 2.500 euros). Je l'ai entièrement produit. L'université Lumière (de Lyon) ne donnait qu'une aide matérielle, en aucun cas financière. Pendant la phase de préparation, j'ai effectué une multitude de petits boulots pour rassembler la somme. J'ai beaucoup travailler dans une maison des jeunes et de la culture (j'y travaille encore un peu d'ailleurs) qui m'a beaucoup aidé.

T.P. – Quand on voit justement le générique de fin du film, on ne peut qu'être surpris par le nombre de personnes qui font partie de votre famille. En est–il de même pour les acteurs ?

O.B. – En grande partie, les acteurs sont des amis que je connaissais à l'avance. Tel le capitaine Haddock (Renaud Terrier) et le professeur Tournesol (Gil Jouvenel). Ils ne me croyaient pas quand je leur disais qu'ils correspondaient aux personnages. Et pourtant c'était le cas. Bien entendu le maquillage est entré en jeu. Pour Tintin, c'était une autre histoire. Il a fallu lancer un casting (remporté par Valentin Durant). Tout comme pour Milou (Helline), qui n'a pas été facile à trouver. Il fallait un Fox Terrier capable de donner à l'écran ce que l'on souhaitait. Ce qui importait surtout pour les acteurs, c'était leur apparence physique, étant donner qu'ils ne parlaient pas, ou très peu.

T.P. – Aviez–vous déja un scénario avant de trouver les comédiens ?

O.B. – Oui, et c'est venu comme ça d'un coup. Je trouvais très intéressant de montrer le maximum d'albums comme dans une bande annonce. Mais cela s'est révélé être un piège, il ne fallait pas que ça fasse simplement bande annonce. J'ai donc imaginé une introduction et une conclusion qui englobleraient le tout. L'idée de mettre en scène Hergé scout est venue de là. J'ai fait des recherches et je l'ai écrit.

T.P. – Scénario, comédiens et moyens en poche, vous pouviez commencer le tournage. Où celui–ci s'est–il effectué ?

O.B. – Nous avons réussi à trouver une grande partie des décors pas très loin du bureau de production, dans les alentours de Lyon. Par contre, nous sommes allés tourner les plans du port à Sète, et la scène du désert aux dunes du Pyla près d'Arcachon.

T.P. – Quand on voit la multitude de décors dans le film, on est tenté de se dire que le tournage a dû être long. Combien de temps tout cela a–t-il duré ?

O.B. – Le tournage avec les comédiens a duré pile quinze jours non–stop. Il a fallu une semaine supplémentaire pour le tournage des effets spéciaux (maquettes, peintures sur verre...). Un mois de montage et auparavant 4 à 5 mois de préparation.

T.P. – Pendant ces quinze jours de tournage, avez–vous rencontré l'un ou l'autre problème ?

O.B. – Très peu à vrai dire. Bizarrement, tout s'est passé comme sur des roulettes. La plupart des problèmes furent d'ordre technique comme filmer le sous–marin requin devant une peinture aquatique trop petite... Non vraiment tout s'est très bien passé, surtout en ce qui concerne la logistique. Grâce à un merveilleux premier assistant (Hervé Cuzon) qui a fait un travail formidable.

T.P. – Même si vous n'avez rencontré que des problèmes d'ordre technique, il y a quand même bien dû y avoir l'une ou l'autre anecdote amusante pendant le tournage, non ?

O.B. – Oui, des chutes! Le capitaine Haddock en marchant sur un tronc d'arbre, trébuche et manque de tomber. Ou alors mon premier assistant se cassant un doigt de la main pour réussir un plan. Lorsque Tintin est suspendu au bout d'une corde en traversant une cascade, un gros plan montre la corde se cisailler. Sous ma direction, il devait tirer fort pour la tendre. Sauf qu'à un moment donné, la corde, à l'autre bout lâche, ce qui, inévitablement lui fait perdre l'équilibre. Une chute incroyablement drôle. On a eu peur au début car il a quand même chuté de plus d'un mètre de hauteur sur des rochers... mais qu'est ce qu'on a ri. Seulement un doigt cassé. On a été cruel ! L'acteur jouant Haddock était excellent, il correspondait vraiment au personnage, car il n'arrêtait pas de faire le pitre. L'ambiance était assurée !

T.P. – Le film fini, vous l'avez montré. Qui a déjà eu l'occasion de le voir ?

O.B. – Une fois mes études terminées, il a surtout servi de carte de visite, en privé, à des producteurs ou des boites de production. Je le présente à très peu de festivals, je suis très prudent à ce sujet. Mais à chaque fois que le film est montré, il recueille toujours un accueil favorable.

T.P. – Des prix, des récompenses ?

O.B. – Oui. En avril 2004, il a été récompensé par France 3 Franche Comté à un énième festival. Ca fait toujours plaisir, et c'est une bonne récompense du travail effectué. Mais pour moi, la plus belle récompense que peut m'apporter ce film n'est pas un prix, mais belle et bien du travail et qu'on me fasse confiance.

T.P. – Et qu'en a pensé Moulinsart de son côté ?

O.B. – Moulinsart n'était pas au courant du projet durant sa fabrication. Etant donné qu'il ne s'agissait que d'un film de fin d'étude et, qu'en aucun cas il ne serait commercial et distribuable, je n'ai pas trouvé utile de demander les droits à Hergé/Moulinsart. De toute façon, ils ne me les auraient pas donnés. Mais il se trouve qu'une fois le film terminé, j'ai envoyé une copie à un des avocats de la société en lui expliquant dans quel cadre le film avait été réalisé, mais il ne m'a jamais répondu. Donc, en théorie, ils ont une copie du film.

T.P. – Pour terminer, rêvons un peu; seriez–vous prêt, si l'on vous en donnait les moyens, à réaliser un long–métrage sur Tintin ?

O.B. – Sans hésitation, oui. Mais c'est rappé, Spielberg a acquis les droits et prépare actuellement une série de films. De toute façon, le projet ne pouvait pas tomber entre de meilleures mains, et c'est ce que voulait Hergé je crois. En espérant que Spielberg (mon maître) les réalise lui–même. Mais ça, ce n'est toujours pas sûr...


(Propos recueillis via une correspondance effectuée par courriel entre le 5 et le 7 novembre 2004)
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# Posté le mercredi 29 août 2007 08:26

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