Introduction

Introduction
Il est vrai que l'on s'avance ici dans un territoire que beaucoup de tintinophiles ont exploré dans les moindres recoins. Mais il est question ici de découvrir une piste plus en détail. Celle-ci, bien qu'elle ait été abordée dans certains ouvrages déjà existants, est restée vierge à toute analyse détaillé: celle de l'organisation de l'½uvre d'Hergé et de ses dérivés après la mort de ce dernier.

Elle est divisée en quatre grands chapitres :
- les rapports d'Hergé avec la communication,
- les rapports de Tintin avec la communication,
- la gestion de l'après - Hergé,
- l'analyse communicationnelle de l'événement polémique que fut la comédie musicale.

Pour obtenir un maximum d'authenticité, il a été fait usage d'ouvrages faisant autorité en la matière, des contacts ont été pris avec des personnes expertes dans les différents domaines abordés et, bien sur, différentes compilations dans des revues périodiques mais aussi sur Internet ont été effectuées. L'ensemble de ces sources est, bien entendu, disponible à la fin de ce travail. Le sujet était, à la base, plus complexe que le présent travail.

Sa simplification est due à un important travail de réflexion sur le choix des thèmes abordés. Il fallait un sujet précis. L'idée d'une organisation parfaite de l'½uvre d'Hergé et de ses dérivés a immédiatement été écartée. Il fallait s'engager dans l'analyse d'un événement polémique. Le choix s'est finalement porté sur l'adaptation en comédie musicale du « Temple du Soleil ». Le sujet est riche en controverses et, surtout, est encore d'actualité

Le thème de la communication étant plutôt vaste, il est bon de préciser dans quelle mesure il en a été fait usage. Dans le premier chapitre, il est question de l'évolution de la vision personnelle qu'avait Hergé de la communication en tant que moyen publicitaire pour faire connaître et vivre son ½uvre. Le deuxième chapitre se concentre plus sur la communication de l'ancrage du personnage de Tintin dans la réalité au fil de son évolution et de sa célébrité. Le troisième chapitre met en avant tous les moyens communicatifs modernes dont les héritiers d'Hergé ont fait usage pour maintenir l'½uvre de ce dernier dans la mémoire collective. Le quatrième et dernier chapitre propose une analyse plus en profondeur des moyens de communication qui ont été nécessaires pour mettre sur pied le produit dérivé qu'est l'adaptation en comédie musicale et des écueils que ces derniers ont rencontrés.

C'est le résultat final de cette exploration détaillée que vous pouvez à présent découvrir.

# Posté le mercredi 20 juin 2007 06:45

Modifié le mercredi 20 juin 2007 09:07

Chapitre 1: Les rapports d'Hergé avec la communication

Chapitre 1: Les rapports d'Hergé avec la communication
1. Qui est Hergé ? :

Hergé, de son vrai nom Georges Prosper Remi a vu le jour à Etterbeek le 22 mai 1907 à 7h30 du matin . Aîné d'une famille de deux enfants, il passe pour être un garçon difficile. "Et je l'étais particulièrement lorsque mes parents m'emmenaient avec eux en visite." Il y avait deux solutions pour que le petit Georges se tienne tranquille. La première, très peu usitée, était la fessée. La seconde était de donner un crayon et du papier au jeune bambin. C'était le silence et le calme pour un bon bout de temps. "Ainsi, voyez-vous, naissent les vocations!"

Il fréquente l'école primaire communale n°3 à Ixelles où il est noté comme un élève modèle mais il dessine déjà dans les bas de pages de ses cahiers...c'est un rêveur. Bien souvent ses instituteurs lui demande de répéter ce qu'ils viennent de dire; ce qu'il fait sans le moindre problème "Car si je dessinais d'une main, (...) j'écoutais attentivement de l'autre." En 1919, il débute ses études secondaires dans une école supérieure de l'Etat (l'actuel Athénée Charles Janssens d'Ixelles). Il ne s'y plaît pas. Deux changements importants vont marquer sa vie. Il découvre le scoutisme aux « Boys-scouts » de Belgique d'une part et, d'autre part, au bout d'un an, change d'école. Le patron de son père veut le voir fréquenter une école catholique. Dès 1920, il entre à l'Institut Saint-Boniface et, pour une bonne vingtaine d'années, évolue dans un milieu catholique traditionaliste .

Ce changement d'orientation philosophique se fait également au niveau de ses loisirs : en 1921, il lui est demandé « poliment mais fermement » de quitter les "scouts sans Dieu". Pour Georges, il en ressort un déchirement de quitter ses chefs et ses amis ainsi qu'un sentiment de trahison . Il transmet à sa nouvelle troupe tout ce qu'il a appris aux « Boys-scouts » de Belgique (ce qui en fait la troupe la plus réputée pour ses connaissances techniques).

Georges continue de dessiner. C'est le « scout master » de sa troupe, responsable de l'organe officiel des scouts catholiques de Belgique, qui le fait entrer dans « Le Boy-Scout ». Ses premiers dessins y paraissent en mai 1922. Il a tout juste quinze ans.

2. Les débuts de dessinateur

« L'hygiène au camp » paraît dans « Le Boy-Scout » du 1er avril 1922. Même si les dessins ne sont pas signés. On reconnaît déjà la griffe du père de Tintin.

D'entrée, sa qualité de communicateur se ressent. La clarté de ses dessins illustre à merveille un texte qui, sans la présence de ces derniers, serait bien pénible à lire.

La même qualité revient exactement un mois plus tard avec l'article « Le lasso, ce qu'il est, son emploi ». Cette fois-ci, il est signé G. Remi et, déjà, le mouvement du trait est bien présent. Au même moment, il est aussi chargé de créer un nouveau bandeau-titre pour la revue. En dehors de ça, et lors de chaque voyage qu'il effectue avec sa troupe scoute, il réalise des croquis de tout ce qu'il voit.

Il expérimente différentes tâches au sein du journal :
- la composition des pages ;
- l'illustration des rubriques (comme celle des sports par exemple) tout en continuant d'illustrer différents articles mais aussi ses livres scolaires.

Il faut attendre la fin de l'année 1924 pour voir enfin apparaître la première signature « Hergé » en dessous d'un titre illustré. Le choix d'un tel pseudonyme témoigne de la volonté de son auteur de s'investir dans le domaine artistique.

L'apparition de cet « anagramme patronymique » marque aussi un tournant dans son environnement artistique. Il s'en sert pour réaliser ses premières planches de bande dessinée. L'utilisation de phylactère, au sens contemporain du terme, est déjà d'application.

Outre le support papier, Hergé fait usage de son talent pour la réalisation d'une frise décorant le local de sa troupe . Petit à petit, l'artiste améliore sa technique et innove en créant une trame sur support transparent afin de donner une « couleur » intermédiaire à l'un de ses dessins.

Ses études s'achèvent. Sa famille l'imagine mal gagnant sa vie par le dessin : il sera employé.

Le 1er septembre 1925, il entre au service des abonnements du journal «Le vingtième siècle ». Il est enfin dans la place. Le journal a déjà un dessinateur attitré.

Il est chargé de réaliser trois cartes postales sur le thème de Noël et du Nouvel An pour « Le Boy-Scout » et apporte un véritable rajeunissement à la couverture du journal.
En juillet 1926, c'est la naissance de Totor, petit scout courageux et débrouillard. Il n'est pas question de bande dessinée mais de textes illustrés.

Il effectue son service militaire , ce qui ralenti considérablement sa production. En 1927 le premier livre qu'il a illustré (« L'âme de la mer » de Pierre Dark) et sa première publicité paraissent.

Hergé se laisse tenter. Il réalise de nombreux logos et les publications scoutes s'enchaînent. Dès son retour dans la vie civile, il rejoint – à nouveau – « Le Vingtième siècle » mais cette fois au titre de reporter photographique et de dessinateur. Juridiquement, il est libre de se créer une clientèle privée à l'exclusion de la presse quotidienne.

Il travaille dans les différentes rubriques du journal. Sa préférence allant surtout au lettrage et à la rubrique culturelle. Il retrouve le plaisir d'illustrer un récit en image à la fin de l'année. Il travaille également pour l'Agence Générale Belge de Publicité où il réalise de nombreuses réclames. Il fait preuve de maturité et développe son répertoire graphique. L'année 1927 se termine sur le retour de Totor dans « Le Boy-Scout » après neuf mois d'absence.

1928 : Ses créations publicitaires se multiplient. Il en réalise pas moins d'une douzaine dont cinq sont en pleine page. Son domaine de prédilection demeure l'illustration. Il dessine six titres de périodiques, livre près de 170 dessins à usages divers, met en page d'importants articles et réalise de nombreux titres de rubriques.

A côté de Totor qui poursuit ses aventures, il illustre « Les aventures de Flup, Neness, Poussette et Cochonnet » pour le supplément jeunesse du « Vingtième siècle », « Le petit vingtième » (dont il est le rédacteur en chef). Il signe également deux planches de bande dessinée dans « Le sifflet », journal satirique de la presse catholique.


En 1929, Il crée un nouveau bandeau-titre du « Vingtième siècle ». Le titre est désormais beaucoup plus clair et lisible, condition qu'un titre de journal se doit de respecter.

Il achève le récit de Flup, Neness, Poussette et Cochonnet qui lui pèse et fait de l'autopromotion pour Totor mais aussi, et surtout, pour un nouveau récit mettant en scène un tout nouveau personnage : Tintin.

3. La naissance de Tintin : l'imprévisible succès !

A la base, rien ne caractérise Tintin. Les premières vignettes du « Pays des Soviets » nous présente un gamin à l'air gauche engoncé dans un manteau trop grand pour lui, une casquette à peine vissée sur le crâne et accompagné d'un petit Fox terrier baptisé Milou. On ne donne pas cher de sa peau .

Et pourtant, Tintin exprime rapidement l'un de ses principaux traits de caractère : c'est un coriace. Victime d'un attentat dans le train qui l'emmène vers l'Est, il s'en sort sans la moindre égratignure.

Bien vite, une autre qualité apparaît : c'est un astucieux ! Sans doute la doit-il au scoutisme et à la maxime suivante : « Un scout rit et siffle toujours dans les difficultés ». Et il siffle Tintin, il sourit face au danger et ils sont nombreux là-bas ! Il ne court pas, il vole, roule à toute vitesse, usant et abusant de tous les modes de transport possibles de son siècle.

La vitesse, voilà aussi une autre particularité de Tintin ! C'est par elle que se redresse sa houppe, c'est elle qui le fait avancer dans ses péripéties. Bref, c'est elle qui le fait vivre !

Quant à son compagnon Milou, c'est un chien pantouflard et bavard n'hésitant pas à s'adresser à son maître pour lui reprocher ses excès. Milou, c'est la conscience de Tintin (au début), c'est un peu grâce à lui que Tintin s'en sort toujours .

Nous avons devant nous un personnage dynamique, débrouillard, jeune, sorte de Riquet à la houppe accompagné d'un chien prolixe.

Toutes ces qualités font de Tintin un personnage emblématique. Le fait que ses aventures sont les premières du genre en Belgique facilite cela. Les enfants découvrent un nouveau médium et, au travers de lui, imaginent toutes les possibilités que ce médium peut apporter.

La première chose que le personnage apporte, c'est un visage vide (ou presque) : deux points pour les yeux, une boucle pour le nez et c'est tout ! Cette absence de trait invite tout un chacun à s'y plonger. Tintin a toutes les caractéristiques propres à la jeunesse.

Contrairement à d'autres personnages de l'époque, il n'est pas moraliste à l'excès ou, pire, sot. Au travers de ses aventures autour du monde, il communique à chacun le besoin de remplir sa vie de découvertes, d'apprendre au contact des autres cultures et, surtout, de ne pas se laisser vaincre par les contrariétés.

Hergé a, dès le départ, mis en Tintin tout ce qu'il aurait voulu être. Tintin c'est un idéal, c'est quelqu'un à qui tout le monde veut ressembler. Quand, à la fin de sa première aventure, on annonce son retour à la gare du Nord à Bruxelles, la réaction de tous les lecteurs est de vouloir rencontrer leur idole, de lui témoigner une grande admiration.

En étant iconoclaste, on pourrait dire que Tintin est, pour certains, une sorte de messie. Hergé a, sans le savoir, créé l'un des personnages de culture populaire parmi les plus célèbres du 20ème siècle en Belgique mais aussi dans le monde !

4. La gestion de l'image de Tintin : heurts et bonheurs

Aujourd'hui, quand un personnage de littérature ou de bande dessinée commence à connaître un certain succès auprès des foules, l'auteur et l'éditeur du personnage en question ont déjà tout balisé. L'auteur sait donc quelle part il touchera sur les produits dérivés qui seront réalisés et, même parfois, sur les possibles adaptions télévisuelles ou cinématographiques qui en découleront. L'éditeur est dans la même position.

A l'époque où il crée le personnage de Tintin, Hergé n'est encore lié à aucun éditeur. Le seul contrat existant est celui conclu avec son employeur d'alors « Le Vingtième siècle ». Le succès l'oblige à trouver une solution pour la publication de ses premières aventures. « Le Vingtième siècle » va créer spécialement pour l'occasion « Les Editions du petit Vingtième ».

C'est à l'Abbé Wallez que l'on doit l'idée de publication sous forme d'album et la réalisation d'un tirage numéroté destiné aux 500 premiers souscripteurs de « Tintin au pays des Soviets ». Les bénéfices de l'opération étaient répartis en deux parts égales : une pour Hergé, l'autre pour l'Abbé.

Ce principe sera d'application pour les deux ouvrages qui suivront (« Tintin au Congo » et « Tintin en Amérique »). Alors qu'il est en train de réaliser « Tintin en Orient » (renommé « Les cigares du pharaon »), Hergé apprend le licenciement de l'Abbé Wallez.

« Tintin en Orient » paraît et, alors que le récit s'achève en décembre 1933, il reçoit une proposition d'un de ses anciens camarades, Charles Lesne, collaborateur aux éditions Casterman : « Je voulais savoir si tu n'envisageais pas de te décharger de ce travail (dixit la publication en album) (...) en (le) confiant à une maison spécialisée – la maison Casterman en l'occurrence...

Hergé connaît Casterman depuis un peu plus d'un an et demi ; il y a réalisé un travail d'illustrateur. Séduit par la proposition, seul le retient encore le contrat avec l'Abbé Wallez pour trois albums. Ce dernier réclame sa part sur la diffusion de Tintin dans des revues étrangères. Hergé ne tolère pas cela et, sur les conseils de Lesne et du Syndicat de la propriété artistique, obtient gain de cause et la rupture du contrat.

Le 4 mars 1934, un nouveau contrat est signé avec les éditions Casterman : un droit d'auteur de 15% pour Hergé et une exclusivité de la vente en Belgique et à l'étranger pour Casterman.

Hergé exige une rigueur exemplaire - dès les premières sorties de presse - de la part de l'éditeur. Il consacre toujours l'attention la plus grande aux couvertures. Les relations qu'il entretient se font toujours dans un but d'amélioration du produit fini. Par ailleurs, il assume l'entière responsabilité des publications dans les revues étrangères.

En 1938, Hergé consacre beaucoup d'énergie et d'inventivité pour accroître la popularité de Tintin. En Belgique, la vente des albums est acceptable mais ne décolle pas véritablement. En France, elle est plus que confidentielle. Casterman et Hergé se renvoient la balle. Le premier exige un passage urgent à la couleur, le second une politique commerciale plus agressive.

Hergé voit déjà au-delà de la Belgique, et même de l'Europe, avec l'envie de lancer la série au Canada.

La création de produits dérivés à grande échelle commence à lui caresser l'esprit. Il pense à des puzzles, des calendriers, des albums à colorier. Il imagine des albums documentaires autour de Tintin et, même, la création d'une véritable « Boutique Tintin ». L'on y trouvera tant des albums que des produits dérivés. La liste qu'il établit est étonnante : « Et pourquoi pas des vêtements pour enfants, des tasses décorées, des disques avec les aventures de Tintin ? Et des nappes, des poupées, des découpages, des jouets ? ». Hergé a cinquante ans d'avance !

L'heure n'est plus à un avenir joyeux ; la Deuxième guerre mondiale éclate et Hergé perd son principal support médiatique, « Le petit Vingtième », qui cesse définitivement de paraître. Répondant à l'appel du Roi Léopold III de voir le pays se remettre au travail, il propose ses services au Soir « Volé » qui publie un supplément appelé « Le Soir - jeunesse ».

Loin de poser un acte politique, il cherche plutôt à accroître la popularité de Tintin en profitant de l'absence de concurrents. Il le dit ainsi : « Ce n'est pas le moment de se laisser oublier. Il faut au contraire profiter de l'absence de concurrence française pour s'imposer » . Il agit plus en opportuniste qu'en collaborateur au régime de l'Occupant.

Parallèlement à la publication du « Crabe aux pinces d'or » (1940) et de « L'étoile mystérieuse » (1941), Hergé s'aventure, avec l'aide de Jacques Van Melkebeke, son collaborateur au « Soir - jeunesse », dans un nouveau domaine : celui du théâtre. Ensemble, ils font vivre à Tintin deux aventures inédites : « Tintin aux Indes » et « Monsieur Boullock a disparu », toutes deux, créées au théâtre des Galeries en 1941.


Autre domaine qu'Hergé rêve d'investir depuis quelques années : celui des produits dérivés. Lors de l'été 1942, il signe un contrat avec Bernard Thièry, éditeur et homme d'affaires. Ce dernier lui propose de négocier tous les contrats commerciaux à sa place en devenant son concessionnaire exclusif en Belgique et à l'étranger. La tranquillité a un prix ; il réclame 40% de commission sur les gains réalisés. Hergé arrive à négocier ce pourcentage uniquement pour les anciens dessins.

Cette première véritable incursion dans le domaine du merchandising n'est pas de tout repos. « Bien qu'il était freiné par le boulot, il veillait toujours à ce que le contenu soit de qualité » précise Philippe Goddin .

1942 : passage à la couleur pour Tintin. Ce changement, maintes fois réclamé par Casterman (en plus d'une diminution du nombre de pages), Hergé a du mal à l'accepter, craignant d'y perdre les caractéristiques de son trait. Il l'accepte finalement, plus pour des raisons techniques qu'artistiques. Il tient vraiment à être prêt lorsque la guerre sera terminée avec toute une collection disponible sur le marché. Joignant l'utile à l'agréable, Hergé profite de la diffusion des premières aventures de Tintin en Flandre pour les redessiner.

1944 : Bruxelles est libérée le 3 septembre. Pour Hergé, qui a travaillé pour un journal aux mains de l'Occupant, les ennuis commencent. Plusieurs fois arrêté puis relâché depuis que le Soir « volé » a cessé de paraître, il est coupé de toute publication.

Du côté merchandising, Bernard Thièry qui n'a pas apporté beaucoup de résultats depuis 1942, dit que le nom d'Hergé ferme des portes. Une année passe. Le malaise est total.

Un matin de septembre 1945, vient frapper à la porte d'Hergé un dénommé Raymond Leblanc, héros de guerre, qui veut, avec l'aide de quelques-uns de ses amis, lancé un journal baptisé Tintin. Hergé est d'accord mais, pour cela, il doit obtenir un certificat de civisme (condition sine qua non pour travailler en Belgique au lendemain de la guerre). Leblanc, par ses relations bien placées, accélère le cours des choses et obtient le précieux sésame. Le journal « Tintin » est sur les rails.

En homme d'affaires avisé, Leblanc effectue un véritable battage médiatique pour l'époque. Il dispose de l'accord de l'AMP (Agence et Messagerie de la Presse) et a le soutien des plus grands collèges d'enseignement catholique de Bruxelles. Il répand des messages de promotion dans de nombreux journaux, auprès des diffuseurs, du public et des libraires. Summum de la promotion, un spot publicitaire est projeté dans les cinémas. Du marketing avant la lettre ! Bien vite, le journal « Tintin » est un succès.

Hergé est, hélas, toujours affecté par le climat général de l'après-guerre. Il rompt son contrat avec Bernard Thièry qui l'a abusé en affaires. Comme le dit Philippe Goddin : « Cette aventure ne l'a pas échaudé par rapport au merchandising (mais) l'a incité à ne plus faire guère confiance à autrui » .

Deux ans plus tard, Raymond Leblanc vient lui proposer un nouveau moyen de dynamiser les ventes du journal : « Le timbre Tintin ». Sceptique, il réalise néanmoins ledit timbre. Rapidement, les timbres, présents sur les denrées alimentaires et dans le journal, sont collectionnés par des milliers de personnes en Belgique (mais aussi en France) pour obtenir de nombreux cadeaux à l'effigie de Tintin et Milou (statuettes, papiers peints, papiers à lettre, gilets, décalcomanies, etc...).

Le rêve d'Hergé de voir l'effigie de son héros se répandre sur les supports les plus divers est en train de se réaliser. Ce sont les Editions du Lombard qui se chargent désormais des produits dérivés et des publicités autour de Tintin.

1954 verra la création de l'agence Publiart, exclusivement consacrée à cette mission pour la Belgique. Son directeur Guy Dessicy connaît bien Hergé et a déjà travaillé aux Studios Hergé pendant sept ans avant de créer l'agence. Sa première mission est de faire la promotion des différentes séries du journal « Tintin » et des sponsors commerciaux du journal. A partir des années 60, il s'occupe de l'utilisation commerciale de Tintin.²

Hergé a longtemps hésité. « Il n'a jamais axé son intérêt sur cette utilisation et il a même longtemps refusé. » nous dit Dessicy. Hergé s'engage car il faut que Tintin demeure un succès. Fidèle à l'éthique que véhicule l'image de son personnage, il exige jusqu'au début des années 70 que les différents produits ne soient en rien mauvais pour la santé et la morale des enfants. Dans cette mesure, Le Lombard effectue le tri nécessaire. Hergé s'occupe alors de faire quelques crayonnés et laisse à ses Studios le reste du travail.

La création d'une attraction sur Tintin dans le parc Walibi en 1975 le laisse de marbre. Il va même jusqu'à dire, parfois, en recevant une demande « Encore quelqu'un au bord de la faillite et qui veut se refaire. »

N'accordant plus qu'une importance alimentaire à tout cela, il laisse la publicité envahir ses Studios. Alors qu'il vit ses dernières années mais qu'aucun album de Tintin ne sort, la publicité est devenue l'activité principale des Studios. Reste à savoir ce qu'il advient de Tintin après sa mort.

5. Hergé face au devenir de sa création

Dans le domaine de la bande dessinée, contrairement à la littérature, où l'½uvre se fige au décès de l'auteur, il arrive que des personnages connaissent des reprises.

Cette volonté de poursuivre les péripéties des héros au-delà de leurs auteurs originels provient soit de l'éditeur, propriétaire des droits sur le personnage (Les syndicates aux Etats-Unis comme DC Comics ou Marvel ; chez nous Dupuis pour le personnage de Spirou) ou bien de l'auteur. C'est pourquoi, aujourd'hui encore, on peut découvrir dans les vitrines des librairies les nouvelles aventures de Blake et Mortimer, des Schtroumpfs ou encore de Lucky Luke.

Hergé, à la base, ne voit pas Tintin comme une ½uvre. Il ne considère pas ce qu'il fait comme étant un véritable métier. Pourtant, le succès ne quitte pas le personnage et sa prédiction ne se réalisa jamais.

D'abord porté par l'enthousiasme populaire, Hergé investit toute sa vie dans ce personnage positif. Il consacre l'entièreté de ses journées à Tintin. Lorsqu'il est mobilisé en 1939, il refuse qu'un de ses confrères, Pierre Ickx, dessine Tintin à sa place.

Le choc de la Libération le plonge dans une profonde déprime. Il est tellement dégoûté par toutes les vengeances qui touchent tous les citoyens dans le pays qu'il n'a plus le courage de reprendre le chemin de la planche à dessins. Une rupture s'est faite. Dès ce moment-là, il éprouve de plus en plus de difficultés à poursuivre les aventures de Tintin. « Tintin, ce n'est plus moi, que s'il continue de vivre, c'est par une sorte de respiration artificielle que je dois pratiquer constamment, et qui m' épuise, et qui m'épuisera de plus en plus. » dit-il.

C'est pour freiner cet épuisement que, quelques années plus tard, il crée les Studios Hergé.

S'il continue à dessiner Tintin, l'influence des membres des Studios sur ses productions se ressent de plus en plus. Pourtant, si des collaborateurs comme Bob De Moor, Jacques Martin, Bernard Heuvelmans ou Greg n'hésitent pas à apporter leur contribution, les albums de Tintin sont toujours signés du seul nom d'Hergé.

Hergé est donc là un homme de contradiction. D'un côté, il ne supporte plus Tintin et, de l'autre il poursuit ses aventures tout en exigeant d'en demeurer le seul auteur. Cet état de fait peut s'expliquer par sa rigidité morale. Fidèle à l'éducation qu'il a reçue et au respect de la parole donnée, il aura vis-à-vis de Tintin la même attitude que vis-à-vis de sa première femme, Germaine. Il ne veut pas la quitter à l'époque où il fait la rencontre de Fanny (fin des années 50) car il ne veut pas la blesser et trahir son serment de mariage. Il veut rester immaculé, sans faute.

Tintin, c'est pareil : il ne peut l'arrêter car il trahirait la parole donnée aux lecteurs fidèles de ses aventures. C'est sans doute aussi pour ces raisons que le rythme de publication des dernières aventures de Tintin est si lent.

Hergé, libéré de son conflit personnel (il accepte de ne pas être immaculé) au début des années 60, ne voit plus trop ce que pourrait encore lui apporter son personnage. Il est pourtant à nouveau étrange que, lors des entretiens qu'il a eus avec Numa Sadoul au début des années 70, il maintienne le désir de voir son personnage disparaître avec lui : « Tintin c'est moi (..) ce sont mes yeux, mes sens, mes poumons, mes tripes ! » .

Pour Hergé, Tintin est le fils qu'il n'a pas eu. Il projette sur lui un fantasme paternel qu'il n'a pas su assouvir. Il est hors de question d'accepter une « adoption »; même si d'autres sont capables d'imiter son trait, sa vie personnelle a nourri celle de Tintin avec une grande profondeur (« Tintin au Tibet » et « Les bijoux de la Castafiore » en sont les plus beaux exemples).

6. Une vie de communicateur

Hergé a toujours été aussi bien un communicateur qu'un marketeur. Parfois volontairement, souvent involontairement. A la base plus publicitaire qu'auteur de bandes dessinées, il sait ce qui peut faire vendre mieux.

Lorsque Tintin apparaît, cette connaissance s'avère essentielle dans la popularité du héros. A la base, il n'aurait pas dû vivre plus longtemps qu'un ou deux albums.

D'abord de manière artisanale puis de manière plus industrielle. Face à ce succès, le perfectionnisme d'Hergé joue.

En soignant le dessin, le lettrage et la mise en couleurs des albums il transmet le message suivant : Tintin, c'est plus qu'une bande dessinée, c'est une ½uvre ! Il l'envisage ainsi quand on sait l'homogénéité qu'il veut donner à la collection des aventures de son personnage.

A travers Tintin, il réalise son rêve : il est reporter et fait découvrir le monde à ceux qui ne le peuvent pas. Hergé est donc, bien malgré lui, devenu journaliste-dessinateur. Dans les rapports avec la communication publique (télévision, radio, presse écrite) autour de son personnage, il fait toujours tout pour être à la hauteur de l'image de ce dernier.

Le retour de son ami Tchang en Belgique en 1981 en est une preuve flagrante : alors qu'il est gravement malade, il l'accueille à l'aéroport souriant, fidèle à l'image que les gens se font du créateur de Tintin. Son attitude vis-à-vis de la publicité et du marketing/merchandising sera beaucoup plus nuancée vu la vision inflexible qu'il avait sur la chose.

Enthousiaste à la base, il veut pour Tintin, dans les produits dérivés, une qualité semblable à celle des albums. Floué dès les premiers contacts, il demeurera toujours frileux dans ce domaine et considérera tout ce qui en découle comme un moindre mal vu que, même si la qualité à la fin n'y était plus, cela avait au moins le mérite d'accroître la popularité de Tintin.

Les rapports d'Hergé avec la communication peuvent donc se résumer ainsi : un enthousiasme et une image publique sans faille d'un côté et, de l'autre, une certaine distance face à un marketing qui s'écarte de plus en plus, avec le temps, de sa vision qualitative et éthique de la chose.

# Posté le mercredi 20 juin 2007 06:49

Modifié le mercredi 20 juin 2007 09:09

Chapitre 2 : Les rapports de Tintin avec la communication de 1929 à 1983

Chapitre 2 : Les rapports de Tintin avec la communication de 1929 à 1983
1. Les balbutiements (1929-1939)

Bien que discrète, la naissance de Tintin demeure un événement communicationnel. Lorsque le 4 janvier 1929 prend fin dans le supplément du « Vingtième Siècle », « Le Petit Vingtième ». « L'extraordinaire aventure de Flup, Nénesse, Poussette et Cochonnet » parue, Hergé veut tourner la page. Cette histoire qu'il vient d'achever n'est, en rien, issue de son imagination. Cette fois, il veut avoir le champ libre à lui seul.

Certains pourraient croire que Tintin est né en même temps que ses aventures. Or, celui-ci apparaît déjà une semaine avant son « entrée en service ». L'apparition se résume en une image légendée comme suit : « Suivez, à partir de jeudi prochain, les aventures extraordinaires de Tintin, reporter, et de son chien Milou, au pays des Soviets. La photo ci-dessous, une des dernières nous envoyées, les représente déambulant dans les rues de Moscou, sous l'½il soupçonneux d'un camarade-citoyen-policier-bolchéviste. » (sic)

Lorsque Tintin commence ses aventures le 10 janvier 1929 dans le supplément du « Vingtième Siècle » baptisé « Le petit Vingtième », personne ne s'en aperçoit. La bande dessinée est balbutiante en Europe, est considérée comme un médium ayant peu d'intérêt. A l'époque, la majorité des récits publiés sont d'origine américaine. Ils font déjà usage de phylactères pour permettre aux différents personnages de s'exprimer. Les ½uvres européennes ne sont encore que des récits illustrés dans lesquels l'image ne fait que soutenir le texte qui se trouve en dessous. Les dessinateurs européens n'adopteront cette technique que tardivement. Les premiers héros européens qui profitent de cette évolution sont Zig et Puce (1925).

Le décor est planté. Tintin est reporter. Mais ce qui est le plus important, c'est qu'il est déjà sur place. Pour preuve, la légende accompagne une image que l'on nous présente comme étant une photographie prise sur le terrain par le jeune journaliste. C'est lui qui se met en scène. Pour comprendre l'importance de cet ancrage dans le réel, il faut se placer dans le contexte historique de l'époque.

Au cours des années 20, la radio n'est accessible qu'à une minorité aisée et la télévision n'est qu'une utopie. Le média le plus populaire est donc la presse écrite. Les véritables stars sont les reporters. Toujours dans le feu de l'action, ils parcourent le monde, rapportant à leurs concitoyens ce qui se passe à l'étranger au travers de récits vécus illustrés par d'impressionnantes photographies. Le plus célèbre d'entre eux est Albert Londres (1884-1932). Il restera d'ailleurs connu pour sa célèbre phrase « Notre rôle n'est pas d'être pour ou contre, il est de porter la plume dans la plaie. » Hergé, admiratif, applique cette maxime à Tintin et lui fait réaliser ce qu'il ne pourra jamais faire : être au c½ur de l'événement !

Voici donc Tintin parti pour le très inquiétant pays des Soviets. Il est bon de préciser qu'au moment où Hergé entame ce premier récit, il ne dispose pour documentation que d'un ouvrage ayant fait un tabac dans les librairies : « Moscou sans voiles ». Son auteur, Joseph Douillet, est un ancien consul de Belgique en Russie. Ce livre est, comme le cite Frédéric Soumois, « une charge assez lourde contre le régime soviétique, une accumulation de jugements souvent péremptoires contre un régime que Douillet exècre. Hergé, sans aucune expérience dans la critique d'un tel ouvrage, ne sait pas en distinguer le vrai du faux. Qui plus est, il est sous l'influence de Norbert Wallez, homme d'Eglise et rédacteur en chef du « Vingtième Siècle » profondément anti-communiste. Ces éléments n'empêchent pas l'histoire de s'enraciner dans une réalité que ses lecteurs considéreront comme acquise.

Pour arriver à une telle sensation de vérité, c'est un travail de propagande, qu'Hergé va entreprendre au fil de la publication du parcours soviétique de son héros. Ainsi, le 1er avril 1930, il publie dans le « Petit Vingtième » une fausse lettre de la « Guépéou », bien pourvue en faucilles et en marteaux. Par-delà le poisson d'avril, il s'agit de renforcer le poids de l'aventure que vit Tintin.

Mais le véritable coup de pub qui va donner à Tintin sa crédibilité a lieu le jeudi 8 mai 1930.

Ce jour-là, la foule se presse à la gare du Nord de Bruxelles. La raison ? Tintin revient de Russie. Cette idée de faire du personnage de papier un être de chair et d'os n'est pas d'Hergé mais de l'Abbé Wallez. Notre auteur bien que sceptique marche dans la supercherie. Chaque jour, à partir du 4 mai, en première page, le très sérieux « Vingtième Siècle » rappelle le rendez-vous fixé à ses lecteurs et à leurs enfants par Tintin et Milou. On parle « d'une réception grandiose, d'un cortège ». Un scout est choisi pour interpréter Tintin. On le prend en photo déguisé en Soviet. Celle-ci, éditée en carte postale, sera distribuée le 8 mai.

Hergé reste dubitatif devant l'enthousiasme de son rédacteur en chef. Dans les deux dernières planches publiées le 8 mai, il décrit le retour de Tintin du pays des Soviets et le monde qui l'attend à Bruxelles. Il est loin de se douter que, pour la première fois dans l'histoire de sa création, la réalité avait rejoint la fiction ! Il n'en croit pas ses yeux. La grande aventure « Tintin » commence.

Le succès se confirme au cours des semaines suivantes. Les lecteurs harcèlent le journal de questions en tout genre. Hergé fait durer le suspens et présente son personnage en train de profiter d'un court repos bien mérité. La réponse est formulée le 29 mai au travers d'un dialogue entre ce dernier et son chien. Ce sera le Congo ! Mais, l'idée n'est, à nouveau, pas d'Hergé mais de l'Abbé Wallez qui veut, au travers de cette histoire susciter des vocations coloniales et évangélique aux lecteurs.

Pour donner à son personnage la consistance qu'il mérite, Hergé n'a pas peur d'user du moindre détail. Il précise le jour et l'heure auxquels Tintin a pris le train pour Anvers afin d'embarquer pour le Congo. Deux semaines après son départ, « Le petit Vingtième » n'hésite pas à lui faire jouer un nouveau rôle : celui de publicitaire. Il vante en couverture du journal, les mérites du magasin bruxellois « Au bon marché » où il s'est procuré le matériel nécessaire à sa nouvelle aventure. C'est une première pour le personnage et c'est loin d'être la dernière.

Pour cette aventure au Congo, Hergé s'appuie comme pour la précédente, sur une documentation réduite. Il ne fait que nous brosser les clichés qui circulent sur cette lointaine colonie en Belgique. Pour l'aspect purement formel, ce sont les collections du musée d'Afrique Centrale de Tervuren qui ont servi de référence à l'élaboration des différents décors.

A peine Tintin part-il au Congo que l'on annonce la parution de sa première aventure au pays des Soviets sous la forme d'un album. « Les cinq cents premiers souscripteurs recevront un exemplaire avec autographe de Tintin et autographe de Milou ». Il y a une volonté affirmée de faire de Tintin un personnage bien réel. De même pour Milou à qui l'on attribue l'extraordinaire capacité d'écriture !

Le retour du Congo, comme celui de Russie, se fait à la gare du Nord. On annonce qu'il y a des cadeaux. La parution du second tome des aventures, cette fois-ci du Congo, est annoncée. Il est disponible dès l'arrivée de Tintin. Pour donner encore plus de cachet à l'authenticité de la chose, le scout jouant Tintin est affublé de l'habit colonial traditionnel. On l'accompagne aussi de congolais censés avoir participé à l'aventure. Le 9 juillet 1931, la foule qui l'attend est encore plus importante qu'un an plus tôt.

Prochaine étape : l'Amérique et l'affrontement avec Al Capone. Les semaines qui précèdent le départ vers l'Ouest, on découvre comment Tintin et Milou se préparent à ce grand voyage. Avant même d'apparaître sous sa forme traditionnelle, son troisième « reportage » connaît des prémices. On y décrit sa traversée de l'Atlantique en paquebot.

Pour la documentation, Hergé fait cette fois un petit effort. Il se sert d'un numéro spécial du « Crapouillot » d'octobre 1930 et d'un livre de Georges Duhamel intitulé « Scènes de la vie future » qui dénonce avec une certaine férocité les dangers du mode de vie américain.

Mieux : Tintin rencontre Al Capone en octobre 1931. Une rencontre toute fictive puisque le gangster est emprisonné et attend son procès. Hergé outrepasse donc l'actualité puisqu'il laisse « Scarface » en liberté.

Un an plus tard, son retour triomphal d'Amérique se fait à l'Institut Saint-Boniface d'Ixelles. Le succès des retours précédents suscita de nombreuses bousculades. Les mille premiers exemplaires de « Tintin en Amérique » sont dédicacés par Tintin et Milou.

Fin novembre, il annonce, dans une interview parue dans « Le petit Vingtième », son intention de partir pour l'Orient. Début décembre, une carte illustrée par Hergé présente l'itinéraire de son héros. Le point de départ de cette histoire provient de la mystérieuse malédiction de Touthankamon dont seraient victimes les archéologues qui ont découverts son tombeau. Elle fait les gros titres des journaux à sensations de l'époque.

Joignant l'utile (pour lui) à l'agréable (pour les lecteurs), Hergé publie, en même temps que l'aventure orientale, une grande enquête baptisée « Le mystère Tintin ». Au travers des questions posées, les lecteurs sont amenés à donner leurs idées sur la suite des événements qui attendent Tintin. Ce système est une façon pour Hergé de maintenir l'attention de ses lecteurs tout en les faisant participer. Les réponses apportées par ces derniers influent sur la tournure du récit. Hergé s'en nourrit. Mine de rien, nous sommes déjà dans une situation que connaîtront, près de 70 ans plus tard, les téléspectateurs d'une célèbre émission de télé-réalité !

Février 1934, l'album « Les cigares du Pharaon » arrive à son terme. Cette fois, pas de retour triomphal en Belgique. Tintin prend du repos en attendant de poursuivre son aventure vers l'Extrême-Orient. Il n'en oublie pas pour autant ses admirateurs. Un mois plus tard, il a un entretien téléphonique qui est publié dans « Le petit Vingtième ».

C'est un tournant important qui se joue pour le personnage de Tintin. Un déclic se fait chez Hergé. Il veut un maximum de précisions pour la suite des aventures qui ont la Chine pour destination. Pendant cinq mois, il se documente et s'informe au mieux pour envoyer correctement son personnage vers la Chine mystérieuse et surtout prend contact avec un jeune étudiant chinois en art : Tchang Tchong-Jen.

Contrairement aux histoires précédentes, elle s'ancre dans l'actualité de l'époque. Tous les événements que Tintin vit sont véridiques. Ils se sont passés entre 1931 et 1933. L'explosion de la voie ferrée, l'occupation d'une partie de la Chine (la Mandchourie) par le Japon et le retrait du pays du Soleil levant de la Société des Nations. Tintin exerce pleinement son rôle de reporter. Il rend compte de la situation politique du pays.

Ce réalisme est si patent qu'il soulève des protestations de la part de l'Ambassade du Japon en Belgique. Hergé craint même d'être poursuivi en justice. Il n'en est rien.

Cette magnifique mais terrible histoire lui a fait découvrir une autre culture et l'a sensibilisé à la détresse de la population chinoise sous le joug japonais. Si bien que, en 1937, il appelle les lecteurs du « Petit Vingtième » à acheter un calendrier dont les bénéfices sont entièrement destinés à venir en aide à ces mêmes populations chinoises. Une véritable campagne humanitaire avant la lettre !

En décembre 1935, c'est l'Amérique du Sud avec « L'oreille cassée ». Ici encore l'actualité sert de trame de fond. Mais une trame de fond masquée. Elle s'inspire de la guerre du « Gran Chaco » entre la Bolivie et le Paraguay pour des champs pétrolifères. Ils se battaient au profit de sociétés anglaises et américaines en 1934. Hergé en fait la guerre du « Gran Chapo », confrontant deux Etats imaginaires, le San Théodoros et le Sao Rico, pour les mêmes raisons.

Tintin, dans cette histoire, agit en pacifiste, ne soutenant ni les industriels bellicistes qui veulent la guerre à tout prix, ni les marchands d'armes qui font de l'argent avec la mort (comme le personnage de Basil Zaharoff, rebaptisé Mazaroff). Cet apolitisme de Tintin doit beaucoup à son auteur.

Fidèle à son modus operandi, Hergé envoie Tintin sur « L'île Noire » en 1937 où il est confronté à de faux-monnayeurs. Détail original: Tintin, le reporter, paraît lui-même à la « Une » d'un journal à la fin de l'aventure . Cette technique sera reprise par la suite plus d'une fois (dans l'aventure de « Coke en stock entre autres).

En 1938, commencent « Les aventures de Tintin en Syldavie » mieux connues sous le titre « Le sceptre d'Ottokar ». Comme pour « Le lotus bleu » ou encore « L'oreille cassée », Hergé s'inspire d'un fait d'actualité brûlant. « Le sceptre d'Ottokar » présente l'annexion menaçante d'un petit pays par son voisin envahissant.

Il est clair, même si Hergé s'en défend par la suite, que le véritable pays visé dans cette histoire, c'est l'Allemagne. Quelques jours avant le début du « Sceptre d'Ottokar », elle s'empare de l'Autriche . Quelques jours après la clôture de l'histoire, c'est au tour de la Pologne. Tintin devient véritablement un médium de communication de la réalité pour les plus jeunes.

Pierre Assouline, va même jusqu'à dire dans son ouvrage « Hergé » : « Hergé capte si bien l'air du temps qu'il le précède et l'annonce. Rarement une bande dessinée aura été aussi synchronisée avec l'histoire en train de se faire ».

Nous sommes le 10 août 1939 quand le récit s'achève . Sa neuvième aventure baptisée « Au pays de l'or noir », commence à paraître dès octobre 1939 mais, cette fois-ci , les événements politiques mettront temporairement un terme à cette aventure. Le 10 mai 1940, l'Allemagne envahit la Belgique. La Deuxième guerre mondiale a commencé.


2. Les années troubles (1940-1945)

Durant plus de cinq mois, c'est le chaos. Hergé, après avoir fuit dans le sud de la France revient en Belgique à la fin de l'été 1940. Il y cherche un journal car « Le Vingtième siècle » a définitivement cessé de paraître . La guerre aurait-elle eu raison de Tintin ? La dernière image (parue dans « Le petit Vingtième ») que l'on a de lui n'augure rien de bon : assommé, il est sur le point de se faire fusiller par le docteur Müller, vieil adversaire apparu dans « L'île noire ». La réponse est dévoilée le 17 octobre 1940 : Tintin a survécu.

Il paraît désormais dans « Le Soir - jeunesse », supplément du journal « Le Soir ». Surnommé « Le Soir volé » car repris en mains par une rédaction soumise à l'Occupant Nazi. Bien que beaucoup d'encre ait coulé à ce sujet, il est bon de préciser qu'Hergé n'y a jamais écrit une ligne ou il faisait l'apologie de « L'ordre nouveau ». Comme il l'a toujours dit, pour lui, seule la réalisation des aventures de Tintin et leur publication sous forme d'albums comptaient.

C'est une nouvelle aventure qui commence à paraître : le trop politisé « Au pays de l'or noir » a cédé sa place au plus inoffensif « Crabe aux pinces d'or ». A défaut de dénoncer les injustices, Hergé va élargir le champ de relations de Tintin en créant un personnage dont il ignore l'importance future : le capitaine Haddock.

L'histoire ne touche en rien à l'actualité. Seul élément qui la rattache un tant soit peu à celle-ci : l'environnement dans lequel Tintin évolue (les colonies françaises d'Afrique du Nord). Avant même qu'elle ne puisse être achevée, le supplément « Le Soir - jeunesse » disparaît moins de onze mois après sa création par manque d'approvisionnement en papier. Cela ne l'empêche pas, cette fois de se poursuivre sous forme de strips quotidiens en bas des pages du « Soir volé ».

Le jour même où cette aventure de Tintin se clôt , Hergé annonce déjà, que, dès le lendemain une nouvelle débutera. C'est « L'étoile mystérieuse ». Une fois encore, le récit est totalement apolitique mais apporte quand même une contrainte supplémentaire à Hergé : l'ensemble des scientifiques qui participent à l'expédition vers le mystérieux aérolithe sont tous issus de pays neutres ou soumis, de gré ou de force, à l'autorité allemande (Suisse, Suéde, Portugal, Espagne et Allemagne) à l'époque (fin 1941).

« L'étoile mystérieuse » s'achève en mai 42, Hergé s'apprête à lancer ses personnages dans un fabuleux diptyque : celui du « Secret de la Licorne » et du « Trésor de Rackham le Rouge ». L'aventure au coin de la rue. Seul élément mettant les personnages en contact avec l'actualité : le phénomène des pickpockets fort répandu à Bruxelles dont les Dupond et Dupont font les frais.

Un tournant s'amorce avec l'engagement d'un collaborateur en la personne d'Edgard-Paul Jacobs, illustre baryton d'avant-guerre reconverti avec talent dans le monde de l'illustration, à la fin de l'année 43. Son souci de perfection rejaillit sur Hergé : les attitudes des personnages ainsi que les décors des histoires s'enrichissent ; « Les 7 boules de cristal » en sont l'exemple flagrant. L'actualité est toujours loin pour Tintin mais aussi pour Hergé. Celle-ci ne va pas tarder à les rattraper aussi brusquement qu'en 1940.

Le 3 septembre 1944, Bruxelles est libérée. Les journaux aux mains de l'Occupant cessent aussitôt de paraître. C'est le cas du « Soir volé » où paraissent quotidiennement les strips de la nouvelle aventure de Tintin « Les 7 boules de cristal ». Hergé, ayant travaillé dans la presse collaborationniste est interdit de publication jusqu'à nouvel ordre.

A côté de cela, les albums sont colorisés, se vendent comme des petits pains. Le soulagement va venir pour Hergé tout juste un an après cette fameuse mise à l'index : un de ses amis l'informe que deux jeunes gens veulent créer un journal ayant Tintin pour titre. Parmi ces deux jeunes gens, Raymond Leblanc.

3. Le nouveau départ (1946-1960)

Bien qu'enthousiaste face à cette idée, il modère ses ardeurs. Tant qu'il n'a pas son certificat de civisme, il ne peut pas travailler. Raymond Leblanc, héros de guerre, lui permet d'obtenir le document désiré en mai 1946.

En possession de ce précieux papier, il est chargé de constituer une équipe afin de remplir le journal. Il réalise, avec l'aide de son ami Jacques Van Melkebeke, assistant et rédacteur au « Soir volé » bientôt emprisonné pour collaboration, la maquette et le logo du journal. Tintin revient au devant de la scène médiatique. La naissance du journal est l'occasion d'une véritable campagne de promotion et de communication avant la lettre dont se charge Raymond Leblanc. Hergé a trouvé une personnalité capable de dynamiser la communication autour de Tintin.

En même temps, Hergé engage son personnage dans un nouveau domaine : le cinéma. Cette fois, Tintin n'est pas de chair et d'os mais de coton et de tissu. Via Bernard Thièry, son agent, Hergé entre en contact avec Wilfried Bouchery, un personnage à la fois obscur et haut en couleurs qui lui demande l'autorisation d'adapter Tintin sous la forme d'un film d'animation.

L'album choisi est « Le crabe aux pinces d'or ». Hergé accepte. Des problèmes budgétaires apparaissent et compromettent la réalisation du film. Malgré l'envie d'Hergé de freiner la réalisation d'un projet qui manque de sérieux, Bouchery veut le faire sortir au plus vite. Ce qui arrive. Via l'importante promotion faite dans le journal Tintin, 2.000 enfants sont présents dans la salle de cinéma de l'ABC à Bruxelles le 21 décembre 1947.

Le film manque de rythme et l'animation se détériore au fil du récit. C'est néanmoins un succès. A titre d'anecdote, le lendemain, le film est saisi par la justice en raison des nombreuses dettes contractées par Wilfried Bouchery. On ne le reverra plus si ce n'est à la cinémathèque royale pour ceux qui en font la demande.

Hergé, déçu, entrevoit néanmoins des destinées animées pour son personnage. Il écrit à Walt Disney et joint à sa lettre sept de ses albums (avril 1948). Deux mois plus tard, c'est un subalterne du papa de Mickey qui lui adresse une lettre de non-recevoir. La piste américaine s'arrête.

Le journal « Tintin » connaît un succès croissant. Grâce à Raymond Leblanc et ses nombreuses idées (Ex : les timbres Tintin), Tintin est omniprésent : On demande à Hergé des autorisations pour adapter son personnage au théâtre, à la radio, sous forme de marionnettes, etc.

Les années 50 voient éclore un mythe. En 1957, Tintin connaît ses premières adaptations pour la télévision en semi-animation grâce aux jeunes studios Belvision fondés par Leblanc. Le résultat, un brin médiocre, oblige ce dernier à prendre contact avec une société américaine pour co-produire sept aventures de Tintin. Bien qu'Hergé a délégué Michel Greg pour superviser le travail d'adaptation, le résultat prend beaucoup de liberté avec les albums d'origine.

Mais arrive bientôt un nouveau domaine d'adaptation plus dans les cordes d'Hergé : un vrai film « live » ! Tintin est décidément bien reparti !

4. Tintin superstar (1960-1983)

Fin 1959 sort le premier ouvrage sur l'½uvre d'Hergé. Intitulé « Le monde de Tintin », il est le fruit du travail de Pol Vandromme, journaliste et écrivain carolorégien. Il consacre le personnage de Tintin et, par là même, la reconnaissance d'une ½uvre de bande dessinée. La préface, signée Roger Nimier, fait l'éloge d' Hergé mais est retirée à sa demande : il la juge trop audacieuse vis-à-vis des gens qui le connaissent depuis le début et qui pourraient lui reprocher d'être trop orgueilleux.

Alors que « Les aventures de Tintin d'après Hergé » sont diffusées à la télévision sous forme de feuilletons quotidiens de cinq minutes, la première véritable adaptation cinématographique des aventures de Tintin ne sort qu'en 1961. Le récit est totalement inédit et est baptisé « Tintin et le mystère de la Toison d'or ». Fidèle à l'esprit des albums, il permet de découvrir un jeune professeur d'éducation physique spadois, copie conforme du reporter d'Hergé : Jean-Pierre Talbot. Ce dernier tourne un deuxième et dernier opus trois ans plus tard. Bien que les films aient plutôt mal vieillis, l'interprète de Tintin, dont ce sont les seules apparitions au cinéma, est toujours identifié à son rôle près de 45 ans après les derniers tours de manivelle. Pour son plus grand bonheur.

A cette époque (milieu des années 60), le rythme de travail d'Hergé se ralentit, les ventes de Tintin se tassent malgré la sortie de « Vol 714 pour Sydney » surtout à cause de la concurrence d'Astérix. Pour redresser la barre, il est obligé d'accepter la proposition de Raymond Leblanc d'adapter en dessin animé long métrage « Le Temple du Soleil » en 1969. Malgré une qualité certaine, ce film, tout comme trois ans plus tard « Le lac aux requins », est très décevant. Il y manque la griffe d'Hergé.

Entre-temps, il commence à se confier à un jeune étudiant français : Numa Sadoul. Ce dernier sortira en 1975 un ouvrage-référence baptisé « Tintin et moi : entretiens avec Hergé ».

La même année s'ouvre à Wavre le parc d'attractions Walibi ; il aurait dû s'appeler « Tintinland ». Finalement, on ne trouve là que quelques attractions disséminées dans le parc aujourd'hui disparues. Il est bon de préciser qu'un tel projet avait déjà vu le jour dans le sud de la France au début des années 60 : « Tintinville d'Hergé », un projet quasi mort-né !

Pour les 50 ans de Tintin, les Editions Casterman vont marquer le coup . Presse, télévision et radio désirent commémorer l'événement avec faste. Hergé n'y est ni l'initiateur, ni l'organisateur. Les lieux des festivités impressionnent : Hôtel Carnavalet de Paris, Hôtel Hilton de Bruxelles, à la radio chez Jacques Chancel , à la télévision avec Bernard Pivot et même une exposition-anniversaire au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles baptisée « Le musée imaginaire de Tintin ».

Au milieu de l'année 1979, la leucémie est décelée chez Hergé. Une dernière rencontre doit encore avoir lieu : les retrouvailles prévue en 1979 avec l'ami Tchang ne se font que deux ans plus tard à Zaventem. C'est l'ultime apparition publique d'Hergé.

Il meurt le 3 mars 1983 sans avoir pu exaucer un de ces derniers v½ux : rencontrer Steven Spielberg qui porte à son ½uvre de intérêt.

5. Tintin le communicateur

En 54 ans d'existence, Tintin s'est essayé à tous les modes de communication de son temps.

-l'organisation des bains de foules de Tintin lors de ses premiers retours de voyage (événement unique dans l'histoire de la bande dessinée) ;

-les albums signés par les personnages avec tirages limités ;

-l'apparition du personnage dans des publicités, voire l'engagement dans des campagnes humanitaires et des parcs d'attractions ;

- les droits dérivés ne sont pas à négliger. D'abord dans une perspective modeste puis de plus en plus internationale grâce aux nombreux contacts qu'Hergé aura dans les médias via Raymond Leblanc dans les années 50 à 80 ;

-les produits dérivés hors albums ont concerné tous les secteurs.

Cette profusion, combinée à l'ancrage des nombreuses aventures dans un contexte historique réel, a fait de Tintin non seulement un personnage qui vit par la communication, mais aussi et surtout un personnage de communication.

Autrement dit : Tintin a toujours exercé pleinement et avec beaucoup de succès sa profession : celle de reporter.

# Posté le mercredi 20 juin 2007 06:57

Modifié le mercredi 20 juin 2007 09:11

Chapitre 3 : L'après-Hergé ou la mise en place d'une structure de communication

1. Situation au 3 mars 1983

Lorsque Georges Remi s'éteint le 3 mars 1983, ce sont Hergé et son univers qui meurent graphiquement. Tintin ne connaîtra pas de nouvelles aventures. Cette annonce fait l'effet d'une bombe parmi les collectionneurs qui pillèrent littéralement les librairies. Il laisse derrière lui des Studios qui l'ont aidé à mettre sur pied les dernières aventures de Tintin (durant toute l'après-guerre) et une jeune veuve, de 27 ans sa cadette.

Alors que tout le monde s'attend à un testament d'une rare complexité, celui-ci se résume à une phrase : « Je fais de Fanny ma légataire universelle ». Le choc est rude quand on voit ce que l'homme laisse derrière lui. Une telle réaction peut être probablement justifiée de la manière suivante : Alain Baran, son dernier secrétaire, précise : « Il n'imaginait pas de pérennité pour son personnage »

Il est vrai que le père de Tintin est très lié à sa créature. Une bonne dizaine d'années avant sa mort, il n'hésite pas à dire « Tintin, c'est moi... » . Une telle vision des choses ne peut qu'aboutir à une destinée mortifère de Tintin.

Le problème est que, contrairement à ce qu'il a cru prévoir, son personnage lui survit d'une certaine manière. Ce qui engendre pour sa femme Fanny Vlamynck, de nombreuses complications, notamment l'annonce de la mort d'Hergé. Elle préfère confier cette mission à Alain Baran, secrétaire et homme de confiance de son mari.

Celui-ci, croyant bien faire, ne prévient quasiment personne et espère pouvoir préparer, avec l'équipe des Studios, une annonce officielle et digne. A sa grande surprise, le téléphone arabe l'a doublé. Des journalistes ont envahi les Studios et ses membres répondent à des interviews. « J'avais été coupé du monde (...) et j'ignorais complètement que, dès 9 heures, la nouvelle était sur toutes les antennes. » justifie-t'il.

Le fait que cette information primordiale soit diffusée plus rapidement que son émetteur officiel ne l'aurait souhaité est déjà la preuve d'un problème communicationnel.

Il est clair que parmi toutes les personnes qui apprennent de manière confidentielle la mort d'Hergé (que se soient des médecins ou encore des gens qui passaient par là), certaines ne se sont pas gênées pour prendre contact avec la presse.

La « fuite » peut donc provenir de l'un comme de l'autre. Hugues Dayez nous apporte un éclaircissement sur cette affaire : « Effectivement, il s'agissait d'un brancardier des Cliniques Saint-Luc où était hospitalisé Hergé qui a fini par lâché le morceau » . Reste, dans tout cela, le devenir des Studios Hergé.

2. Les dernières années des Studios Hergé et leurs dérives

A son décès Hergé laisse des Studios qui ont vu le jour en 1950. La mission initiale est d'assurer la maîtrise graphique de l'ensemble des projets Tintin . Pour cela, différents collaborateurs exercent chacun une fonction bien précise (coloristes, maquettistes, encreurs, etc).

Il y a aussi une quantité d'autres choses dont l'illustration de produits dérivés et surtout celle de différentes publicités. Elles deviennent au fil du temps la principale raison de vivre des Studios.

Ces derniers travaillent au ralenti. Chacun s'occupe comme il le peut sans être mis au chômage technique. Hergé pour se justifier, disait e suivante à Alain Baran qui venait de prendre ses fonctions de secrétaire en 1978 : « Ce sont des gens qui travaillent avec moi depuis des années, je ne vais pas les mettre au chômage technique (...) je ne sais pas si les albums vont suivre (...) mais je dois faire vivre le studio malgré tout... Hélas, comme on le sait, il n'y aura plus d'autre album de Tintin.

Cinq ans plus tard, alors que Hergé rend son dernier souffle, ses Studios ne disparaissent pas avec lui. Il existe encore un contrat entre eux et les Editions du Lombard. Depuis 1954, ces dernières gèrent les droits dérivés de Tintin en francophonie. Ce sont elles aussi qui font office d'agent intermédiaire entre Hergé et certaines demandes publicitaires.

Hergé, au début, s'investit dans bon nombre de projets, suggère des idées ou réalise les premiers crayonnés. Il s'en désintéresse progressivement, et passe progressivement la main à son assistant Bob De Moor. Si bien que, lorsque le maître rend l'âme, il poursuit son travail comme pour lui rendre hommage.

Les publicités se poursuivent donc et, comme l'indique Hugue Dayez « on trouve tout et n'importe quoi ; cela va de la promotion des chemins de fer belges à la pub pour la 2CV Citroën (...) l'huile Fruidor ou (...) l'huile BP...

Il reste un projet qui pourrait donner un second souffle aux Studios durant de longs mois et, par ricochets, quelques années : l'achèvement de l'ultime aventure de Tintin : « L'alph-Art ». Un problème persiste : celui de la volonté d'Hergé de voir Tintin disparaître avec lui.

Cette dernière aventure, à l'état d'esquisse, pousse Bob De Moor à rendre une ultime fois hommage à son ami. N'avait-il pas été le plus proche collaborateur qui ait participé à la réalisation de « Tintin et les Picaros », ultime opus achevé de la saga ?

Fanny Vlamynck, n'est pas contre le projet proposé par De Moor et va même jusqu'à lui remettre les documents originaux de « L'Alph-Art ». Mais elle se fait rappeler à l'ordre par Benoît Peeters et Pierre Sterckx, respectivement tintinologue de longue date et ami d'Hergé. Pour eux, il est hors de question de terminer « L'Alph-Art » mais, plutôt d'en faire une sorte de double album avec, d'un côté une retranscription théâtrale et, de l'autre, les planches brutes du récit laissé par Hergé.

Au final, c'est cette option qui sera choisie. L'ouvrage est publié en 1986. Son faible tirage et sa fabrication fort complexe en font un livre luxueux et coûteux. A long terme, il est une aubaine pour les faussaires de tous bords obtenant là un matériel de premier choix dans la réalisation d'aventures apocryphes.

Cette dernière publication est le dernier acte que connaissent les Studios Hergé hormis l'inauguration de la fresque Tintin pour la station de métro Stockel à Bruxelles, le 31 août 1988,

Fanny prit sa décision en tenant compte logiquement de l'inutilité et du coût du maintien d'une telle structure après avoir consulté de nombreux juristes et experts en la matière.

Le 31 décembre 1986, les Studios Hergé ont bel et bien cessé d'exister.

Place à présent à la Fondation Hergé.

3. 1987 : La Fondation Hergé

L'½uvre d'Hergé et, par la même occasion, celle des Studios Hergé est close. Le temps est venu de penser à créer une structure apte à gérer au mieux l'important héritage que le père de Tintin lègue à la postérité.

Fanny Vlamynck, davantage épouse de Georges Remi que de Hergé, veut créer une Fondation Hergé dans le but d'aider spirituellement les mourants. Elle trouve cette idée sensée.
Avec Alain Baran, elle dégage les principaux objectifs de la Fondation Hergé, parmi lesquels les trois suivants :

1° l'aide aux mourants ;

2° la promotion de l'½uvre de Hergé et, donc, les aventures de Tintin ;

3° et l'encouragement à l'éclosion de jeunes talents représentatifs du patrimoine culturel belge et international.

Trois logos –tous ronds- seront réalisés mais, au final, ce ne sera que le deuxième objectif qui, fort logiquement, sera mis en exergue.


Sur le plan purement juridique, la Fondation Hergé est dotée du statut d'ASBL. Les activités qu'elle développe concernent essentiellement l'exercice du droit moral et du contrôle éthique sur les projets liés à l'auteur ou à son ½uvre en général et sur les droits dérivés en particulier.

Fin 2006, elle prend une autre dénomination : « Les Studios Hergé » pour des raisons juridiques. L'appellation de Fondation nécessitait un accès permanent du public aux installations. Ce qui n'a jamais été le cas.

4. L'organisation commerciale selon Alain Baran

L'aspect gestion du patrimoine de l'½uvre étant assuré par le statut de la Fondation, il faut, à présent, régler le problème de l'exploitation commerciale de Tintin.

La première à se mettre en place la « Baran International Licensing ». Le principal intéressé déclare à cet égard : « Lors d'un déjeuner, Fanny et moi cherchions le nom de cette future société, sans le trouver. L'après-midi (...) nous avions convenu d'un nom passe-partout : International Licensing...et puis, subitement, Fanny a lancé : « On va plutôt appeler ça « Baran International Licensing ». Moi, j'étais très surpris, et, en même temps, flatté, parce que j'ai pris ce geste pour une reconnaissance de mon travail, et j'ai accepté. »

A côté de cela, il ne fallait pas associer le nom d'Hergé à un aspect commercial.

Baran International Licensing qui s'est substitué aux Studios Hergé au niveau des droits dérivés, renouvelle, avec les Editions du Lombard, un protocole d'accord qui prendra ses effets de 1987 au 31 juillet 1990, date à laquelle la concession ne sera pas renouvelée (les Editions du Lombard ne pourront plus faire usage du titre « Tintin » pour leur journal).

Parallèlement à cela, Baran International Licensing négocie la création d'un nouveau journal avec le groupe Média Participations (récent acquéreur des Editions du Lombard) en créant la société Yéti Presse (éditrice de « Tintin reporter » d'août 1988 à Juillet 1989) et à la société Tintin Licensing (qui, à la suite de la résiliation du protocole entre le Lombard et la BIL en janvier 1989, devient détentrice d'une concession pour l'exploitation du merchandising Tintin sur l'Europe, le Canada et les pays d'Afrique francophone) .

A la suite de cela, la Baran International Licensing donne naissance à différentes sociétés à projets. Ce qui va, bien malgré elle, rapprocher son fonctionnement d'une société de holding !

Au départ, elle dispose d'un statut de Société de Personnes à Responsabilité Limitée mais, bien vite, elle va passé au statut de société anonyme avec une équipe composée d'Alain Baran, de son ami Jean-Manuel Duvivier, de Jean-Claude Jouret (fanatique de Tintin et spécialiste du merchandising) et d'un quatrième larron : un jeune anglais

du nom de Nick Rodwell. Ce dernier est entré en contact avec les trois premiers cités en tant qu'agent pour la Grande- Bretagne sur Tintin.

Très vite, des divergences apparaissent entre Jouret et Rodwell. Jouret veut jouer sur la proximité avec le public et, surtout, les enfants. Rodwell est pour une centralisation des produits tout en visant une cible bien précise : celle des nostalgiques.

Baran multiplie les différentes sociétés en fonction des différents projets et attribuait l'aspect commercial à Jouret et l'aspect artistique à Duvivier.

La même année, c'est finalement Nick Rodwell qui parvient à imposer ses vues comme la création d'un magasin Tintin à Bruxelles ou l'installation à Londres d'une exposition itinérante sur Hergé. Il y brille par son rôle de communicateur hors pair.

Il prend donc de l'importance au sein d'une structure qu'il ne va pas tarder à ébranler. Progressivement, il se renseigne auprès de différentes personnes sur le fonctionnement de la structure qu'a créé Baran.

De plus en plus proche de Fanny, il n'hésite pas à lui faire part de toutes les dépenses inutiles du « Fils spirituel d'Hergé ».

Un audit est réalisé sur l'ensemble des sociétés de Baran; ce dernier, endetté par de nombreux crédits, accepte de céder ses parts de la Baran International Licensing à Fanny qui, en contre-partie, rembourse les crédits et lui propose de devenir employé de la Baran International Licensing désormais administrée par Nick Rodwell.

Baran refuse et quitte une fois pour toutes l'univers de Tintin. Dans ses valises, il emporte Tintin Licencing qu'il va revendre à un grand groupe bancaire appelé Belficor. Une ère se termine. Une autre commence : celle de Moulinsart SA.

5. Les différents acquis de la Baran International Licensing

Cette première structure commerciale a la particularité d'être une subdivision de petites sociétés à projets chapeautées par une plus grande (la Baran International Licensing en l'occurrence) dont le fonctionnement se rapproche d'une société de holding.

Au sein de tout cela, Alain Baran délègue énormément; ne sachant pas être là partout, il fait confiance avec des résultats connaissant des fortunes diverses.

Sur le plan des acquis positifs, on peut lui reconnaître le mérite d'avoir repris la gestion des droits dérivés des Editions du Lombard, ce qui facilite la gestion de l'image de Tintin.

Les visées commerciales de l'équipe en place prônent :
-la qualité sur le plan de la publicité ;
-la qualité sur le plan des produits dérivés ;
-un merchandising de proximité.

C'est ainsi que des produits hauts de gamme comme une reproduction luxueuse de la fusée lunaire côtoient des gadgets à prix raisonnables comme les pots à moutarde. L'objectif étant de redorer dans un premier temps l'image de Tintin avant de lancer une véritable campagne de proximité.

La gestion des produits dérivés se fait sur base de licences. Celles-ci sont, en général, accordées à des structures artisanales produisant à coûts élevés, des produits de qualité en très petites quantités. La Baran International Licensing accorde pas moins de 70 licences.

L'avantage de ce nombre important de licences est la facilité d'accès pour le public d'obtenir un produit à l'image de Tintin mais signifie aussi une gestion « ardue » de la qualité et la quantité des produits réalisés.

En dehors de l'aspect merchandising, il y a aussi les différentes campagnes de promotion animant Tintin comme les livres d'études, les expositions ou encore les adaptations diverses.

Parmi toutes ces initiatives on note l'échec des négociations avec Spielberg qui, paradoxalement, permet la mise en chantier d'une série de dessins animés pour la télévision.

Autre succès, les ouvrages réalisés sur l'½uvre d'Hergé. Leurs auteurs, de vrais passionnés (Peeters, Sterckx, Algoud, etc...) sont aussi chargés de réaliser l'exposition du soixantième anniversaire de Tintin.

A l'opposé, de nombreuses choses aboutissent à des échecs flagrants comme l'exposition "l'univers d'Hergé" au Centre Pompidou en 1987. L'association de ces deux noms crée un effet d'annonce alors qu'il ne s'agit que d'un ensemble de présentoirs installés dans le hall du Centre. C'était « la montagne qui accouche d'une souris ».

Idem pour le journal "Tintin Reporter" qui, avec un axe éditorial mal calculé, échoue au bout de 7 mois de publication.

L'inexpérience d'Alain Baran, principal gestionnaire se paye cash ! Faisant confiance à outrance, il a perdu beaucoup d'argent dans des projets qui n'ont pas abouti. Voulant être partout, il a fini par se perdre en chemin entre le labyrinthe des différentes sociétés qu'il avait créé et les nombreuses dépenses inutiles de ses subdivisions.

Loin d'avoir voulu couler Tintin, Alain Baran n'a tout simplement pas su créer une ligne conductrice pour gérer tous les projets qu'il a lancés. Son inexpérience a causé sa perte. La première structure commerciale, bien que dispendieuse, voulait mettre Tintin le plus possible en avant de quelle que manière que ce soit. La vision de la seconde structure sera toute autre.

6. Nick Rodwell et la centralisation

L'arrivée de Nick Rodwell au poste d'administrateur de ce qui est devenu "Moulinsart SA" marque un tournant dans la gestion commerciale de l'image de Tintin.

Contrairement à Alain Baran qui avait une forte tendance à déléguer ses pouvoirs et a distribuer les licences, le nouveau compagnon de Fanny centralise progressivement tous les pouvoirs du marketing entre ses mains. Au début de sa prise de direction, il doit encore agir avec ce que Baran a laissé derrière lui.

Ainsi, le projet de dessin animé déjà fort avancé ne peut être arrêté. Rodwell est bien conscient de son absence totale de maîtrise du projet.

A côté de cela, Tintin Licensing, dans laquelle travaillent J-C Jouret et J-M Duvivier, continue de produire des objets Tintin sous licences sans pour autant en obtenir des nouvelles de la part de « Moulinsart SA ».

Bientôt, Canal +, producteur de la série animée, rachète Tintin Licensing à Belficor. Sur les conseils de Rodwell, l'ancienne équipe est débarquée. Nous sommes au début de l'année 1992.

En 1995, Rodwell parvient enfin à racheter Tintin Licensing détenu par Canal +. Lors du rachat (estimé à 2,5 millions d'euros), ce ne sont pas moins de 70 licences que l'administrateur de « Moulinsart SA » a face à lui! Bien qu'elle a l'autorisation de réaliser des produits dérivés jusqu'en 2009, l'équipe de Canal + n'a pas traîné en besogne (ce qui explique le coût énorme de l'interruption d'un contrat signé six ans plus tôt).

Dès cet instant, Nick Rodwell a tous les pouvoirs en mains pour imposer une nouvelle politique commerciale. Celle-ci débute par un contrôle des manuscrits que veut publier la Bibliothèque de Moulinsart, collection fondée par Benoît Peeters avec l'accord de Casterman et d'Alain Baran; désirant contrôler avec excès le contenu des ouvrages, il se met les auteurs à dos et provoque la fin de ladite Bibliothèque. Autre problème, il exige que toute reproduction d'une vignette issue des aventures de Tintin soit facturée (il en va de même pour les citations de l'½uvre !).

Il ramène le nombre de licences de 70 à 10. Dorénavant, on ne parle plus de licences mais de partenaires. D'importantes pertes financières s'ensuivent. Nous sommes au début de l'année 1997.

En 1998, il met en place une nouvelle politique éditoriale divisée en trois collections :

-naissance d'une ½uvre reprenant l'intégralité des récits d'Hergé dans l'ordre chronologique ;
-les monographies et les essais sur l'½uvre d'Hergé ;
-ouvrages de références (dictionnaires, répertoires, catalogues).

Un an plus tard, alors que Tintin fête ses 70 ans, nouveau changement d'orientation commercial: celle des « Espaces Tintin ». S'inspirant des "Disney Stores", elle vise à créer 200 magasins labellisés Tintin en France et dans le Benelux. Le projet manque de fonds.

Pour répondre à ses besoins près d'une trentaine de personnes sont recrutées dans différents secteurs :
-textiles ;
-objets de collection ;
-édition ;
-multimédia ;
-promotion.
Entre 2001 et 2003, les pertes tournent en moyenne autour d'un million d'euros par an. Le passif, lui, reste de 10,7 millions d'euros (conséquence des échecs successifs depuis 1987). Les huit magasins « Boutique Tintin » connaissent aussi des pertes récurrentes de l'ordre de 220.000 euros en 2003. Du côté des « Espaces Tintin », cinq ans après leur lancement, ils ne sont qu'une centaine sur les 200 prévus situés dans les grands magasins et les boutiques BD. Nick Rodwell envisage de revenir à une distribution par produit dans 450 magasins en fonction du produit vendu : les livres dans les magasins de BD, les textiles dans les boutiques de vêtements, etc...

La politique commerciale haut de gamme semble avoir montré ses limites. Ainsi « Moulinsart SA » lance différents produits à des prix abordables pour profiter du 75ème anniversaire de Tintin .

7. Le bilan provisoire de Nick Rodwell

Tout comme la Baran International Licensing, « Moulinsart SA » ne réussit pas davantage à faire des bénéfices avec l'image de Tintin.

Où Baran se disperse, Rodwell, lui, centralise à outrance. En rupture avec les tintinophiles de toutes sortes (aussi bien experts que simples passionnés), il s'est mis en position de cible à abattre. Bien qu'ayant réalisé de nombreuses expositions intéressantes et autres activités dans différents secteurs avec un certain succès, il a aussi commis des erreurs de gestions impressionnantes :

-avoir fait de Tintin un objet de luxe ;
-rendre payant l'usage des vignettes et citations issues des aventures de Tintin ;
-des projets grandioses qui échouent pour différentes raisons (problèmes financiers et administratifs, différends personnels).

L'arlésienne dans ce domaine demeure la création du Musée Hergé. Après bien des péripéties, la pose de la première pierre est envisagée pour le 22 mai 2007 à Louvain- la-Neuve si rien ne vient encore perturber la bonne marche des opérations.

Dans un registre un peu plus positif, on a l'impression que, ces dernières années, Rodwell a décidé de revoir sa politique commerciale et de tendre vers un merchandising de proximité :
-les voitures miniatures des éditions Atlas ;
- les montres Swatch ;
-les boîtes de biscuit Delacre ;
-les t - shirts commémoratifs que l'on pouvait obtenir via un concours réalisé en partenariat avec Coca-Cola.

Les expositions, elles, se multiplient afin de continuer à faire vivre Tintin en dehors de ses aventures de papier. Parfois avec une certaine originalité comme l'a prouvé en 2005 le Festival Tintin organisé par « Moulinsart SA » avec la ville de Bruxelles. Il s'est tenu du 20 au 23 juillet à Bruxelles et a réconcilié Tintin avec un public beaucoup plus populaire (avec l'organisation de courses de caisses à savons ou encore d'un bal masqué sur les personnages de Tintin).

Cette nouvelle tentative de réorientation politique semble, malgré tout, réussir sur le plan communicationnel.

8. Moulinsart SA aujourd'hui

Alors que l'on commémore le centième anniversaire de la naissance d'Hergé, les festivités battent leur plein ; et elles sont nombreuses :
-expositions « Au Pérou avec Tintin » à Québec, « Hergé » au Centre Pompidou à Paris, « Tintin et les autos » à Barcelone et « Tintin, Haddock et les bateaux » à Stockholm ;
- une pièce de théâtre à Londres ;
- inauguration d'une fresque dans le grand hall d'entrée de la gare du Midi de Bruxelles, du Square Hergé à Saint-Nazaire et de la place Hergé à Tournai ;
-décoration d'avion pour Brussels Airline et de train pour Thalys ;
-émission de timbres- poste en Belgique, France et Suisse ;
- reprise de la comédie musicale « Kuifje, De Zonnetempel » à Rotterdam.

Tout cela indique une activité maximale autant au sein des Studios Hergé que de « Moulinsart SA ».

« Moulinsart SA » possède, comme nous l'avons dit, 35 membre du personnel alors qu'on en dénombre que trois aux Studios Hergé (quatre si on compte Philippe Goddin qui, bien que présent, travaille en freelance).

Viennent s'ajouter les collaborateurs freelances, le personnel des entrepôts que possède « Moulinsart SA » sur le site bruxellois de Tour et Taxis et le personnel employé dans les « Boutiques Tintin » en Belgique.

Bien qu'il s'agisse d'une société anonyme, elle n'est en rien dotée d'un organigramme. Nick Rodwell veut véhiculer l'image officielle d'une entreprise familiale où chacun travaille sur un pied d'égalité.

La décision finale revient toujours à Nick Rodwell. Refusant de déléguer certains pouvoirs, il préfère favoriser le contact direct avec ses collaborateurs lors des réunions. Or, la communication interne est inexistante.

Cette absence totale de communication se retrouve aussi dans ses rapports avec les Studios Hergé ; d'où cloisonnement et manque de coordination.

Il en est tout autrement pour la communication extérieure. « Moulinsart SA » s'est d'ailleurs doté d'un site officiel : www.tintin.com.

Il est, par ailleurs à noter que depuis le 70ème anniversaire de Tintin, un soin important est apporté aux conférences de presse. Cela a pu être clairement constaté lors de l'annonce des festivités des 75 ans de Tintin et, plus récemment, des 100 ans d'Hergé.

9. Vingt-cinq ans de tâtonnement

Depuis la mort d'Hergé, deux structures commerciales se sont succédées. La première fut gérée par Alain Baran de 1983 jusqu'en 1991 (Baran International Licensing), tandis que la seconde (« Moulinsart SA ») est, encore aujourd'hui, depuis 1991, gérée par Nick Rodwell. Il convient de constater que ces deux gérants se sont, l'un comme l'autre, attirés de nombreuses amitiés mais aussi d'inimitiés.

L'un s'est chargé de liquider les Studios Hergé et de lancer une toute nouvelle structure commerciale avec de grands problèmes financiers et d'organisation. L'autre a tout centralisé et connaît encore aujourd'hui des problèmes de trésorerie. Il est clair que jamais une structure idéale à 100% ne sera trouvée mais que des améliorations peuvent être apportées.
Chapitre 3 : L’après-Hergé ou la mise en place d’une structure de communication

# Posté le mercredi 20 juin 2007 07:02

Modifié le mercredi 20 juin 2007 09:13

Chapitre 4 : La comédie musicale « Tintin Le Temple du Soleil »

1. Précision sur la structure du chapitre

La comédie musicale « Tintin Le temple du Soleil » est une adaptation de l'½uvre d'Hergé.

L'analyse de son parcours se déroulera par ordre chronologique et sera divisée en sept parties distinctes. Les deux premières traiteront des origines et du développement du projet. Les cinq suivantes aborderont chacune des adaptations existantes (Anvers, Charleroi, Paris, Rotterdam et Ostende).

Chaque création se conclura par une sorte de synthèse qui permettra de faire le point sur le chemin qu'elle a effectué. Une conclusion générale mettra un terme à ce chapitre. Elle comprendra une analyse complète et synthétisée de l'ensemble de l'événement, une vision sur ses probables perspectives d'avenir et, enfin, une constatation de toutes les répercussions qu'elle a eue sur la popularité du personnage de Tintin.

2. Les origines

2.1. L'idée d'adaptation

Adapter Tintin au théâtre n'est pas une idée neuve. De son vivant, Hergé a déjà été tenté par une telle entreprise. Alors que la Belgique était sous la botte nazie, il réalise, en 1941, avec son collaborateur de l'époque Jacques Van Melkebeke, une pièce intitulée « Tintin aux Indes ». Cette dernière totalement inédite n'a rien à voir avec les aventures déjà publiées du jeune héros.

Montée au Théâtre des Galeries de Bruxelles, elle y présente un Tintin incarné par une jeune femme. Le succès public est bel et bien présent mais la pièce laisse très peu de traces de son existence. A la fin de la même année, une deuxième réalisation « Monsieur Boullock a disparu » se monte mais reste moins connue.

Dès l'après-guerre, Hergé préfère se tourner vers des adaptations cinématographiques qui restent, pour la plupart, des semi-échecs.

A la mort d'Hergé, les adaptations vont se multiplier. Tintin remonte à nouveau sur les planches.

Il faut retenir la transposition de l'album « L'île Noire » au début des années quatre-vingts par une petite troupe anglaise (l'Unicorn Theatre Company) et, en l'an 2000, la création d'un récital particulièrement original de Bianca Castafiore à Bordeaux mis en scène par Numa Sadoul. Bien que fidèles à l'½uvre originale, elles n'apportaient pas une plus grande renommée au personnage de Tintin.

En 1990, deux français, Cyril de Turckheim et Gilles Bouillon obtiennent l'accord de Fanny Vlaminck pour adapter l'album "Tintin au Tibet" en comédie musicale. Le projet est resté sans suite. L'idée de faire chanter les personnages d'Hergé dans un show digne de Broadway revient au goût du jour en 1994 grâce à deux producteurs flamands : Marc Besson et Wouters Boits.

Il faut savoir qu'à cette époque, et aujourd'hui encore, la Flandre est friande des comédies musicales à forte coloration anglo-saxonne. La petite boîte de production anversoise qu'ils dirigent, baptisée « Tabas & Co » , vient d'ailleurs d'adapter sous cette forme et avec un certain succès, les aventures de Bob et Bobette (1994).

Il est bon de préciser qu'à ce moment-là, le projet est loin d'avoir trouvé sa forme définitive : les deux enthousiastes producteurs prévoient une adaptation d'un double album de Tintin afin d'avoir un maximum de matériaux disponible pour leur travail d'adaptation. Dans un premier temps, il est question de mettre en scène le diptyque du « Secret de la Licorne » et du « Trésor de Rackham Le Rouge ». Bien vite, les problèmes susceptibles d'entraver la mise en scène de telles aventures apparaissent. La proposition de Frank Van Laecke d'adapter « Les 7 boules de cristal » et « Le Temple du Soleil »est unanimement approuvée. Ces deux albums ayant, comme le dira le metteur en scène, « une plus grande résonance avec la présence de ce combat entre le jour et la nuit. »

2.2. L'intervention de « Moulinsart SA »

En 1994, Fanny Remi épouse en seconde noce Nick Rodwell. C'est son nouvel époux qui tient les commandes de la gestion commerciale de Tintin depuis 1992.

Un premier contact est établi en 1996 entre « Tabas & Co » et « Moulinsart SA ». Pas question, à moment-là, d'une co-production mais d'une licence. Il manque l'accord de « Moulinsart SA » qui ne le donne pas !

Pour mieux comprendre une telle réaction, il faut se rappeler que sous la direction d'Alain Baran régnait une certaine liberté dans le cadre des licences. Chacun pouvait réaliser ce qu'il voulait sur Tintin tant qu'il respectait le personnage et les idées qu'il véhiculait.

Nick Rodwell, dans l'optique d'une hypothétique adaptation cinématographique, désire, lui, concentrer et réduire nombre de licences que Tintin Licensing a, via Canal +, lancé à la suite de la série animée au début des années 90. Des 70 licences accordées, seules 10 subsistent encore.

Rodwell applique la philosophie de Mark & Spencers « Good value for Money ». Au final, ce travail de concentration provoque d'importantes pertes de l'ordre de 2,25 millions d'euros pour l'année 1996 .

Les raisons de ces pertes sont simples : la fameuse politique de Nick Rodwell est dénoncée par tous. Cette volonté de tout contrôler a provoqué les résultats suivants : encadrement quasi dictatorial des publications, réclamation d'importants droits de reproductions d'images (et même de citation !) à quiconque en ferait l'usage et, surtout, la transformation de Tintin en une icône de collection de luxe pour adultes nostalgiques !

Trois ans plus tard, « Tabas & Co » n'a toujours pas abandonné l'idée d'une comédie musicale. Le temps des licences étant révolu, « Moulinsart SA » se propose de co-produire le projet et le fait savoir.

Ce changement d'attitude, Peter Horremans, Directeur général, le justifie : « Dans notre nouvelle politique, nous cherchons des partenaires à long terme. Nous voulons aussi effacer la mauvaise image que nous avons dans le business. »

2.3. Budgétisation et sponsoring

Le projet nécessite d'importants investissements. Le budget se chiffre à 8,5 millions d'euros. Pour obtenir une telle somme, il a fallu faire appel à l'agence de communication « Duval Guillaume Brussels » dont la double tâche est la suivante : promouvoir la comédie musicale et trouver différents partenaires en sponsoring. L'objectif des producteurs étant d'accueillir pas moins de 175.000 spectateurs.

En choisissant de grands artistes comme Frank Van Laecke (mise en scène), Dirk Brossé (composition) ou encore Didier Van Cauwelaert (adaptation), il y a cette volonté d'obtenir une grande qualité artistique.

La magie Tintin opère à nouveau. Les sponsors sont :

-Orange et Renault du côté des « cash partners »,
-De Morgen et VTM pour Anvers et La Libre Belgique et RTL pour Charleroi ;
-Roularta, quant à lui, est présent sur les deux fronts (Knack en Flandre et Télé Moustique en Wallonie).

Isabel Peeters, Managing partner de Duval Guillaume Brussels, attribue cet enthousiasme à l'opportunité qu'ont les sponsors comme Renault et Orange d'accéder à l'important matériel graphique d'Hergé. Peter Horemans attendait une telle attitude : « Cela ne nous intéressait pas que les partenaires posent leurs logos sur l'affiche du spectacle en simple échange du ticketing et d'invitations. Nous recherchions une relation longue et dynamique. Orange à signé pour trois ans. Renault pour Anvers et Charleroi. »

Vont apparaître alors des produits dérivés de ce partenariat : Orange sort sur le marché un pack GSM aux couleurs de la comédie musicale et Renault va profiter de l'occasion pour produire une Twingo série limitée Tintin. Elle sera exposée à l'entrée des salles accueillant le spectacle.

Une fois que les spectateurs ont acheté leur ticket et sont installés dans la salle, le marketing continue. « Moulinsart SA » se sert du spectacle pour faire du merchandising.

2.4. Contributions à la notoriété du projet

Comme pour un film, la présence de têtes d'affiche favorise les investissements. Frank Van Laecke, Seth Gaaikema et Dirk Brossé sont tous des maîtres dans leur domaine de prédilection.

Frank Van Laecke (1958) : célèbre metteur en scène flamand, il a plus d'une corde à son arc. Il a réalisé la mise en scène de Jésus-Christ Superstar ou encore de Jekyll et Hyde...

Seth Gaaikema : scénariste néerlandais, il est connu pour ses adaptations de comédies musicales (Oliver ou encore Kiss me Kate) mais aussi pour ses créations (Swingpop, De drie musketiers, Catherina, Adam & Eva).

Dirk Brossé (1960) : compositeur flamand, il est mondialement connu pour avoir réalisé la bande-son symphonique du film Daens.

Le choix des comédiens s'avère. Des auditions sont organisées en février 2000, à Anvers pour la majorité.

En septembre 2000, les choix sont faits. Tom Van Landuyt, malgré son âge avancé (34 ans) incarne Tintin. On a pu le voir jouer dans Peter Pan, A Clockwork Orange ou encore dans Sacco & Vanzetti. Il est reconnu pour ses talents de ténor aussi.

Henk Poort, baryton néerlandais de réputation internationale qui prête ses traits au capitaine Haddock .

Jacqueline Van Quaille, soprano connue en Europe interprète le rôle de Bianca Castafiore (sans doute le plus exigeant de la distribution).

La majorité des autres comédiens provient du monde du spectacle flamand aussi bien sur les planches que devant la caméra. Ernst Van Looy et Chris Van den Durpel (respectivement Bergamotte et Dupont) en sont quelques exemples. Ils ont joué dans des séries de la télévision publique flamande.

Un véritable show à l'américaine se met en place. Frank Van Laecke n'hésite pas à le préciser : « Dès le début, il était évident que « Tintin Le Temple du Soleil devait être un spectacle musical spectaculaire sur fond d'aventure (...). A quoi ressemblerait le monde d'Hergé en trois dimensions ? Un défi que tous les collaborateurs ont relevé avec énormément de c½ur à l'ouvrage. »

Avant tout, « Moulinsart SA » a surtout misé sur l'importance de la qualité et de la fidélité à l'½uvre originelle. Les deux albums servant de référence, « Les 7 boules de cristal » et « Le Temple du Soleil » étant parmi les plus beaux d'Hergé

« Le Temple du Soleil », ayant un aspect plus cinématographique, a nécessité des moyens d'une importance scénographique équivalente. Comme le précise le dossier de presse : « Il y a donc de l'argent pour la qualité ». Une qualité qui se chiffre au final à près de 9 millions d'euros.

2.5. Bilan d'une préparation réussie :

Nous voici donc arrivés au point de départ pour l'ensemble des acteurs de cette grande aventure (les producteurs, réalisateurs, techniciens et comédiens). « Tabas & Co » a tenu bon et a, non seulement obtenu l'accord mais aussi la collaboration de « Moulinsart SA », pour qui, ce spectacle est une aubaine.

Car d'une part, il donne un avant-goût de ce que donnerait une adaptation cinématographique qui tarde à venir et, d'autre part, réconcilie les ayants-droit avec les tintinophiles les plus ardents.

Visant la qualité, Nick Rodwell et les producteurs Besson et Boits n'hésitent pas à investir et à bien s'entourer dans tous les domaines : bonne communication, bons comédiens, bon musiciens et autres spécialistes du monde du spectacle avec le but avoué de parcourir le monde.

Tout est en place pour démarrer l'aventure. La première mondiale a lieu à Anvers le 15 septembre 2001.

3. Le modèle anversois

3.1. Accord et choix avec le Stadsschouwburg d'Anvers

Triple raisons pour ce choix :

-la première vient du fait, qu'à cette époque, c'est le seul théâtre en Flandre capable d'accueillir un spectacle d'une telle ampleur technique ;

-deuxième raison : « Tabas & Co », à la base du projet, est implanté à Anvers ; c'est donc un avantage de plus pour superviser tout le travail qu'une telle production nécessite ;

-enfin, Anvers est la ville la plus peuplée de Flandre (750.000 habitants !).

Un accord a donc été rapidement trouvé avec la direction du théâtre, prévoyant la tenue du spectacle du 15 septembre 2001 au 9 décembre 2001 avec la possibilité d'un prolongement de près de deux mois. D'abord jusqu'au 31 janvier puis jusqu'au 17 février 2002 en cas de succès.

Cette longue occupation de la salle ne pose pas de problème pour ses gestionnaires. le Stadsschouwburg est habitué à accueillir pendant de longues durées de nombreuses comédies musicales d'origine anglo-saxonne. Elles nécessitent de nombreuses répétions pour les comédiens mais aussi pour les décors. Qui plus est, la confiance envers les producteurs est totale. Ils avaient déjà monté l'adaptation musicale de Bob et Bobette (en 1994) et de Fifi Brindacier.

L'une des répétitions a permis à de nombreux journalistes de se faire un avant-goût de ce que les producteurs allaient leur réserver .

Il y eut, néanmoins, un petit problème technique au début du mois d'octobre. Il empêcha la tenue d'une représentation, prouvant la délicatesse de la manipulation d'une telle machinerie. Fort heureusement, tout cela fut géré d'une manière fort commerciale : on offrit une boisson gratuite aux 1.000 personnes présentes ainsi qu'une carte d'entrée pour assister à une autre représentation au jour de leur choix.

Au terme d'un mois et demi de représentations, le spectacle a accueilli 50.000 personnes ! La décision de le prolonger tombe au début du mois de novembre 2001. La programmation prévoit la visite d'au moins cinq pays européens et non européens.

3.2. Publicités et impact sur la vie anversoise

Duval Guillaume Brussels délègue la communication globale de l'événement à l'agence de publicité TBWA d'Anvers. Un tel événement comme « Kuifje de Zonnetempel » ne pouvait être monté sans une campagne publicitaire à sa mesure.

L'agence n'hésite pas à aller au contact des différents médias et du public.

3.3. Accueil du spectacle par les médias

Les titres de la presse quotidienne sont assez révélateurs :

De Morgen n'hésite pas à reprendre une célèbre formule des Dupondt: "Je dirais même plus : ahurissant!".

De Standaard n'a pas peur d'user de pléonasmes: "Magnifique. Plus encore : Magnifique!".

Het gazet van Antwerpen, plus sobre, reste, néanmoins enthousiaste: "Tintin et Milou emballent le public".

Het Laatste Nieuws :"La Flandre est folle de Tintin" et "La véritable star, c'est Milou".

Het Nieuwsblad titre: "Tintin brûle les planches!"

Het Volk, plus terre à terre : "Hergé aurait dit que c'était bon".

Enfin, le site musicalfan.be tient des paroles pour le moins présomptueuses: "La classe mondiale. Il n'y a pas d'autres mots."

Unanimité : c'est vraiment la première grande production musicale belge.

3.4. Réactions du public

Les réactions du public anversois sont les plus importantes dans la destinée du spectacle. Elles permettent aux réalisateurs de corriger certaines erreurs et, surtout, de cerner les points forts.

Ce sont les aspects positifs qui ressortent le plus. Les avis (forum du site www.musicalfan.be ) des différents spectateurs abondent dans le même sens :

« De magnifiques décors, des acteurs fantastiques et une histoire prenante qui vous saisi de la meilleure façon qui soit. » ou encore « Une trépidante bande dessinée en 3D. Tous les détails ont été pensés, de magnifiques costumes, un magnifique éclairage et une magnifique musique » (D. Van Ballaert).

« Tournesol et Bianca Castafiore ont l'air si naturels quand on les regarde qu'à aucun moment je n'ai senti qu'ils jouaient, c'était naturel tout le temps. » (Jeroem Beekhof)

« Tous les personnages, Tintin, Haddock, Tournesol, sans oublier Bianca Castafiore, sont tous, trait pour trait, comme sortis de la BD. Très chouette !! » (Phantom)

Beaucoup de compliments aussi pour les enfants interprétant les personnages de Zorrino (le petit guide Incas de Tintin au Pérou) et Fleur (la fille de l'un des sept explorateurs) :

« J'ai beaucoup de sympathie pour les enfants. » « Zorrino était vraiment la star du soir ; il est le meilleur interprète ! Il a vraiment un talent de chant plus que fantastique ! »

Chose exceptionnelle et qui vaut la peine d'être remarquée : parmi les différents spectateurs, nombreux sont les spectateurs qui ont été voir la production plus d'une fois. Pour certains même, c'était la cinquième ! D'autres vont même jusqu'à voir Tintin embrasser une carrière internationale :

« Tu pourras dire « J'ai vu la production originale de Tintin. Tu sais, cette comédie musicale qui est maintenant depuis des années à Broadway ! » (Frank Stratmann)

Un tel enthousiasme rassure les producteurs même s'ils n'ont pas tout à fait atteint les 175.000 spectateurs voulus. Une faiblesse cependant :

« J'ai vu la représentation, mais je trouve que l'enchaînement des différents décors n'est pas bien fait. »

Une importante machinerie est indispensable pour la mise en place et la man½uvre des éléments scéniques.

3.5. Bilan d'une communication réussie

Après bien des années de tergiversations, les producteurs Marc Besson et Wouters Boits ont, enfin, obtenu l'accord et la participation de « Moulinsart SA » à leur création musicale. Il est clair que, d'un côté comme de l'autre, on veut quelque chose qui allie classe et respect de l'½uvre originelle tout en ayant la capacité de voyager en Europe mais aussi, à plus long terme, dans le monde entier.

Le choix de la Flandre se justifie par le fait que c'est une région habituée à accueillir des comédies musicales anglo-saxonnes et qui dispose d'une bonne logistique dans ce domaine.

Le succès est au rendez-vous et, bien vite, les prolongations sont annoncées. Malgré cela, les 175.000 spectateurs ne seront pas atteints. Ce qui n'empêche pas au spectacle, malgré tout, d'être un très bon succès populaire et médiatique de part sa qualité sur tous les plans.

Le test anversois a donc été réussi avec 150.000 spectateurs et il est clair qu'il n'y a aucun problème à envisager d'aller plus loin. Seul petit problème : la technique. Lourde et difficile à manipuler, elle a montré ses faiblesses et ne peut être montée que dans des lieux appropriés. Ces derniers sont peu nombreux en Europe.

4. Le modèle carolorégien


4.1. Accord et choix du Palais des Beaux-Arts

Avant même que « Kuifje de Zonnetempel » ne débute à Anvers, il était déjà question de monter le spectacle en Communauté française lors d'une conférence de presse au milieu de l'année 2000. Restait à savoir quelle serait la salle susceptible d'accueillir le spectacle. Si de tels aspects ne posent pas beaucoup de problèmes au nord du pays, ce n'est pas du tout le cas au sud.

Ainsi, après avoir pris contact avec des scènes de Mons, de Verviers et même de Liège, les responsables de « Tabas & Co » ont rapidement porté leur choix sur le Palais des Beaux-Arts de Charleroi (1.700 places). Un choix qui, finalement, s'est avéré être le seul possible en Wallonie. Michel Leclercq, Directeur technique des spectacles au Palais des Beaux-Arts n'hésite d'ailleurs pas à préciser : « Le temple du Soleil n'a pu être monté à Charleroi qu'à l'aide d'un chausse-pied ! La technique à mettre en place était tellement importante qu'il a fallu démonter certaines structures existantes. »

L'apport du Palais des Beaux-Arts au spectacle était concentré autour de la salle et de la main d'½uvre présente sur place (elle aidait les techniciens de l'équipe d'Anvers), rien n'avait été négligé par les producteurs.

Le contrat entre le Palais des Beaux-Arts et les producteurs stipulait :

-la durée de la location de la salle avec la possibilité d'un prolongement d'un mois ;
-l'utilisation des différents aspects marketing au c½ur du Palais des Beaux-Arts (dont l'installation d'une affiche géante du spectacle sur la façade latérale de ce dernier) ;
-l'organisation d'un casting dans la région pour trouver les comédiens.

Dès qu'elle fut tenue au courant d'un tel événement en ses murs, la Ville de Charleroi n'a pas hésité à apporter un important soutien en terme d'animation de son centre urbain et commercial.

A côté du domaine culturel, il y eût des animations commerciales : l'ASBL Charleroi Centre-Ville avait organisé de nombreuses activités à l'image de Tintin. Ce ne sont pas moins de 150 commerçants qui ont accepté, non seulement de décorer leurs vitrines aux couleurs du spectacle, mais aussi de participer à une action dont le but était de reconstituer l'affiche de ce dernier à l'aide d'un puzzle en 12 parties.

Ajoutez à cela la tenue d'une assemblée de l'association des Amis De Hergé qui a regroupé plus de 400 personnes et l'organisation d'une bourse Tintin dans une galerie commerciale du Centre-Ville.

4.2. Les choix de l'adaptation francophone

Faire chanter des personnages de bande dessinée n'est pas aisé. Devoir en adapter la version originale sans la trahir est encore plus difficile. C'est à l'écrivain français d'origine anversoise, Didier Van Cauwelaert (prix Goncourt 1994 pour « Un aller simple » qu'incombe cette délicate mission.

Son choix tient en grande partie à l'intervention d'un ancien Directeur du Palais des Beaux-Arts, Monsieur Guy Rassel, qui déclarait : « Je connaissais les ambitions d'extension de la production vers la France, la Suisse, le Canada. Il fallait donc quelqu'un de célèbre sur le plan international. Nous avions tous intérêt à présenter une excellente version française. Qu'il soit petit-fils d'un bourgmestre d'Anvers, qu'il ait du métier, ont évidemment pesé dans ce choix... devenu évident à mes yeux lorsqu'on connaît le type d'écriture de Van Cauwelaert. »

D'abord sceptique, Didier Van Cauwelaert fini par accepter pour deux raisons :

-sa belgitude ;
-sa sensibilité à la musique de Dirk Brossé. « Elle a tout ce que j'aime : l'agilité entre l'humour et l'émotion, des mélodies drôles, d'autres qui vous donnent la chair de poule, du vrai réalisme pas mélo. » dit – il.

Vient ensuite le choix des comédiens. Il allait dépendre de nombreux critères.

Le premier étant de remplacer les comédiens ne parlant pas français (essentiellement les rôles secondaires et deux des rôles principaux). Un casting se déroula à Charleroi mais également à Paris.

Deuxième critère : certains interprètes de la version originale étant parfaitement bilingues et disponibles, il allait de soi qu'ils pourraient reprendre leurs rôles sans le moindre problème. Ces conditions mises en place, les auditions pouvaient commencer.

Celles de Charleroi, eurent lieu de mars à juillet 2001. Elles ont abouti, pour la plupart, au choix des personnages secondaires. Certains étaient originaires de la région comme Jacky Druaux (Professeur Tournesol), François Langlois (Dupont), Fabrice Pillet (Nestor) ou encore Joël Minet (directeur du Music Hall). D'autres étaient, par contre, issus du reste de la Communauté française comme Pierre-Yves Duchesne (grand Inca), France Emond (2ème Castafiore) ou la majorité des figurants. Les enfants interprétant en alternance Zorrino et Fleur provenaient, eux aussi, de Wallonie.

Le casting parisien a permis de trouver les comédiens qui incarneront Tintin et le capitaine Haddock. Le choix du comédien parisien Vincent Heden pour le rôle-titre est justifié par son statut d'artiste confirmé ayant déjà joué dans des comédies musicales (Titanic). Le même constat peut être aussi évoqué pour le choix du Canadien Frayne Mac Carthy dans le rôle du capitaine Haddock.

Deux comédiens de la version anversoise ont repris leurs rôles d'origine :
-Ernst Van Looy, qui joue Bergamotte, passe sans la moindre complication, de la langue de Vondel à celle de Molière pour l'ensemble des représentations à Charleroi ;
-Jacqueline Van Quaille, grande Castafiore, sera présente pendant les deux premiers tiers du spectacle mais ne pourra pas « jouer les prolongations ».

Enfin, n'oublions pas Milou, dont le rôle a été confié pour les versions anversoise et carolorégienne, à deux femelles Terriers Soft Coated Whealen, Zohra et Zina

Le casting est bouclé dès le début du mois d'octobre 2001, il ne reste plus qu'à médiatiser cet événement.

4.3. Publicités et promotions

L'arrivée de la comédie musicale à Charleroi a été annoncée lors d'une conférence de presse organisée le mardi 23 octobre 2001, soit six mois après l'annonce de la première à Anvers et un peu plus de cinq mois avant la première à Charleroi.

L'ensemble du casting francophone y assiste ainsi que Didier Van Cauwelaert, l'adaptateur francophone. Les comédiens, alors que les répétitions ne commencent que trois mois plus tard, ont spécialement répété la chanson « Le Soleil » pour les journalistes.

Cette conférence démarre une importante campagne publicitaire débutant à Charleroi et irradiant vers toute la Belgique francophone. Elle lance aussi le départ des ventes des tickets par téléphone ou sur Internet.

La campagne publicitaire bat son plein. La silhouette de Tintin éclipsant le Soleil s'étale sur nombre d'encarts publicitaires de la région. Sur l'affiche, en plus des données habituelles, on peut trouver l'adresse Internet du site de la comédie musicale. Mine de renseignements, le site www.musicaltintin.com permet de trouver des photos et des extraits des différentes chansons accessibles dans les deux langues.

Parallèlement, les différents partenaires, dont il avait été question au point 2.3. de ce chapitre, commencent à faire parler d'eux :

L'opérateur téléphonique Orange, qui use déjà de l'image de Tintin depuis 2000, fait la publicité du spectacle en lançant un nouveau GSM thématisé. RTL-TVI, Bel RTL, La Libre Belgique et Télé-Moustique médiatisent l'événement : de nombreux communiqués sont diffusés dans la presse écrite, sur les ondes radiophoniques et télévisées. Des concours sont organisés dans tous les médias. Renault restera plus discret : la sortie de la Twingo série limitée Tintin se fera lors de la première. De grandes affiches publicitaire fleurissent le long des principaux axes de communication.

4.4. Engouement

Mais ce qui va marquer les esprits de tous (spectateurs et passants) est, sans conteste, l'affiche géante sur la façade du Palais des Beaux-Arts. Cette technique d'affiche, imaginée à Anvers par l'agence TBWA est percutante.

Bien vite, l'enthousiasme gagne la population et la communication formelle, dès que le spectacle démarre, cède sa place à la communication informelle (bouche à oreille). Celle-ci permet aussi de prolonger le spectacle d'un mois. Comme le dira Michel Leclercq : « Il y a eu un effet Tintin !»

4.5. Réactions des médias

Le spectacle a bénéficié du concours de la presse qui a accueilli très positivement l'arrivée de la comédie musicale.

Certains journalistes la connaissaient déjà car ils l'avaient découverte à Anvers et d'autres avaient aimé l'interprétation de la troupe lors de la conférence de presse.


Particulièrement soutenue par les sponsors officiels du spectacle : RTL pour l'audiovisuel et Télé-Moustique et La Libre Belgique pour la presse écrite. Le poids des mots mais, aussi, au fil des représentations, le choc des photos, incitent les Wallons à venir assister à ce spectacle.

Ainsi, on retrouvera sur les folders publicitaires annonçant la prolongation du spectacle, les critiques élogieuses de la presse écrite : « Un superbe spectacle pour tous, tenant son rythme dans l'émerveillement, le rire, le lyrisme, sans trahir la bande dessinée d'Hergé » (Le Soir). « Tout y est. Nous dirions même plus : tout y est » (La Libre Belgique). « Tintin le Temple du Soleil se positionne comme l'un des grands événements culturels de l'année » (Vers l'avenir). Tout a donc été organisé de sorte que le résultat soit un triomphe à la mesure du personnage et des efforts consentis. Qu'allait en penser le public francophone ?

4.6. Réaction du public

Pour connaître la réaction générale du public, il convient de diviser ce dernier en trois catégories.

Il y a d'abord les tintinophiles purs et durs . Leur exigence est telle que « Tabas & Co » et, surtout, « Moulinsart SA » se devaient de réaliser un travail d'adaptation en gardant la base même des aventures de Tintin et donner à ce dernier une attitude contemporaine mais aussi et surtout plus appropriée au monde de la comédie musicale. Si certains détails comme le trop grand rôle de la Castafiore ou encore l'apparition d'un nouveau personnage au travers de la fille de Mme Clairmont auraient pu les troubler, ils reconnurent l'intelligence des adaptateurs pour le rôle donné à Bianca Castafiore. La partie était donc gagnée pour cette part importante du public.

Ensuite, vient la catégorie des amateurs de comédie musicale, ceux qui ne jurent que par les succès français comme « Notre Dame de Paris », « Les 10 commandements » ou encore « Roméo et Juliette ». Il convenait de leur prouver que comédie musicale de qualité ne rimait pas essentiellement avec France. Les moyens mis en jeu faisaient tout pour que le spectacle soit à la hauteur voire supérieur aux succès d'outre-Quiévrain. Ce qui fit la différence est, d'une part, l'interprétation en direct des différentes musiques par l'Orchestre national de Belgique et, d'autre part, le cachet anglo-saxon donné au spectacle. Prouvant ainsi que la Belgique pouvait se hisser au même niveau de performance que des pays d'expérience comme l'Angleterre et la France.

Enfin, il restait à sensibiliser le grand public qui n'éprouvait pas spécialement d'attirance pour les comédies musicales ou encore la bande dessinée. Le battage médiatique et, surtout, les nombreuses réactions positives des gens qui en ressortaient ont incité cette catégorie à s'intéresser à un tel succès et, finalement, à aller le voir.

Le public fut conquis ! La séance de dédicace qui s'est déroulée le 10 mai 2002 au centre commercial Ville 2 le prouva. Le travail d'adaptation avait bel et bien porté ses fruits et « Tintin Le Temple du Soleil » fut, pour le Palais des Beaux-Arts de Charleroi, le plus grand succès de tous les temps.

4.7. Bilan d'une communication réussie

Bien avant la fin des représentations de l'adaptation anversoise, « Tabas & Co » et « Moulinsart SA » passent à la vitesse supérieure et annoncent, comme prévu, la création d'une adaptation francophone du spectacle. Le responsable de l'adaptation et la composition du casting témoignent déjà d'une volonté d'exporter la production en dehors de la Belgique.

En attendant, la première francophone se monte à Charleroi, seule ville en Communauté française possédant les infrastructures et la logistique nécessaires à une telle production. Les différents sponsors, déjà rôdés par l'expérience anversoise, partent rapidement à l'assaut de ce nouveau marché. Très rapidement, la ville de Charleroi est prise d'une tintinophilie aiguë. Les commerçants du Centre-Ville y participent. Le succès est tel que les prolongations susceptibles au départ sont rapidement confirmées.

Au final, plus de 110.000 personnes ont assisté aux représentations du « Temple du Soleil ». Les producteurs envisagent de filmer le spectacle comme cela avait été fait à Anvers. Mais, ils préfèreront attendre et concrétiser cette option dans un lieu plus prestigieux au c½ur de Paris.

5. L'échec parisien

5.1. Les différents partenaires français et leurs engagements

Les 250.000 spectateurs venus acclamés les 210 représentations belges à Anvers et à Charleroi entre septembre 2001 et juin 2002 sont, à la fois pour « Tabas & Co » et « Moulinsart SA », une preuve de la réussite d'un tel spectacle mais aussi et surtout, un outil extraordinaire de promotion auprès des différents organisateurs étrangers.

Le projet global prévoyait, dès le départ, une décentralisation du spectacle vers l'Europe et les pays francophones du monde. Il faut attendre le succès qu'a connu Charleroi pour avoir plus de précision : l'objectif est de tourner dans à Montréal, Genève et Paris et, à plus long terme, d'accéder à la reconnaissance mondiale en étant joué à Londres ou encore Tokyo. Il faut patienter près de 9 mois après l'ultime représentation carolorégienne pour connaître la première destination internationale du spectacle.

Paris est l'étape suivante dès le 19 septembre 2003. Un espace spécialement conçu pour l'occasion au c½ur de l'Hippodrome d'Auteuil, seule salle capable d'accueillir près de 3.000 personnes aux dates imposées, attend la troupe.

Un premier accord est conclu avec « Marouani Organisation » qui, pour l'occasion, s'associe au producteur Belge Jacques Spainglaire pour former une société anonyme propre au spectacle parisien : Les Enfants D'Abord (Ou LEDA). L'accord stipule :

- que le spectacle sera joué, au plus tard, jusqu'en mars 2004 (certains comédiens parlaient même de juin 2004) ;

- comme pour la version carolorégienne, la supervision artistique et technique est entre les mains des producteurs d'origine. Les organisateurs sont chargés de constituer l'espace qui accueillera le spectacle,

- a travers de cet accord entre l'organisateur et les co-producteurs d'origine, une collaboration est conclue avec les importants médias français que sont France 2, RTL Radio et Télérama. Chacun couvrira le spectacle dans son domaine de compétence : France 2 présente des émissions et des reportages axés sur les comédiens et la réalisation du spectacle, réalise un CD musical et une captation vidéo de l'événement qui est destiné à la vente pour Noël 2003. RTL Radio diffuse certains extraits du spectacle et a la primeur des interviews des différents comédiens et membres de l'équipe de production. Télérama, enfin, a les mêmes fonctions que celles exercées en leur temps par la Libre Belgique et Télé-Moustique.

Alors que les budgets d'Anvers et de Charleroi réunis étaient de 8,5 millions d'euros, celui de Paris atteint la somme de 6 millions d'euros.

5.2. La campagne publicitaire française

Tout comme pour la version carolorégienne, le lancement de la campagne publicitaire parisienne démarre avec une conférence de presse à Paris le 26 février 2003. On y précise d'entrée que les billets seront en vente dès le 6 mars uniquement en France par téléphone, sur Internet via le site de la FNAC ou dans différents grands magasins comme Carrefour, Printemps, Virgin, Auchan et Leclerc.

Très rapidement, les colonnes Morris de la capitale se couvrent d'affiches à l'effigie de Tintin, précisant les moyens d'obtention des places. Il en est de même dans les grands magasins cité ci-dessus.

Dès l'été, France 2 annonce la couleur en diffusant un clip promotionnel (dont les extraits sont issus des représentations belges). La radio RTL fait de même et Télérama relate les impressionnantes données techniques du spectacle.

La rentrée 2003 voit, dès le14 septembre, une intensification de la campagne de promotion avec la sortie du CD de la bande originale du spectacle et la présence de la troupe dans l'émission « Vivement dimanche prochain » de Michel Drucker.

Les places se vendent bien et, malgré un report, la campagne publicitaire se poursuit. Prémice d'un « Bug » : la sortie du DVD est, désormais, annoncée pour le Nouvel An 2004.

Alors que les reports se multiplient, aucun des différents sponsors n'a la même date pour la première. L'équipe publicitaire en place manque de coordination et de moyens pour annoncer avec autant d'intensité qu'à la base, les différents reports.

A la mi-octobre, on annonce une interview de Didier Van Cauwelaert sur la radio RTL mais la nouvelle tombe : le spectacle ne se fera pas. Comble de l'histoire, la publicité de l'annulation du projet est un communiqué de presse des producteurs d'origine. Le service de communication français ayant jeté l'éponge.


5.3. L'échec imprévu : causes et conséquences

Alors que la campagne de promotion du spectacle se déroule au c½ur de Paris au début du mois de septembre, l'organisation française annonce qu'elle doit reporter les débuts de la comédie musicale au 8 novembre en lieu et place du 18 septembre.

En cause : le chapiteau n'est pas aux normes et une partie des éléments le constituant se trouve toujours de l'autre côté de l'Atlantique.

Contretemps inquiétant vu que pas moins de 35.000 personnes ont déjà réservé leurs places. Certaines, inquiètes, ont appelé le service de réservation.

Pour les autres, rien n'est prévu. Même, les principaux sponsors ne sont pas tous au courant.

Rendez-vous est donc fixé au 8 novembre. Mais, moins de 15 jours plus tard, on annonce, à nouveau, un report de près d'un mois. La première est finalement prévue le 5 décembre. Les raisons évoquées sont encore d'ordre technique : les travaux sur l'imposante infrastructure d'aluminium et d'acier qui doit constituer « L'espace Tintin » sont freinés car un autre événement a lieu sur le site d'Auteuil : le salon des antiquaires, qui s'y tient du 7 au 17 novembre... Incompatible avec la présence de grues et de câbles électriques.

De plus, les problèmes de communication subsistent : les sponsors commencent à douter du sérieux de toute l'opération notamment France 2 qui a déjà investi près d'un million d'euros pour la diffusion du spectacle en « prime time » en 2005 et la vente du CD et du DVD pour les fêtes de fin d'année. A la mi-septembre, le CD est bien sorti mais pas le DVD dont la sortie est reportée après les fêtes.

Sur les sites de réservation, c'est le chaos total : certains des distributeurs officiels vendent encore des places pour le 18 septembre, d'autres pour le 8 novembre et quelques-uns pour le 5 décembre. Les spectateurs sont dans l'incertitude. Pourtant, la campagne de promotion continue.

Finalement, c'est le 19 octobre que l'on apprend la triste nouvelle via Le Journal du Dimanche : le spectacle risque de ne pas avoir lieu ; il est reporté « sine die » sans nouveau calendrier.

La nouvelle est officialisée le lendemain par un communiqué de presse des producteurs anversois : « Tintin Le Temple du Soleil : le spectacle musical à Paris est annulé ».

Pour beaucoup, c'est incompréhensible. Comment un spectacle qui a pu être monté sans le moindre problème en Belgique échoue dès sa première aventure internationale ?

Les raisons de cet échec remontent à l'origine de l'accord parisien. Jacques Marouani, le co-organisateur français, aurait été approché par Jacques Spainglaire lors des représentations à Anvers. Profitant de l'enthousiasme du premier, le second lui aurait proposé de créer une société en vue de monter le spectacle à Paris. A ce moment-là, il n'y avait aucun problème (nous étions en janvier 2002) .

Marouani était un habitué du PAF (Paysage Audiovisuel Français) avec des productions réputées comme celles de Patrick Sébastien et des « Grosses têtes ». Lorsqu'en mars 2003, est annoncée la première à Paris pour le 18 septembre, il est loin de se douter qu'il n'en sera pas.

En effet, alors que tous les accords sont conclus, arrive un mystérieux groupe d'investisseurs luxembourgeois. Intéressés par le projet, ils n'ont cependant aucune expérience dans le domaine du spectacle. Dès l'été 2003, ils s'investissent dans le projet en rachetant les parts de Marouani dans « LEDA SA ». Ce dernier, se retrouvant minoritaire dans une entreprise dont il voulait être majoritaire, se retire dés le mois de juillet. A Spainglaire, donc, de mener la barque à bon port.

Malheureusement, il ne connaît rien au monde du spectacle en France. Il réalise de nombreux investissements, soutenus au départ par les actionnaires luxembourgeois. Mais, bien vite, les investissements ne sont pas rentabilisés et les investisseurs ne veulent plus débourser un cent. Spainglaire se tourne alors vers les principaux sponsors, France 2, Télérama et RTL et, même vers les producteurs originaux « Tabas & Co » et « Moulinsart SA ». Il leur demande une aide financière. Ceux-ci acceptent. C'est ainsi que sort le CD de la comédie musicale .

Mais, bien vite, Spainglaire recommence à manquer de fonds propres. Il est dans l'incapacité d'investir plus. Ayant déboursé 2,5 millions d'euros en pure perte, il ne peut plus achever les travaux de construction de l'espace Tintin, toujours en cours.

Ne pouvant pas assumer le coût des répétitions, ses rapports avec les producteurs d'origine s'enveniment. Malgré le délai de 15 jours qu'il leur demande, il ne trouve pas l'argent nécessaire.

Les membres de la troupe et de l'équipe technique sont alors convoqués et apprennent l'annulation pure et simple du spectacle.

A partir de ce moment-là, Jacques Spainglaire, qui a jeté l'éponge en affirmant « C'est la première et la dernière fois que je travaille en France » s'est rendu injoignable. Ne voulant plus investir malgré l'importante pression médiatique et populaire, les actionnaires Luxembourgeois se retirent définitivement.

« LEDA SA » a cessé d'exister et est en faillite. Il en est de même pour « Tabas & Co » depuis que le Tribunal de Commerce d'Anvers a prononcé son jugement le 13 novembre 2003. C'est une perte globale de 10 millions d'euros qui est annoncée.

Les différents sponsors, dont France Télévision essentiellement, se retournent alors vers la seule société encore sur pied pour lui réclamer des dommages et intérêts : « Moulinsart SA ». Nick Rodwell a beau répéter que sa société n'y est pour rien, elle est quand même attaquée en justice.

Au final, bien que n'étant pas en faillite, « Moulinsart SA » se doit d'éponger une partie de la dette contractée. La somme totale demeure secrète ; il paraîtrait que Fanny Rodwell a régler une ardoise de près de 2,5 millions d'euros.

Les conséquences sont tragiques : une image de Tintin écornée en France, des ambitions freinées (une tournée de cinq semaines avait été prévue en août 2004 au Canada), une dette impressionnante et, surtout, une remise en question de l'avenir de la comédie musicale. Renaîtra-t-elle de ses cendres ?

5.4. Réactions des médias

Les médias français, essentiellement parisiens, avaient accueilli l'annonce du spectacle chez eux avec beaucoup d'intérêt. Il suffit de voir toute la campagne médiatique faite autour de l'événement pour se rendre compte qu'il y avait là une véritable attente.

L'annonce de l'annulation va, d'ailleurs, provenir d'un journal à sensations : « Le Journal du dimanche ». Prenant de court les producteurs, il n'hésite pas à rebaptiser l'événement « Tintin et le temple maudit » dans son édition du 19 octobre 2003. L'information est officialisée le lendemain par communiqué de presse.

En dehors de France 2 (qui consacre un reportage dans son JT du 20 octobre) et de RTL et Télérama (principaux sponsors faut-il le rappeler), les médias belges annoncent aussi la nouvelle. La RTBF en parle dans ses JT du 20 octobre et La Libre Belgique (qui avait fait la promotion du spectacle en Belgique francophone) publie un article le 21 octobre, expliquant les raisons de l'annulation.

5.5. Réactions du public

Un exemple, lu sur le site Actua BD, d'une famille suisse : « Merci, nous avons exprès réservé un voyage en date des 17 et 19 octobre 2003 dans le but uniquement de venir voir votre comédie, depuis la Suisse. Et maintenant, que faisons-nous de nos billets de train et réservations d'hôtel ? (...) Nous ne connaissons pas les raisons de ces annulations, mais la prochaine fois que vous montez un spectacle, ne faites pas trop de publicité à l'avance afin de ne pas décevoir des fans de Tintin (...) Tant pis pour nous, nous ne verrons jamais cette comédie mais nous vous souhaitons tout de même un grand succès » (21 septembre 2003).

On pourrait reprocher aux revendeurs de places comme la FNAC de ne pas avoir prévenu leurs clients. Encore devaient-ils être eux-même avertis. Une erreur de la part de l'organisateur qui a, d'une certaine façon, annoncé les reports dans la presse mais pas avec assez d'impact par rapport à la campagne de promotion qui avait été effectuée jusque là. Il semble que l'information a mal été transmise par la boîte chargée de la communication du spectacle en France.

Même après l'annonce officielle de l'annulation pure et simple, des personnes ont eu une désagréable surprise en arrivant devant l'Hippodrome d'Auteuil. Il y a un problème flagrant de communication. Au final, des milliers de mécontents ont exigé le remboursement de leurs places. Une peu de baume au coeur : la majorité des mécontents en veut à la production française ; certains vont même jusqu'à féliciter l'organisation belge d'origine qui « semble plus sérieuse que l'équipe française ».

L'image de marque de « Moulinsart SA », bien que concernée, n'en sort pas trop égratignée. En signe de mécontentement, des spectateurs avaient prévu d'aller manifester devant les grilles de l'hippodrome d'Auteuil. Comme l'a si bien dit l'un d'eux : « Tintin ? C'est tintin. »

5.6. Bilan d'un échec

Tourner à travers l'Europe, tel est l'objectif premier des promoteurs de la comédie musicale et Paris est la première étape désirée du périple. Les succès d'Anvers, mais, surtout, de Charleroi, permettent cette réalisation. Moins de neuf mois après la clôture de l'édition carolorégienne, l'annonce officielle d'un montage du spectacle dans la capitale française est concrétisée. Les producteurs d'origine ont conclus un accord avec les organisateurs parisiens réunis dans une société anonyme baptisée « LEDA SA » (Les Enfants D'Abord).

L'absence de salle disponible pour accueillir un tel événement oblige la nécessité d'un espace original à l'Hippodrome d'Auteuil. Bien vite, cette solution s'avère être catastrophique pour la concrétisation des projets futurs.

Annoncée en septembre, la première est reportée d'abord en novembre, puis en décembre ; pour justifier cela, on parle de retard dans la construction de l'espace, de problèmes de sécurité. Mais de plus graves problèmes s'annoncent.

Alors que la campagne publicitaire a atteint son rythme de croisière et que les sponsors font leur travail de manière exemplaire, le spectacle est tout bonnement annulé. Cette annulation est due à un problème d'entente et de financement entre les organisateurs français.

La présentation de « Tintin Le Temple du Soleil » à Paris, qui aurait dû accueillir près de 400.000 spectateurs, aurait dû permettre à France Télévision de réaliser une captation et la réalisation d'un support DVD et, surtout, d'accroître la popularité de Tintin à travers le monde (et, par la même occasion, redorer l'image de « Moulinsart SA »). Le spectacle récolte, dans les faits, une perte de près de 10 millions d'euros, des ennuis judiciaires et médiatiques avec les sponsors et les personnes ayant déjà acheté leurs tickets et, last but not least, un sérieux coup de frein dans sa carrière internationale.

Résultat : faillite de l'organisateur français mais aussi de « Tabas & Co » et pertes importantes pour « Moulinsart SA » qui doit éponger les dettes diverses découlant de cet échec. Nick Rodwell annonce que, désormais, « Moulinsart SA » se concentrera uniquement sur les projets du Musée de Louvain-la-Neuve et de l'adaptation cinématographique de Steven Spielberg.

Néanmoins, il ne perd pas l'espoir que le spectacle puisse, un jour ou l'autre, renaître de ses cendres.

6. La renaissance rotterdamoise

6.1. Les différents partenaires néerlandais et leurs engagements

Moins de trois mois après l'échec parisien, Nick Rodwell avoue, déjà, dans une interview traitant des différents événements et festivités commémorant les 75 ans de Tintin, qu'une nouvelle comédie musicale est envisagée. Plus tard, lors d'une interview accordée à La Dernière Heure, il précisera « Nous ne commettrons plus les mêmes bêtises que la première fois, à savoir se mettre en route pour Paris et ne pas y arriver ». Une chose est sûre : le projet reprend mais aux Pays-Bas.

Plus de deux ans vont s'écouler avant que ne soit révélé le lieu qui vera renaître Le Temple du Soleil. C'est, finalement le Théâtre Luxor de Rotterdam qui est choisi.

Les raisons de ce choix sont nombreuses. D'abord le fait que, bien avant l'échec parisien, le responsable du théâtre rotterdamois (Rob Wiegman) ait abordé les producteurs de l'époque. Trop préoccupés par l'aventure francophone de Tintin, ils ont négligé ce choix. La seconde raison provient du succès qu'a connu en son temps le spectacle à Anvers. Succès prouvant le potentiel fabuleux. De plus, comme l'aventure francophone n'avait pas su connaître le destin que l'on sait, il valait mieux se retourner vers un public beaucoup plus « local » (Seth Gaaikema, l'auteur du livret, étant de nationalité néerlandaise).

Le choix du théâtre est lui-même adéquat : le Luxor est rapidement devenu l'un des plus prestigieux théâtres des Pays-Bas. Récemment construit, il est, contrairement aux salles de spectacles comme celles d'Anvers et de Charleroi, conforme aux normes d'une telle aventure.

Comme pour Anvers et Charleroi, un casting qui favorisera le retour du spectacle en Belgique néerlandophone. Il débouche sur un renouvellement complet des comédiens hormis Henk Poort que l'on retrouve sous la casquette du capitaine Haddock. La majorité des comédiens est originaire des Pays-Bas. Seule présence belge à Rotterdam : celle de Tintin. Son interprète, Jelle Cleymans, est un jeune comédien flamand de 22 ans. Le choix de Cleymans se justifie aussi par sa popularité due à sa présence dans certaines émissions de jeunesse du service public flamand.

Il n'y aura pas de représentations supplémentaires. En tout et pour tout, 33 seront jouées. Ce qui reviendra, si le spectacle fait salle comble en permanence, à un peu plus de 50.000 spectateurs. Il est clair que, contrairement à Charleroi et Anvers, il y a ici un réel désir de rationaliser les frais inhérents au spectacle. Le choix du Luxor permet de diminuer les coûts.

Outre le Tintin d'origine belge, certains des enfants interprétant les rôles de Fleur et Zorrino ont été choisis lors d'un casting ayant lieu à Anvers. Les autres comédiens ayants auditionnés à Rotterdam.

6.2. La campagne publicitaire néerlandaise

La campagne publicitaire néerlandaise rappelle, par son fonctionnement, celles d'Anvers et de Charleroi. Le travail au niveau des différents médias se fait d'une manière bien précise. Le départ de la campagne a été lancé le 1er mars 2007.

Au niveau de la télévision, c'est d'abord la télévision régionale qui a démarré la campagne. Elle sera suivie par la télévision nationale à partir de la semaine qui précède la première représentation (c'est à dire aux alentours du 15 mai).

Au niveau des radios, le système fonctionne de la même façon.

Au niveau de la presse écrite, la promotion du spectacle se fait grâce à un partenariat avec le journal De Télégraaf.

Les campagnes d'affichages se répartissent en deux catégories. La première se concentre sur Rotterdam ou l'on peut trouver des affiches sur les abribus mais aussi sur les colonnes Maurice. La seconde se concentre dans les différentes gares des Pays - Bas.

Dernier type de publicité: le contact avec les sociétés et des particuliers qui ont l'habitude de fréquenter le théatre Luxor de Rotterdam. Environ 20.000 d'entre elles ont été sélectionnées et on reçu, par courriel, une reproduction de l'affiche du spectacle.

La campagne semble être efficace ("Même si son impact n'est pas encore mesurable" nous confie Madame Nathalie Onghena, responsable de la promotion du spectacle chez Médina Factory ). De nombreux tickets ont déja été vendus.

Travaillant en étroite collaboration avec Moulinsart SA pour tout ce qui est réalisation graphique promotionnelle, Medina Factory envisage rapidement de mettre en place des offres comme celle d'un programme gratuit ou encore d'offrir le CD du spectacle à l'achat de 4 places de spectacle.

6.3. Les grands changements : évolution du projet sur trois ans

L'échec parisien a mis une chose en évidence : toute la logistique du spectacle peut nuire à sa mise en place. La quantité de décors impressionnants ainsi que l'usage d'effets spéciaux, aussi bien aquatiques que pyrotechniques, ont empêché l'installation du projet dans une salle de spectacle existante.

Le projet initial, hors-normes, n'aurait pas eu de mal à s'installer dans des salles de spectacles anglo-saxonnes adaptées à ce genre d'exhibitions artistiques, mais pas au niveau de l'Europe continentale. Déja à Anvers et à Charleroi, il y a fallu adapter les décors et la salle. Quant à l'adaptation française, on connaît son tragique destin.

Il était donc nécessaire, pour les producteurs originaux, d'être vigilant à la logistique. Ces derniers ont un peu changé depuis l'échec parisien. Bien que Moulinsart SA soit toujours présent, il n'en est pas de même pour Tabas & Co qui, dès l'arrêt de la tournée française, tomba en faillite. Les deux (co)producteurs Wouters Boits et Marc Besson, se mirent en contact avec le producteur néerlandais Léo Van Pelt. Ensemble, ils fondèrent Musical Dreams. Cette nouvelle société de production est, donc, belgo-néerlandaise.

Il y a une réelle volonté de transposer la comédie musicale aux Pays-Bas. Pour y arriver, il a fallu bon d'alléger le poids (tant physique que technique) des décors. Cet aspect est, d'ailleurs, évoqué en termes sibyllins dans le dossier de presse : « La comédie musicale « Tintin Le Temple du Soleil » n'est pas la plus chère ni la plus grande » .

Ce dossier de presse reste très vague sur de nombreux aspects . Alors que les dossiers de presse d'Anvers et de Charleroi annonçaient des chiffres défiant Broadway, ici, le silence est total. Ce qui semble sûr, au vu du site officiel en néerlandais (www.musicalkuifje.nl), c'est qu'il y aura bel et bien, comme dans les éditions précédentes, un orchestre qui jouera les différentes compositions musicales en direct.

Reste à savoir si la fameuse scène des chutes de Callao sera maintenue. D'après Michel Leclercq , directeur technique du Palais des Beaux-Arts de Charleroi, il serait question de projeter certains décors à l'arrière-plan de la scène. Dans ce cas-là, on peut se demander quels seront les décors en question.

Ce qui est sûr, selon Wouters Boits, c'est que « le public ne s'en apercevra pas » . Ce dernier n'hésite pas à préciser que, contrairement à la version d'origine dont l'objectif premier était de s'exporter, celle de 2007 se concentre uniquement sur Rotterdam et Ostende. Le but ici étant de donner à Tintin, au travers des représentations aux Pays-Bas, une popularité plus importante qu'auparavant dans ce pays. Le compositeur Dirk Brossé, de son côté, affirme avoir écrit une nouvelle chanson incluse dans le carnet original. Cette légère modification, associée aux nombreux changements d'acteurs a, fort logiquement, entraîné la réalisation d'un nouveau CD musical qui ne devrait pas tarder à sortir.

Une renaissance donc pour la comédie musicale mais réalisée avec le plus de précautions possibles. Les différents choix en sont la preuve.

6.4. Bilan d'une renaissance

Après les péripéties qu'a connu le spectacle en francophonie, les producteurs du spectacle se sont tournés sur les Pays-Bas qui, contrairement à la France, avaient une réelle volonté d'accueillir le spectacle.

La campagne de promotion y est également aisée. La popularité de Tintin se suffisant à elle-même. Le choix des comédiens importe finalement peu vu que le public ne désire qu'une seule chose: voir Tintin et tous ses amis chanter.

Même si à l'heure où ces lignes sont écrites les représentations ne sont pas commencées, il est certain qu'elles rencontreront un important succès.

7. Ostende ou le retour au pays

7.1. Accord et choix avec les différents partenaires flamands

Lors de l'annonce faite le 23 mai 2006 à la conférence de presse pour présenter les événements commémorant les cent ans d'Hergé, il était bel et bien question d'une comédie musicale aux Pays-Bas mais nullement en Belgique.

La nouvelle tombe trois mois plus tard. Les raisons d'un retour en Belgique, et à Ostende en particulier, sont multiples. Il y a, d'abord la volonté des dirigeants du Kursaal d'Ostende d'accueillir dans leurs infrastructures récemment rénovées (en 2004), des spectacles de grande envergure et, surtout, de longue durée.

A côté de cela, il y a, comme chaque année à Ostende, un festival maritime. Habituellement, il honore un pays mais, cette année, se sera Tintin qui occupera cette place du 25 au 28 mai 2007. Pendant ce festival, sortira une édition spéciale de Tintin en ostendais ; l'album choisi est « L'île noire ». L'ultime événement est la tenue, dans les galeries vénitiennes, d'une exposition autour d'Hergé du 9 juin au 30 septembre.

L'ensemble de ces activités est issu d'un accord entre les organisateurs : les dates ont été choisi avec l'échevinat du tourisme afin de profiter de la saison touristique.

Du côté des autres partenaires, on retrouve des sponsors comme Een (télévision publique flamande), Radio 2, Het Nieuwsblad, Ketnet et In-Di (distributeur d'énergie). Pour l'édition d'Ostende, les organisateurs ont décidés d'axer leur campagne de communication vers les médias régionaux.

7.2. La campagne publicitaire flamande

Alors que la Première n'a lieu que le 8 juillet, la campagne publicitaire flamande a déjà débuté. Elle a commencé avec la conférence de presse au Kursaal d'Ostende le 13 février dernier. Cette première vague de la campagne s'est terminée au début du mois de mars et était une bonne occasion pour les différents sponsors de se mettre en route.

Trois autres vagues sont respectivement prévues dans les deuxièmes quinzaines des mois d'avril, mai et juin. A l'heure ou ces lignes sont écrites (17 avril 2007), il est déjà acquis, selon Cathy De Wilder, responsable de la campagne publicitaire, que « L'impact général de la campagne est largement positif » .

Deux vagues sont également programmées pendant les dates où se jouera le spectacle.

A côté de cela, la ville d'Ostende collabore étroitement à la campagne de promotion et à même obtenu, des responsables de cette dernière, qu'à l'achat d'une place pour le spectacle, chaque personne recevait une entrée gratuite pour l'exposition « Tintin » qui se tient dans les galeries vénitiennes.

7.3. Bilan d'un retour

Le retour du spectacle en Flandre est une autre aventure qu'aux Pays-Bas. Il part de l' expérience positive d'Anvers. La ville d'Ostende mise tout sur Tintin pendant sa saison touristique et espère en tirer des retombées économiques intéressantes.

Tout comme pour Rotterdam, de nombreuses places sont déjà vendue. Il est presque acquis que le succès sera au rendez-vous.

Si cela se confirme, il est fort probable de voir le spectacle franchir, à nouveau la frontière linguistique. Mais tout cela n'est, pour l'instant, qu'une alléchante perspective.

8. Perspectives et répercussions sur le personnage de Tintin

Si tout c'était passé sans anicroche, l'aventure Tintin aurait eu un retentissement mondial ouvrant de ce fait les portes des pays anglo – saxons à notre reporter belge et cela bien avant qu'un film ne soit mis en chantier par Steven Spielberg.

En lieu et place de cela : un succès local des deux côtés de la frontière linguistique est confirmé et un échec retentissant est survenu lors de la première aventure internationale. Les retombées de cet échec auraient pu être dramatique pour l'image de marque de Tintin. Heureusement, la réputation qu'il avait déjà acquise depuis longtemps en France comme en Belgique, a limité les effets négatifs.

Le désir de faire renaître la comédie musicale aux Pays-Bas et en Flandre indique clairement que les producteurs envisagent toujours une carrière internationale pour cette dernière.

Il est certain que si le succès est au rendez-vous, l'exportation de cette réalisation devra se faire avec le plus de précautions possibles car tous les pays visités n'entretiennent pas le même rapport affectif envers ce personnage.

Mais, une chose est sûre : s'il y a un triomphe international, Tintin retrouvera une nouvelle jeunesse.

# Posté le mercredi 20 juin 2007 07:10

Modifié le mardi 26 juin 2007 08:20