1. Précision sur la structure du chapitre
La comédie musicale « Tintin Le temple du Soleil » est une adaptation de l'½uvre d'Hergé.
L'analyse de son parcours se déroulera par ordre chronologique et sera divisée en sept parties distinctes. Les deux premières traiteront des origines et du développement du projet. Les cinq suivantes aborderont chacune des adaptations existantes (Anvers, Charleroi, Paris, Rotterdam et Ostende).
Chaque création se conclura par une sorte de synthèse qui permettra de faire le point sur le chemin qu'elle a effectué. Une conclusion générale mettra un terme à ce chapitre. Elle comprendra une analyse complète et synthétisée de l'ensemble de l'événement, une vision sur ses probables perspectives d'avenir et, enfin, une constatation de toutes les répercussions qu'elle a eue sur la popularité du personnage de Tintin.
2. Les origines
2.1. L'idée d'adaptation
Adapter Tintin au théâtre n'est pas une idée neuve. De son vivant, Hergé a déjà été tenté par une telle entreprise. Alors que la Belgique était sous la botte nazie, il réalise, en 1941, avec son collaborateur de l'époque Jacques Van Melkebeke, une pièce intitulée « Tintin aux Indes ». Cette dernière totalement inédite n'a rien à voir avec les aventures déjà publiées du jeune héros.
Montée au Théâtre des Galeries de Bruxelles, elle y présente un Tintin incarné par une jeune femme. Le succès public est bel et bien présent mais la pièce laisse très peu de traces de son existence. A la fin de la même année, une deuxième réalisation « Monsieur Boullock a disparu » se monte mais reste moins connue.
Dès l'après-guerre, Hergé préfère se tourner vers des adaptations cinématographiques qui restent, pour la plupart, des semi-échecs.
A la mort d'Hergé, les adaptations vont se multiplier. Tintin remonte à nouveau sur les planches.
Il faut retenir la transposition de l'album « L'île Noire » au début des années quatre-vingts par une petite troupe anglaise (l'Unicorn Theatre Company) et, en l'an 2000, la création d'un récital particulièrement original de Bianca Castafiore à Bordeaux mis en scène par Numa Sadoul. Bien que fidèles à l'½uvre originale, elles n'apportaient pas une plus grande renommée au personnage de Tintin.
En 1990, deux français, Cyril de Turckheim et Gilles Bouillon obtiennent l'accord de Fanny Vlaminck pour adapter l'album "Tintin au Tibet" en comédie musicale. Le projet est resté sans suite. L'idée de faire chanter les personnages d'Hergé dans un show digne de Broadway revient au goût du jour en 1994 grâce à deux producteurs flamands : Marc Besson et Wouters Boits.
Il faut savoir qu'à cette époque, et aujourd'hui encore, la Flandre est friande des comédies musicales à forte coloration anglo-saxonne. La petite boîte de production anversoise qu'ils dirigent, baptisée « Tabas & Co » , vient d'ailleurs d'adapter sous cette forme et avec un certain succès, les aventures de Bob et Bobette (1994).
Il est bon de préciser qu'à ce moment-là, le projet est loin d'avoir trouvé sa forme définitive : les deux enthousiastes producteurs prévoient une adaptation d'un double album de Tintin afin d'avoir un maximum de matériaux disponible pour leur travail d'adaptation. Dans un premier temps, il est question de mettre en scène le diptyque du « Secret de la Licorne » et du « Trésor de Rackham Le Rouge ». Bien vite, les problèmes susceptibles d'entraver la mise en scène de telles aventures apparaissent. La proposition de Frank Van Laecke d'adapter « Les 7 boules de cristal » et « Le Temple du Soleil »est unanimement approuvée. Ces deux albums ayant, comme le dira le metteur en scène, « une plus grande résonance avec la présence de ce combat entre le jour et la nuit. »
2.2. L'intervention de « Moulinsart SA »
En 1994, Fanny Remi épouse en seconde noce Nick Rodwell. C'est son nouvel époux qui tient les commandes de la gestion commerciale de Tintin depuis 1992.
Un premier contact est établi en 1996 entre « Tabas & Co » et « Moulinsart SA ». Pas question, à moment-là, d'une co-production mais d'une licence. Il manque l'accord de « Moulinsart SA » qui ne le donne pas !
Pour mieux comprendre une telle réaction, il faut se rappeler que sous la direction d'Alain Baran régnait une certaine liberté dans le cadre des licences. Chacun pouvait réaliser ce qu'il voulait sur Tintin tant qu'il respectait le personnage et les idées qu'il véhiculait.
Nick Rodwell, dans l'optique d'une hypothétique adaptation cinématographique, désire, lui, concentrer et réduire nombre de licences que Tintin Licensing a, via Canal +, lancé à la suite de la série animée au début des années 90. Des 70 licences accordées, seules 10 subsistent encore.
Rodwell applique la philosophie de Mark & Spencers « Good value for Money ». Au final, ce travail de concentration provoque d'importantes pertes de l'ordre de 2,25 millions d'euros pour l'année 1996 .
Les raisons de ces pertes sont simples : la fameuse politique de Nick Rodwell est dénoncée par tous. Cette volonté de tout contrôler a provoqué les résultats suivants : encadrement quasi dictatorial des publications, réclamation d'importants droits de reproductions d'images (et même de citation !) à quiconque en ferait l'usage et, surtout, la transformation de Tintin en une icône de collection de luxe pour adultes nostalgiques !
Trois ans plus tard, « Tabas & Co » n'a toujours pas abandonné l'idée d'une comédie musicale. Le temps des licences étant révolu, « Moulinsart SA » se propose de co-produire le projet et le fait savoir.
Ce changement d'attitude, Peter Horremans, Directeur général, le justifie : « Dans notre nouvelle politique, nous cherchons des partenaires à long terme. Nous voulons aussi effacer la mauvaise image que nous avons dans le business. »
2.3. Budgétisation et sponsoring
Le projet nécessite d'importants investissements. Le budget se chiffre à 8,5 millions d'euros. Pour obtenir une telle somme, il a fallu faire appel à l'agence de communication « Duval Guillaume Brussels » dont la double tâche est la suivante : promouvoir la comédie musicale et trouver différents partenaires en sponsoring. L'objectif des producteurs étant d'accueillir pas moins de 175.000 spectateurs.
En choisissant de grands artistes comme Frank Van Laecke (mise en scène), Dirk Brossé (composition) ou encore Didier Van Cauwelaert (adaptation), il y a cette volonté d'obtenir une grande qualité artistique.
La magie Tintin opère à nouveau. Les sponsors sont :
-Orange et Renault du côté des « cash partners »,
-De Morgen et VTM pour Anvers et La Libre Belgique et RTL pour Charleroi ;
-Roularta, quant à lui, est présent sur les deux fronts (Knack en Flandre et Télé Moustique en Wallonie).
Isabel Peeters, Managing partner de Duval Guillaume Brussels, attribue cet enthousiasme à l'opportunité qu'ont les sponsors comme Renault et Orange d'accéder à l'important matériel graphique d'Hergé. Peter Horemans attendait une telle attitude : « Cela ne nous intéressait pas que les partenaires posent leurs logos sur l'affiche du spectacle en simple échange du ticketing et d'invitations. Nous recherchions une relation longue et dynamique. Orange à signé pour trois ans. Renault pour Anvers et Charleroi. »
Vont apparaître alors des produits dérivés de ce partenariat : Orange sort sur le marché un pack GSM aux couleurs de la comédie musicale et Renault va profiter de l'occasion pour produire une Twingo série limitée Tintin. Elle sera exposée à l'entrée des salles accueillant le spectacle.
Une fois que les spectateurs ont acheté leur ticket et sont installés dans la salle, le marketing continue. « Moulinsart SA » se sert du spectacle pour faire du merchandising.
2.4. Contributions à la notoriété du projet
Comme pour un film, la présence de têtes d'affiche favorise les investissements. Frank Van Laecke, Seth Gaaikema et Dirk Brossé sont tous des maîtres dans leur domaine de prédilection.
Frank Van Laecke (1958) : célèbre metteur en scène flamand, il a plus d'une corde à son arc. Il a réalisé la mise en scène de Jésus-Christ Superstar ou encore de Jekyll et Hyde...
Seth Gaaikema : scénariste néerlandais, il est connu pour ses adaptations de comédies musicales (Oliver ou encore Kiss me Kate) mais aussi pour ses créations (Swingpop, De drie musketiers, Catherina, Adam & Eva).
Dirk Brossé (1960) : compositeur flamand, il est mondialement connu pour avoir réalisé la bande-son symphonique du film Daens.
Le choix des comédiens s'avère. Des auditions sont organisées en février 2000, à Anvers pour la majorité.
En septembre 2000, les choix sont faits. Tom Van Landuyt, malgré son âge avancé (34 ans) incarne Tintin. On a pu le voir jouer dans Peter Pan, A Clockwork Orange ou encore dans Sacco & Vanzetti. Il est reconnu pour ses talents de ténor aussi.
Henk Poort, baryton néerlandais de réputation internationale qui prête ses traits au capitaine Haddock .
Jacqueline Van Quaille, soprano connue en Europe interprète le rôle de Bianca Castafiore (sans doute le plus exigeant de la distribution).
La majorité des autres comédiens provient du monde du spectacle flamand aussi bien sur les planches que devant la caméra. Ernst Van Looy et Chris Van den Durpel (respectivement Bergamotte et Dupont) en sont quelques exemples. Ils ont joué dans des séries de la télévision publique flamande.
Un véritable show à l'américaine se met en place. Frank Van Laecke n'hésite pas à le préciser : « Dès le début, il était évident que « Tintin Le Temple du Soleil devait être un spectacle musical spectaculaire sur fond d'aventure (...). A quoi ressemblerait le monde d'Hergé en trois dimensions ? Un défi que tous les collaborateurs ont relevé avec énormément de c½ur à l'ouvrage. »
Avant tout, « Moulinsart SA » a surtout misé sur l'importance de la qualité et de la fidélité à l'½uvre originelle. Les deux albums servant de référence, « Les 7 boules de cristal » et « Le Temple du Soleil » étant parmi les plus beaux d'Hergé
« Le Temple du Soleil », ayant un aspect plus cinématographique, a nécessité des moyens d'une importance scénographique équivalente. Comme le précise le dossier de presse : « Il y a donc de l'argent pour la qualité ». Une qualité qui se chiffre au final à près de 9 millions d'euros.
2.5. Bilan d'une préparation réussie :
Nous voici donc arrivés au point de départ pour l'ensemble des acteurs de cette grande aventure (les producteurs, réalisateurs, techniciens et comédiens). « Tabas & Co » a tenu bon et a, non seulement obtenu l'accord mais aussi la collaboration de « Moulinsart SA », pour qui, ce spectacle est une aubaine.
Car d'une part, il donne un avant-goût de ce que donnerait une adaptation cinématographique qui tarde à venir et, d'autre part, réconcilie les ayants-droit avec les tintinophiles les plus ardents.
Visant la qualité, Nick Rodwell et les producteurs Besson et Boits n'hésitent pas à investir et à bien s'entourer dans tous les domaines : bonne communication, bons comédiens, bon musiciens et autres spécialistes du monde du spectacle avec le but avoué de parcourir le monde.
Tout est en place pour démarrer l'aventure. La première mondiale a lieu à Anvers le 15 septembre 2001.
3. Le modèle anversois
3.1. Accord et choix avec le Stadsschouwburg d'Anvers
Triple raisons pour ce choix :
-la première vient du fait, qu'à cette époque, c'est le seul théâtre en Flandre capable d'accueillir un spectacle d'une telle ampleur technique ;
-deuxième raison : « Tabas & Co », à la base du projet, est implanté à Anvers ; c'est donc un avantage de plus pour superviser tout le travail qu'une telle production nécessite ;
-enfin, Anvers est la ville la plus peuplée de Flandre (750.000 habitants !).
Un accord a donc été rapidement trouvé avec la direction du théâtre, prévoyant la tenue du spectacle du 15 septembre 2001 au 9 décembre 2001 avec la possibilité d'un prolongement de près de deux mois. D'abord jusqu'au 31 janvier puis jusqu'au 17 février 2002 en cas de succès.
Cette longue occupation de la salle ne pose pas de problème pour ses gestionnaires. le Stadsschouwburg est habitué à accueillir pendant de longues durées de nombreuses comédies musicales d'origine anglo-saxonne. Elles nécessitent de nombreuses répétions pour les comédiens mais aussi pour les décors. Qui plus est, la confiance envers les producteurs est totale. Ils avaient déjà monté l'adaptation musicale de Bob et Bobette (en 1994) et de Fifi Brindacier.
L'une des répétitions a permis à de nombreux journalistes de se faire un avant-goût de ce que les producteurs allaient leur réserver .
Il y eut, néanmoins, un petit problème technique au début du mois d'octobre. Il empêcha la tenue d'une représentation, prouvant la délicatesse de la manipulation d'une telle machinerie. Fort heureusement, tout cela fut géré d'une manière fort commerciale : on offrit une boisson gratuite aux 1.000 personnes présentes ainsi qu'une carte d'entrée pour assister à une autre représentation au jour de leur choix.
Au terme d'un mois et demi de représentations, le spectacle a accueilli 50.000 personnes ! La décision de le prolonger tombe au début du mois de novembre 2001. La programmation prévoit la visite d'au moins cinq pays européens et non européens.
3.2. Publicités et impact sur la vie anversoise
Duval Guillaume Brussels délègue la communication globale de l'événement à l'agence de publicité TBWA d'Anvers. Un tel événement comme « Kuifje de Zonnetempel » ne pouvait être monté sans une campagne publicitaire à sa mesure.
L'agence n'hésite pas à aller au contact des différents médias et du public.
3.3. Accueil du spectacle par les médias
Les titres de la presse quotidienne sont assez révélateurs :
De Morgen n'hésite pas à reprendre une célèbre formule des Dupondt: "Je dirais même plus : ahurissant!".
De Standaard n'a pas peur d'user de pléonasmes: "Magnifique. Plus encore : Magnifique!".
Het gazet van Antwerpen, plus sobre, reste, néanmoins enthousiaste: "Tintin et Milou emballent le public".
Het Laatste Nieuws :"La Flandre est folle de Tintin" et "La véritable star, c'est Milou".
Het Nieuwsblad titre: "Tintin brûle les planches!"
Het Volk, plus terre à terre : "Hergé aurait dit que c'était bon".
Enfin, le site musicalfan.be tient des paroles pour le moins présomptueuses: "La classe mondiale. Il n'y a pas d'autres mots."
Unanimité : c'est vraiment la première grande production musicale belge.
3.4. Réactions du public
Les réactions du public anversois sont les plus importantes dans la destinée du spectacle. Elles permettent aux réalisateurs de corriger certaines erreurs et, surtout, de cerner les points forts.
Ce sont les aspects positifs qui ressortent le plus. Les avis (forum du site www.musicalfan.be ) des différents spectateurs abondent dans le même sens :
« De magnifiques décors, des acteurs fantastiques et une histoire prenante qui vous saisi de la meilleure façon qui soit. » ou encore « Une trépidante bande dessinée en 3D. Tous les détails ont été pensés, de magnifiques costumes, un magnifique éclairage et une magnifique musique » (D. Van Ballaert).
« Tournesol et Bianca Castafiore ont l'air si naturels quand on les regarde qu'à aucun moment je n'ai senti qu'ils jouaient, c'était naturel tout le temps. » (Jeroem Beekhof)
« Tous les personnages, Tintin, Haddock, Tournesol, sans oublier Bianca Castafiore, sont tous, trait pour trait, comme sortis de la BD. Très chouette !! » (Phantom)
Beaucoup de compliments aussi pour les enfants interprétant les personnages de Zorrino (le petit guide Incas de Tintin au Pérou) et Fleur (la fille de l'un des sept explorateurs) :
« J'ai beaucoup de sympathie pour les enfants. » « Zorrino était vraiment la star du soir ; il est le meilleur interprète ! Il a vraiment un talent de chant plus que fantastique ! »
Chose exceptionnelle et qui vaut la peine d'être remarquée : parmi les différents spectateurs, nombreux sont les spectateurs qui ont été voir la production plus d'une fois. Pour certains même, c'était la cinquième ! D'autres vont même jusqu'à voir Tintin embrasser une carrière internationale :
« Tu pourras dire « J'ai vu la production originale de Tintin. Tu sais, cette comédie musicale qui est maintenant depuis des années à Broadway ! » (Frank Stratmann)
Un tel enthousiasme rassure les producteurs même s'ils n'ont pas tout à fait atteint les 175.000 spectateurs voulus. Une faiblesse cependant :
« J'ai vu la représentation, mais je trouve que l'enchaînement des différents décors n'est pas bien fait. »
Une importante machinerie est indispensable pour la mise en place et la man½uvre des éléments scéniques.
3.5. Bilan d'une communication réussie
Après bien des années de tergiversations, les producteurs Marc Besson et Wouters Boits ont, enfin, obtenu l'accord et la participation de « Moulinsart SA » à leur création musicale. Il est clair que, d'un côté comme de l'autre, on veut quelque chose qui allie classe et respect de l'½uvre originelle tout en ayant la capacité de voyager en Europe mais aussi, à plus long terme, dans le monde entier.
Le choix de la Flandre se justifie par le fait que c'est une région habituée à accueillir des comédies musicales anglo-saxonnes et qui dispose d'une bonne logistique dans ce domaine.
Le succès est au rendez-vous et, bien vite, les prolongations sont annoncées. Malgré cela, les 175.000 spectateurs ne seront pas atteints. Ce qui n'empêche pas au spectacle, malgré tout, d'être un très bon succès populaire et médiatique de part sa qualité sur tous les plans.
Le test anversois a donc été réussi avec 150.000 spectateurs et il est clair qu'il n'y a aucun problème à envisager d'aller plus loin. Seul petit problème : la technique. Lourde et difficile à manipuler, elle a montré ses faiblesses et ne peut être montée que dans des lieux appropriés. Ces derniers sont peu nombreux en Europe.
4. Le modèle carolorégien
4.1. Accord et choix du Palais des Beaux-Arts
Avant même que « Kuifje de Zonnetempel » ne débute à Anvers, il était déjà question de monter le spectacle en Communauté française lors d'une conférence de presse au milieu de l'année 2000. Restait à savoir quelle serait la salle susceptible d'accueillir le spectacle. Si de tels aspects ne posent pas beaucoup de problèmes au nord du pays, ce n'est pas du tout le cas au sud.
Ainsi, après avoir pris contact avec des scènes de Mons, de Verviers et même de Liège, les responsables de « Tabas & Co » ont rapidement porté leur choix sur le Palais des Beaux-Arts de Charleroi (1.700 places). Un choix qui, finalement, s'est avéré être le seul possible en Wallonie. Michel Leclercq, Directeur technique des spectacles au Palais des Beaux-Arts n'hésite d'ailleurs pas à préciser : « Le temple du Soleil n'a pu être monté à Charleroi qu'à l'aide d'un chausse-pied ! La technique à mettre en place était tellement importante qu'il a fallu démonter certaines structures existantes. »
L'apport du Palais des Beaux-Arts au spectacle était concentré autour de la salle et de la main d'½uvre présente sur place (elle aidait les techniciens de l'équipe d'Anvers), rien n'avait été négligé par les producteurs.
Le contrat entre le Palais des Beaux-Arts et les producteurs stipulait :
-la durée de la location de la salle avec la possibilité d'un prolongement d'un mois ;
-l'utilisation des différents aspects marketing au c½ur du Palais des Beaux-Arts (dont l'installation d'une affiche géante du spectacle sur la façade latérale de ce dernier) ;
-l'organisation d'un casting dans la région pour trouver les comédiens.
Dès qu'elle fut tenue au courant d'un tel événement en ses murs, la Ville de Charleroi n'a pas hésité à apporter un important soutien en terme d'animation de son centre urbain et commercial.
A côté du domaine culturel, il y eût des animations commerciales : l'ASBL Charleroi Centre-Ville avait organisé de nombreuses activités à l'image de Tintin. Ce ne sont pas moins de 150 commerçants qui ont accepté, non seulement de décorer leurs vitrines aux couleurs du spectacle, mais aussi de participer à une action dont le but était de reconstituer l'affiche de ce dernier à l'aide d'un puzzle en 12 parties.
Ajoutez à cela la tenue d'une assemblée de l'association des Amis De Hergé qui a regroupé plus de 400 personnes et l'organisation d'une bourse Tintin dans une galerie commerciale du Centre-Ville.
4.2. Les choix de l'adaptation francophone
Faire chanter des personnages de bande dessinée n'est pas aisé. Devoir en adapter la version originale sans la trahir est encore plus difficile. C'est à l'écrivain français d'origine anversoise, Didier Van Cauwelaert (prix Goncourt 1994 pour « Un aller simple » qu'incombe cette délicate mission.
Son choix tient en grande partie à l'intervention d'un ancien Directeur du Palais des Beaux-Arts, Monsieur Guy Rassel, qui déclarait : « Je connaissais les ambitions d'extension de la production vers la France, la Suisse, le Canada. Il fallait donc quelqu'un de célèbre sur le plan international. Nous avions tous intérêt à présenter une excellente version française. Qu'il soit petit-fils d'un bourgmestre d'Anvers, qu'il ait du métier, ont évidemment pesé dans ce choix... devenu évident à mes yeux lorsqu'on connaît le type d'écriture de Van Cauwelaert. »
D'abord sceptique, Didier Van Cauwelaert fini par accepter pour deux raisons :
-sa belgitude ;
-sa sensibilité à la musique de Dirk Brossé. « Elle a tout ce que j'aime : l'agilité entre l'humour et l'émotion, des mélodies drôles, d'autres qui vous donnent la chair de poule, du vrai réalisme pas mélo. » dit – il.
Vient ensuite le choix des comédiens. Il allait dépendre de nombreux critères.
Le premier étant de remplacer les comédiens ne parlant pas français (essentiellement les rôles secondaires et deux des rôles principaux). Un casting se déroula à Charleroi mais également à Paris.
Deuxième critère : certains interprètes de la version originale étant parfaitement bilingues et disponibles, il allait de soi qu'ils pourraient reprendre leurs rôles sans le moindre problème. Ces conditions mises en place, les auditions pouvaient commencer.
Celles de Charleroi, eurent lieu de mars à juillet 2001. Elles ont abouti, pour la plupart, au choix des personnages secondaires. Certains étaient originaires de la région comme Jacky Druaux (Professeur Tournesol), François Langlois (Dupont), Fabrice Pillet (Nestor) ou encore Joël Minet (directeur du Music Hall). D'autres étaient, par contre, issus du reste de la Communauté française comme Pierre-Yves Duchesne (grand Inca), France Emond (2ème Castafiore) ou la majorité des figurants. Les enfants interprétant en alternance Zorrino et Fleur provenaient, eux aussi, de Wallonie.
Le casting parisien a permis de trouver les comédiens qui incarneront Tintin et le capitaine Haddock. Le choix du comédien parisien Vincent Heden pour le rôle-titre est justifié par son statut d'artiste confirmé ayant déjà joué dans des comédies musicales (Titanic). Le même constat peut être aussi évoqué pour le choix du Canadien Frayne Mac Carthy dans le rôle du capitaine Haddock.
Deux comédiens de la version anversoise ont repris leurs rôles d'origine :
-Ernst Van Looy, qui joue Bergamotte, passe sans la moindre complication, de la langue de Vondel à celle de Molière pour l'ensemble des représentations à Charleroi ;
-Jacqueline Van Quaille, grande Castafiore, sera présente pendant les deux premiers tiers du spectacle mais ne pourra pas « jouer les prolongations ».
Enfin, n'oublions pas Milou, dont le rôle a été confié pour les versions anversoise et carolorégienne, à deux femelles Terriers Soft Coated Whealen, Zohra et Zina
Le casting est bouclé dès le début du mois d'octobre 2001, il ne reste plus qu'à médiatiser cet événement.
4.3. Publicités et promotions
L'arrivée de la comédie musicale à Charleroi a été annoncée lors d'une conférence de presse organisée le mardi 23 octobre 2001, soit six mois après l'annonce de la première à Anvers et un peu plus de cinq mois avant la première à Charleroi.
L'ensemble du casting francophone y assiste ainsi que Didier Van Cauwelaert, l'adaptateur francophone. Les comédiens, alors que les répétitions ne commencent que trois mois plus tard, ont spécialement répété la chanson « Le Soleil » pour les journalistes.
Cette conférence démarre une importante campagne publicitaire débutant à Charleroi et irradiant vers toute la Belgique francophone. Elle lance aussi le départ des ventes des tickets par téléphone ou sur Internet.
La campagne publicitaire bat son plein. La silhouette de Tintin éclipsant le Soleil s'étale sur nombre d'encarts publicitaires de la région. Sur l'affiche, en plus des données habituelles, on peut trouver l'adresse Internet du site de la comédie musicale. Mine de renseignements, le site www.musicaltintin.com permet de trouver des photos et des extraits des différentes chansons accessibles dans les deux langues.
Parallèlement, les différents partenaires, dont il avait été question au point 2.3. de ce chapitre, commencent à faire parler d'eux :
L'opérateur téléphonique Orange, qui use déjà de l'image de Tintin depuis 2000, fait la publicité du spectacle en lançant un nouveau GSM thématisé. RTL-TVI, Bel RTL, La Libre Belgique et Télé-Moustique médiatisent l'événement : de nombreux communiqués sont diffusés dans la presse écrite, sur les ondes radiophoniques et télévisées. Des concours sont organisés dans tous les médias. Renault restera plus discret : la sortie de la Twingo série limitée Tintin se fera lors de la première. De grandes affiches publicitaire fleurissent le long des principaux axes de communication.
4.4. Engouement
Mais ce qui va marquer les esprits de tous (spectateurs et passants) est, sans conteste, l'affiche géante sur la façade du Palais des Beaux-Arts. Cette technique d'affiche, imaginée à Anvers par l'agence TBWA est percutante.
Bien vite, l'enthousiasme gagne la population et la communication formelle, dès que le spectacle démarre, cède sa place à la communication informelle (bouche à oreille). Celle-ci permet aussi de prolonger le spectacle d'un mois. Comme le dira Michel Leclercq : « Il y a eu un effet Tintin !»
4.5. Réactions des médias
Le spectacle a bénéficié du concours de la presse qui a accueilli très positivement l'arrivée de la comédie musicale.
Certains journalistes la connaissaient déjà car ils l'avaient découverte à Anvers et d'autres avaient aimé l'interprétation de la troupe lors de la conférence de presse.
Particulièrement soutenue par les sponsors officiels du spectacle : RTL pour l'audiovisuel et Télé-Moustique et La Libre Belgique pour la presse écrite. Le poids des mots mais, aussi, au fil des représentations, le choc des photos, incitent les Wallons à venir assister à ce spectacle.
Ainsi, on retrouvera sur les folders publicitaires annonçant la prolongation du spectacle, les critiques élogieuses de la presse écrite : « Un superbe spectacle pour tous, tenant son rythme dans l'émerveillement, le rire, le lyrisme, sans trahir la bande dessinée d'Hergé » (Le Soir). « Tout y est. Nous dirions même plus : tout y est » (La Libre Belgique). « Tintin le Temple du Soleil se positionne comme l'un des grands événements culturels de l'année » (Vers l'avenir). Tout a donc été organisé de sorte que le résultat soit un triomphe à la mesure du personnage et des efforts consentis. Qu'allait en penser le public francophone ?
4.6. Réaction du public
Pour connaître la réaction générale du public, il convient de diviser ce dernier en trois catégories.
Il y a d'abord les tintinophiles purs et durs . Leur exigence est telle que « Tabas & Co » et, surtout, « Moulinsart SA » se devaient de réaliser un travail d'adaptation en gardant la base même des aventures de Tintin et donner à ce dernier une attitude contemporaine mais aussi et surtout plus appropriée au monde de la comédie musicale. Si certains détails comme le trop grand rôle de la Castafiore ou encore l'apparition d'un nouveau personnage au travers de la fille de Mme Clairmont auraient pu les troubler, ils reconnurent l'intelligence des adaptateurs pour le rôle donné à Bianca Castafiore. La partie était donc gagnée pour cette part importante du public.
Ensuite, vient la catégorie des amateurs de comédie musicale, ceux qui ne jurent que par les succès français comme « Notre Dame de Paris », « Les 10 commandements » ou encore « Roméo et Juliette ». Il convenait de leur prouver que comédie musicale de qualité ne rimait pas essentiellement avec France. Les moyens mis en jeu faisaient tout pour que le spectacle soit à la hauteur voire supérieur aux succès d'outre-Quiévrain. Ce qui fit la différence est, d'une part, l'interprétation en direct des différentes musiques par l'Orchestre national de Belgique et, d'autre part, le cachet anglo-saxon donné au spectacle. Prouvant ainsi que la Belgique pouvait se hisser au même niveau de performance que des pays d'expérience comme l'Angleterre et la France.
Enfin, il restait à sensibiliser le grand public qui n'éprouvait pas spécialement d'attirance pour les comédies musicales ou encore la bande dessinée. Le battage médiatique et, surtout, les nombreuses réactions positives des gens qui en ressortaient ont incité cette catégorie à s'intéresser à un tel succès et, finalement, à aller le voir.
Le public fut conquis ! La séance de dédicace qui s'est déroulée le 10 mai 2002 au centre commercial Ville 2 le prouva. Le travail d'adaptation avait bel et bien porté ses fruits et « Tintin Le Temple du Soleil » fut, pour le Palais des Beaux-Arts de Charleroi, le plus grand succès de tous les temps.
4.7. Bilan d'une communication réussie
Bien avant la fin des représentations de l'adaptation anversoise, « Tabas & Co » et « Moulinsart SA » passent à la vitesse supérieure et annoncent, comme prévu, la création d'une adaptation francophone du spectacle. Le responsable de l'adaptation et la composition du casting témoignent déjà d'une volonté d'exporter la production en dehors de la Belgique.
En attendant, la première francophone se monte à Charleroi, seule ville en Communauté française possédant les infrastructures et la logistique nécessaires à une telle production. Les différents sponsors, déjà rôdés par l'expérience anversoise, partent rapidement à l'assaut de ce nouveau marché. Très rapidement, la ville de Charleroi est prise d'une tintinophilie aiguë. Les commerçants du Centre-Ville y participent. Le succès est tel que les prolongations susceptibles au départ sont rapidement confirmées.
Au final, plus de 110.000 personnes ont assisté aux représentations du « Temple du Soleil ». Les producteurs envisagent de filmer le spectacle comme cela avait été fait à Anvers. Mais, ils préfèreront attendre et concrétiser cette option dans un lieu plus prestigieux au c½ur de Paris.
5. L'échec parisien
5.1. Les différents partenaires français et leurs engagements
Les 250.000 spectateurs venus acclamés les 210 représentations belges à Anvers et à Charleroi entre septembre 2001 et juin 2002 sont, à la fois pour « Tabas & Co » et « Moulinsart SA », une preuve de la réussite d'un tel spectacle mais aussi et surtout, un outil extraordinaire de promotion auprès des différents organisateurs étrangers.
Le projet global prévoyait, dès le départ, une décentralisation du spectacle vers l'Europe et les pays francophones du monde. Il faut attendre le succès qu'a connu Charleroi pour avoir plus de précision : l'objectif est de tourner dans à Montréal, Genève et Paris et, à plus long terme, d'accéder à la reconnaissance mondiale en étant joué à Londres ou encore Tokyo. Il faut patienter près de 9 mois après l'ultime représentation carolorégienne pour connaître la première destination internationale du spectacle.
Paris est l'étape suivante dès le 19 septembre 2003. Un espace spécialement conçu pour l'occasion au c½ur de l'Hippodrome d'Auteuil, seule salle capable d'accueillir près de 3.000 personnes aux dates imposées, attend la troupe.
Un premier accord est conclu avec « Marouani Organisation » qui, pour l'occasion, s'associe au producteur Belge Jacques Spainglaire pour former une société anonyme propre au spectacle parisien : Les Enfants D'Abord (Ou LEDA). L'accord stipule :
- que le spectacle sera joué, au plus tard, jusqu'en mars 2004 (certains comédiens parlaient même de juin 2004) ;
- comme pour la version carolorégienne, la supervision artistique et technique est entre les mains des producteurs d'origine. Les organisateurs sont chargés de constituer l'espace qui accueillera le spectacle,
- a travers de cet accord entre l'organisateur et les co-producteurs d'origine, une collaboration est conclue avec les importants médias français que sont France 2, RTL Radio et Télérama. Chacun couvrira le spectacle dans son domaine de compétence : France 2 présente des émissions et des reportages axés sur les comédiens et la réalisation du spectacle, réalise un CD musical et une captation vidéo de l'événement qui est destiné à la vente pour Noël 2003. RTL Radio diffuse certains extraits du spectacle et a la primeur des interviews des différents comédiens et membres de l'équipe de production. Télérama, enfin, a les mêmes fonctions que celles exercées en leur temps par la Libre Belgique et Télé-Moustique.
Alors que les budgets d'Anvers et de Charleroi réunis étaient de 8,5 millions d'euros, celui de Paris atteint la somme de 6 millions d'euros.
5.2. La campagne publicitaire française
Tout comme pour la version carolorégienne, le lancement de la campagne publicitaire parisienne démarre avec une conférence de presse à Paris le 26 février 2003. On y précise d'entrée que les billets seront en vente dès le 6 mars uniquement en France par téléphone, sur Internet via le site de la FNAC ou dans différents grands magasins comme Carrefour, Printemps, Virgin, Auchan et Leclerc.
Très rapidement, les colonnes Morris de la capitale se couvrent d'affiches à l'effigie de Tintin, précisant les moyens d'obtention des places. Il en est de même dans les grands magasins cité ci-dessus.
Dès l'été, France 2 annonce la couleur en diffusant un clip promotionnel (dont les extraits sont issus des représentations belges). La radio RTL fait de même et Télérama relate les impressionnantes données techniques du spectacle.
La rentrée 2003 voit, dès le14 septembre, une intensification de la campagne de promotion avec la sortie du CD de la bande originale du spectacle et la présence de la troupe dans l'émission « Vivement dimanche prochain » de Michel Drucker.
Les places se vendent bien et, malgré un report, la campagne publicitaire se poursuit. Prémice d'un « Bug » : la sortie du DVD est, désormais, annoncée pour le Nouvel An 2004.
Alors que les reports se multiplient, aucun des différents sponsors n'a la même date pour la première. L'équipe publicitaire en place manque de coordination et de moyens pour annoncer avec autant d'intensité qu'à la base, les différents reports.
A la mi-octobre, on annonce une interview de Didier Van Cauwelaert sur la radio RTL mais la nouvelle tombe : le spectacle ne se fera pas. Comble de l'histoire, la publicité de l'annulation du projet est un communiqué de presse des producteurs d'origine. Le service de communication français ayant jeté l'éponge.
5.3. L'échec imprévu : causes et conséquences
Alors que la campagne de promotion du spectacle se déroule au c½ur de Paris au début du mois de septembre, l'organisation française annonce qu'elle doit reporter les débuts de la comédie musicale au 8 novembre en lieu et place du 18 septembre.
En cause : le chapiteau n'est pas aux normes et une partie des éléments le constituant se trouve toujours de l'autre côté de l'Atlantique.
Contretemps inquiétant vu que pas moins de 35.000 personnes ont déjà réservé leurs places. Certaines, inquiètes, ont appelé le service de réservation.
Pour les autres, rien n'est prévu. Même, les principaux sponsors ne sont pas tous au courant.
Rendez-vous est donc fixé au 8 novembre. Mais, moins de 15 jours plus tard, on annonce, à nouveau, un report de près d'un mois. La première est finalement prévue le 5 décembre. Les raisons évoquées sont encore d'ordre technique : les travaux sur l'imposante infrastructure d'aluminium et d'acier qui doit constituer « L'espace Tintin » sont freinés car un autre événement a lieu sur le site d'Auteuil : le salon des antiquaires, qui s'y tient du 7 au 17 novembre... Incompatible avec la présence de grues et de câbles électriques.
De plus, les problèmes de communication subsistent : les sponsors commencent à douter du sérieux de toute l'opération notamment France 2 qui a déjà investi près d'un million d'euros pour la diffusion du spectacle en « prime time » en 2005 et la vente du CD et du DVD pour les fêtes de fin d'année. A la mi-septembre, le CD est bien sorti mais pas le DVD dont la sortie est reportée après les fêtes.
Sur les sites de réservation, c'est le chaos total : certains des distributeurs officiels vendent encore des places pour le 18 septembre, d'autres pour le 8 novembre et quelques-uns pour le 5 décembre. Les spectateurs sont dans l'incertitude. Pourtant, la campagne de promotion continue.
Finalement, c'est le 19 octobre que l'on apprend la triste nouvelle via Le Journal du Dimanche : le spectacle risque de ne pas avoir lieu ; il est reporté « sine die » sans nouveau calendrier.
La nouvelle est officialisée le lendemain par un communiqué de presse des producteurs anversois : « Tintin Le Temple du Soleil : le spectacle musical à Paris est annulé ».
Pour beaucoup, c'est incompréhensible. Comment un spectacle qui a pu être monté sans le moindre problème en Belgique échoue dès sa première aventure internationale ?
Les raisons de cet échec remontent à l'origine de l'accord parisien. Jacques Marouani, le co-organisateur français, aurait été approché par Jacques Spainglaire lors des représentations à Anvers. Profitant de l'enthousiasme du premier, le second lui aurait proposé de créer une société en vue de monter le spectacle à Paris. A ce moment-là, il n'y avait aucun problème (nous étions en janvier 2002) .
Marouani était un habitué du PAF (Paysage Audiovisuel Français) avec des productions réputées comme celles de Patrick Sébastien et des « Grosses têtes ». Lorsqu'en mars 2003, est annoncée la première à Paris pour le 18 septembre, il est loin de se douter qu'il n'en sera pas.
En effet, alors que tous les accords sont conclus, arrive un mystérieux groupe d'investisseurs luxembourgeois. Intéressés par le projet, ils n'ont cependant aucune expérience dans le domaine du spectacle. Dès l'été 2003, ils s'investissent dans le projet en rachetant les parts de Marouani dans « LEDA SA ». Ce dernier, se retrouvant minoritaire dans une entreprise dont il voulait être majoritaire, se retire dés le mois de juillet. A Spainglaire, donc, de mener la barque à bon port.
Malheureusement, il ne connaît rien au monde du spectacle en France. Il réalise de nombreux investissements, soutenus au départ par les actionnaires luxembourgeois. Mais, bien vite, les investissements ne sont pas rentabilisés et les investisseurs ne veulent plus débourser un cent. Spainglaire se tourne alors vers les principaux sponsors, France 2, Télérama et RTL et, même vers les producteurs originaux « Tabas & Co » et « Moulinsart SA ». Il leur demande une aide financière. Ceux-ci acceptent. C'est ainsi que sort le CD de la comédie musicale .
Mais, bien vite, Spainglaire recommence à manquer de fonds propres. Il est dans l'incapacité d'investir plus. Ayant déboursé 2,5 millions d'euros en pure perte, il ne peut plus achever les travaux de construction de l'espace Tintin, toujours en cours.
Ne pouvant pas assumer le coût des répétitions, ses rapports avec les producteurs d'origine s'enveniment. Malgré le délai de 15 jours qu'il leur demande, il ne trouve pas l'argent nécessaire.
Les membres de la troupe et de l'équipe technique sont alors convoqués et apprennent l'annulation pure et simple du spectacle.
A partir de ce moment-là, Jacques Spainglaire, qui a jeté l'éponge en affirmant « C'est la première et la dernière fois que je travaille en France » s'est rendu injoignable. Ne voulant plus investir malgré l'importante pression médiatique et populaire, les actionnaires Luxembourgeois se retirent définitivement.
« LEDA SA » a cessé d'exister et est en faillite. Il en est de même pour « Tabas & Co » depuis que le Tribunal de Commerce d'Anvers a prononcé son jugement le 13 novembre 2003. C'est une perte globale de 10 millions d'euros qui est annoncée.
Les différents sponsors, dont France Télévision essentiellement, se retournent alors vers la seule société encore sur pied pour lui réclamer des dommages et intérêts : « Moulinsart SA ». Nick Rodwell a beau répéter que sa société n'y est pour rien, elle est quand même attaquée en justice.
Au final, bien que n'étant pas en faillite, « Moulinsart SA » se doit d'éponger une partie de la dette contractée. La somme totale demeure secrète ; il paraîtrait que Fanny Rodwell a régler une ardoise de près de 2,5 millions d'euros.
Les conséquences sont tragiques : une image de Tintin écornée en France, des ambitions freinées (une tournée de cinq semaines avait été prévue en août 2004 au Canada), une dette impressionnante et, surtout, une remise en question de l'avenir de la comédie musicale. Renaîtra-t-elle de ses cendres ?
5.4. Réactions des médias
Les médias français, essentiellement parisiens, avaient accueilli l'annonce du spectacle chez eux avec beaucoup d'intérêt. Il suffit de voir toute la campagne médiatique faite autour de l'événement pour se rendre compte qu'il y avait là une véritable attente.
L'annonce de l'annulation va, d'ailleurs, provenir d'un journal à sensations : « Le Journal du dimanche ». Prenant de court les producteurs, il n'hésite pas à rebaptiser l'événement « Tintin et le temple maudit » dans son édition du 19 octobre 2003. L'information est officialisée le lendemain par communiqué de presse.
En dehors de France 2 (qui consacre un reportage dans son JT du 20 octobre) et de RTL et Télérama (principaux sponsors faut-il le rappeler), les médias belges annoncent aussi la nouvelle. La RTBF en parle dans ses JT du 20 octobre et La Libre Belgique (qui avait fait la promotion du spectacle en Belgique francophone) publie un article le 21 octobre, expliquant les raisons de l'annulation.
5.5. Réactions du public
Un exemple, lu sur le site Actua BD, d'une famille suisse : « Merci, nous avons exprès réservé un voyage en date des 17 et 19 octobre 2003 dans le but uniquement de venir voir votre comédie, depuis la Suisse. Et maintenant, que faisons-nous de nos billets de train et réservations d'hôtel ? (...) Nous ne connaissons pas les raisons de ces annulations, mais la prochaine fois que vous montez un spectacle, ne faites pas trop de publicité à l'avance afin de ne pas décevoir des fans de Tintin (...) Tant pis pour nous, nous ne verrons jamais cette comédie mais nous vous souhaitons tout de même un grand succès » (21 septembre 2003).
On pourrait reprocher aux revendeurs de places comme la FNAC de ne pas avoir prévenu leurs clients. Encore devaient-ils être eux-même avertis. Une erreur de la part de l'organisateur qui a, d'une certaine façon, annoncé les reports dans la presse mais pas avec assez d'impact par rapport à la campagne de promotion qui avait été effectuée jusque là. Il semble que l'information a mal été transmise par la boîte chargée de la communication du spectacle en France.
Même après l'annonce officielle de l'annulation pure et simple, des personnes ont eu une désagréable surprise en arrivant devant l'Hippodrome d'Auteuil. Il y a un problème flagrant de communication. Au final, des milliers de mécontents ont exigé le remboursement de leurs places. Une peu de baume au coeur : la majorité des mécontents en veut à la production française ; certains vont même jusqu'à féliciter l'organisation belge d'origine qui « semble plus sérieuse que l'équipe française ».
L'image de marque de « Moulinsart SA », bien que concernée, n'en sort pas trop égratignée. En signe de mécontentement, des spectateurs avaient prévu d'aller manifester devant les grilles de l'hippodrome d'Auteuil. Comme l'a si bien dit l'un d'eux : « Tintin ? C'est tintin. »
5.6. Bilan d'un échec
Tourner à travers l'Europe, tel est l'objectif premier des promoteurs de la comédie musicale et Paris est la première étape désirée du périple. Les succès d'Anvers, mais, surtout, de Charleroi, permettent cette réalisation. Moins de neuf mois après la clôture de l'édition carolorégienne, l'annonce officielle d'un montage du spectacle dans la capitale française est concrétisée. Les producteurs d'origine ont conclus un accord avec les organisateurs parisiens réunis dans une société anonyme baptisée « LEDA SA » (Les Enfants D'Abord).
L'absence de salle disponible pour accueillir un tel événement oblige la nécessité d'un espace original à l'Hippodrome d'Auteuil. Bien vite, cette solution s'avère être catastrophique pour la concrétisation des projets futurs.
Annoncée en septembre, la première est reportée d'abord en novembre, puis en décembre ; pour justifier cela, on parle de retard dans la construction de l'espace, de problèmes de sécurité. Mais de plus graves problèmes s'annoncent.
Alors que la campagne publicitaire a atteint son rythme de croisière et que les sponsors font leur travail de manière exemplaire, le spectacle est tout bonnement annulé. Cette annulation est due à un problème d'entente et de financement entre les organisateurs français.
La présentation de « Tintin Le Temple du Soleil » à Paris, qui aurait dû accueillir près de 400.000 spectateurs, aurait dû permettre à France Télévision de réaliser une captation et la réalisation d'un support DVD et, surtout, d'accroître la popularité de Tintin à travers le monde (et, par la même occasion, redorer l'image de « Moulinsart SA »). Le spectacle récolte, dans les faits, une perte de près de 10 millions d'euros, des ennuis judiciaires et médiatiques avec les sponsors et les personnes ayant déjà acheté leurs tickets et, last but not least, un sérieux coup de frein dans sa carrière internationale.
Résultat : faillite de l'organisateur français mais aussi de « Tabas & Co » et pertes importantes pour « Moulinsart SA » qui doit éponger les dettes diverses découlant de cet échec. Nick Rodwell annonce que, désormais, « Moulinsart SA » se concentrera uniquement sur les projets du Musée de Louvain-la-Neuve et de l'adaptation cinématographique de Steven Spielberg.
Néanmoins, il ne perd pas l'espoir que le spectacle puisse, un jour ou l'autre, renaître de ses cendres.
6. La renaissance rotterdamoise
6.1. Les différents partenaires néerlandais et leurs engagements
Moins de trois mois après l'échec parisien, Nick Rodwell avoue, déjà, dans une interview traitant des différents événements et festivités commémorant les 75 ans de Tintin, qu'une nouvelle comédie musicale est envisagée. Plus tard, lors d'une interview accordée à La Dernière Heure, il précisera « Nous ne commettrons plus les mêmes bêtises que la première fois, à savoir se mettre en route pour Paris et ne pas y arriver ». Une chose est sûre : le projet reprend mais aux Pays-Bas.
Plus de deux ans vont s'écouler avant que ne soit révélé le lieu qui vera renaître Le Temple du Soleil. C'est, finalement le Théâtre Luxor de Rotterdam qui est choisi.
Les raisons de ce choix sont nombreuses. D'abord le fait que, bien avant l'échec parisien, le responsable du théâtre rotterdamois (Rob Wiegman) ait abordé les producteurs de l'époque. Trop préoccupés par l'aventure francophone de Tintin, ils ont négligé ce choix. La seconde raison provient du succès qu'a connu en son temps le spectacle à Anvers. Succès prouvant le potentiel fabuleux. De plus, comme l'aventure francophone n'avait pas su connaître le destin que l'on sait, il valait mieux se retourner vers un public beaucoup plus « local » (Seth Gaaikema, l'auteur du livret, étant de nationalité néerlandaise).
Le choix du théâtre est lui-même adéquat : le Luxor est rapidement devenu l'un des plus prestigieux théâtres des Pays-Bas. Récemment construit, il est, contrairement aux salles de spectacles comme celles d'Anvers et de Charleroi, conforme aux normes d'une telle aventure.
Comme pour Anvers et Charleroi, un casting qui favorisera le retour du spectacle en Belgique néerlandophone. Il débouche sur un renouvellement complet des comédiens hormis Henk Poort que l'on retrouve sous la casquette du capitaine Haddock. La majorité des comédiens est originaire des Pays-Bas. Seule présence belge à Rotterdam : celle de Tintin. Son interprète, Jelle Cleymans, est un jeune comédien flamand de 22 ans. Le choix de Cleymans se justifie aussi par sa popularité due à sa présence dans certaines émissions de jeunesse du service public flamand.
Il n'y aura pas de représentations supplémentaires. En tout et pour tout, 33 seront jouées. Ce qui reviendra, si le spectacle fait salle comble en permanence, à un peu plus de 50.000 spectateurs. Il est clair que, contrairement à Charleroi et Anvers, il y a ici un réel désir de rationaliser les frais inhérents au spectacle. Le choix du Luxor permet de diminuer les coûts.
Outre le Tintin d'origine belge, certains des enfants interprétant les rôles de Fleur et Zorrino ont été choisis lors d'un casting ayant lieu à Anvers. Les autres comédiens ayants auditionnés à Rotterdam.
6.2. La campagne publicitaire néerlandaise
La campagne publicitaire néerlandaise rappelle, par son fonctionnement, celles d'Anvers et de Charleroi. Le travail au niveau des différents médias se fait d'une manière bien précise. Le départ de la campagne a été lancé le 1er mars 2007.
Au niveau de la télévision, c'est d'abord la télévision régionale qui a démarré la campagne. Elle sera suivie par la télévision nationale à partir de la semaine qui précède la première représentation (c'est à dire aux alentours du 15 mai).
Au niveau des radios, le système fonctionne de la même façon.
Au niveau de la presse écrite, la promotion du spectacle se fait grâce à un partenariat avec le journal De Télégraaf.
Les campagnes d'affichages se répartissent en deux catégories. La première se concentre sur Rotterdam ou l'on peut trouver des affiches sur les abribus mais aussi sur les colonnes Maurice. La seconde se concentre dans les différentes gares des Pays - Bas.
Dernier type de publicité: le contact avec les sociétés et des particuliers qui ont l'habitude de fréquenter le théatre Luxor de Rotterdam. Environ 20.000 d'entre elles ont été sélectionnées et on reçu, par courriel, une reproduction de l'affiche du spectacle.
La campagne semble être efficace ("Même si son impact n'est pas encore mesurable" nous confie Madame Nathalie Onghena, responsable de la promotion du spectacle chez Médina Factory ). De nombreux tickets ont déja été vendus.
Travaillant en étroite collaboration avec Moulinsart SA pour tout ce qui est réalisation graphique promotionnelle, Medina Factory envisage rapidement de mettre en place des offres comme celle d'un programme gratuit ou encore d'offrir le CD du spectacle à l'achat de 4 places de spectacle.
6.3. Les grands changements : évolution du projet sur trois ans
L'échec parisien a mis une chose en évidence : toute la logistique du spectacle peut nuire à sa mise en place. La quantité de décors impressionnants ainsi que l'usage d'effets spéciaux, aussi bien aquatiques que pyrotechniques, ont empêché l'installation du projet dans une salle de spectacle existante.
Le projet initial, hors-normes, n'aurait pas eu de mal à s'installer dans des salles de spectacles anglo-saxonnes adaptées à ce genre d'exhibitions artistiques, mais pas au niveau de l'Europe continentale. Déja à Anvers et à Charleroi, il y a fallu adapter les décors et la salle. Quant à l'adaptation française, on connaît son tragique destin.
Il était donc nécessaire, pour les producteurs originaux, d'être vigilant à la logistique. Ces derniers ont un peu changé depuis l'échec parisien. Bien que Moulinsart SA soit toujours présent, il n'en est pas de même pour Tabas & Co qui, dès l'arrêt de la tournée française, tomba en faillite. Les deux (co)producteurs Wouters Boits et Marc Besson, se mirent en contact avec le producteur néerlandais Léo Van Pelt. Ensemble, ils fondèrent Musical Dreams. Cette nouvelle société de production est, donc, belgo-néerlandaise.
Il y a une réelle volonté de transposer la comédie musicale aux Pays-Bas. Pour y arriver, il a fallu bon d'alléger le poids (tant physique que technique) des décors. Cet aspect est, d'ailleurs, évoqué en termes sibyllins dans le dossier de presse : « La comédie musicale « Tintin Le Temple du Soleil » n'est pas la plus chère ni la plus grande » .
Ce dossier de presse reste très vague sur de nombreux aspects . Alors que les dossiers de presse d'Anvers et de Charleroi annonçaient des chiffres défiant Broadway, ici, le silence est total. Ce qui semble sûr, au vu du site officiel en néerlandais (www.musicalkuifje.nl), c'est qu'il y aura bel et bien, comme dans les éditions précédentes, un orchestre qui jouera les différentes compositions musicales en direct.
Reste à savoir si la fameuse scène des chutes de Callao sera maintenue. D'après Michel Leclercq , directeur technique du Palais des Beaux-Arts de Charleroi, il serait question de projeter certains décors à l'arrière-plan de la scène. Dans ce cas-là, on peut se demander quels seront les décors en question.
Ce qui est sûr, selon Wouters Boits, c'est que « le public ne s'en apercevra pas » . Ce dernier n'hésite pas à préciser que, contrairement à la version d'origine dont l'objectif premier était de s'exporter, celle de 2007 se concentre uniquement sur Rotterdam et Ostende. Le but ici étant de donner à Tintin, au travers des représentations aux Pays-Bas, une popularité plus importante qu'auparavant dans ce pays. Le compositeur Dirk Brossé, de son côté, affirme avoir écrit une nouvelle chanson incluse dans le carnet original. Cette légère modification, associée aux nombreux changements d'acteurs a, fort logiquement, entraîné la réalisation d'un nouveau CD musical qui ne devrait pas tarder à sortir.
Une renaissance donc pour la comédie musicale mais réalisée avec le plus de précautions possibles. Les différents choix en sont la preuve.
6.4. Bilan d'une renaissance
Après les péripéties qu'a connu le spectacle en francophonie, les producteurs du spectacle se sont tournés sur les Pays-Bas qui, contrairement à la France, avaient une réelle volonté d'accueillir le spectacle.
La campagne de promotion y est également aisée. La popularité de Tintin se suffisant à elle-même. Le choix des comédiens importe finalement peu vu que le public ne désire qu'une seule chose: voir Tintin et tous ses amis chanter.
Même si à l'heure où ces lignes sont écrites les représentations ne sont pas commencées, il est certain qu'elles rencontreront un important succès.
7. Ostende ou le retour au pays
7.1. Accord et choix avec les différents partenaires flamands
Lors de l'annonce faite le 23 mai 2006 à la conférence de presse pour présenter les événements commémorant les cent ans d'Hergé, il était bel et bien question d'une comédie musicale aux Pays-Bas mais nullement en Belgique.
La nouvelle tombe trois mois plus tard. Les raisons d'un retour en Belgique, et à Ostende en particulier, sont multiples. Il y a, d'abord la volonté des dirigeants du Kursaal d'Ostende d'accueillir dans leurs infrastructures récemment rénovées (en 2004), des spectacles de grande envergure et, surtout, de longue durée.
A côté de cela, il y a, comme chaque année à Ostende, un festival maritime. Habituellement, il honore un pays mais, cette année, se sera Tintin qui occupera cette place du 25 au 28 mai 2007. Pendant ce festival, sortira une édition spéciale de Tintin en ostendais ; l'album choisi est « L'île noire ». L'ultime événement est la tenue, dans les galeries vénitiennes, d'une exposition autour d'Hergé du 9 juin au 30 septembre.
L'ensemble de ces activités est issu d'un accord entre les organisateurs : les dates ont été choisi avec l'échevinat du tourisme afin de profiter de la saison touristique.
Du côté des autres partenaires, on retrouve des sponsors comme Een (télévision publique flamande), Radio 2, Het Nieuwsblad, Ketnet et In-Di (distributeur d'énergie). Pour l'édition d'Ostende, les organisateurs ont décidés d'axer leur campagne de communication vers les médias régionaux.
7.2. La campagne publicitaire flamande
Alors que la Première n'a lieu que le 8 juillet, la campagne publicitaire flamande a déjà débuté. Elle a commencé avec la conférence de presse au Kursaal d'Ostende le 13 février dernier. Cette première vague de la campagne s'est terminée au début du mois de mars et était une bonne occasion pour les différents sponsors de se mettre en route.
Trois autres vagues sont respectivement prévues dans les deuxièmes quinzaines des mois d'avril, mai et juin. A l'heure ou ces lignes sont écrites (17 avril 2007), il est déjà acquis, selon Cathy De Wilder, responsable de la campagne publicitaire, que « L'impact général de la campagne est largement positif » .
Deux vagues sont également programmées pendant les dates où se jouera le spectacle.
A côté de cela, la ville d'Ostende collabore étroitement à la campagne de promotion et à même obtenu, des responsables de cette dernière, qu'à l'achat d'une place pour le spectacle, chaque personne recevait une entrée gratuite pour l'exposition « Tintin » qui se tient dans les galeries vénitiennes.
7.3. Bilan d'un retour
Le retour du spectacle en Flandre est une autre aventure qu'aux Pays-Bas. Il part de l' expérience positive d'Anvers. La ville d'Ostende mise tout sur Tintin pendant sa saison touristique et espère en tirer des retombées économiques intéressantes.
Tout comme pour Rotterdam, de nombreuses places sont déjà vendue. Il est presque acquis que le succès sera au rendez-vous.
Si cela se confirme, il est fort probable de voir le spectacle franchir, à nouveau la frontière linguistique. Mais tout cela n'est, pour l'instant, qu'une alléchante perspective.
8. Perspectives et répercussions sur le personnage de Tintin
Si tout c'était passé sans anicroche, l'aventure Tintin aurait eu un retentissement mondial ouvrant de ce fait les portes des pays anglo – saxons à notre reporter belge et cela bien avant qu'un film ne soit mis en chantier par Steven Spielberg.
En lieu et place de cela : un succès local des deux côtés de la frontière linguistique est confirmé et un échec retentissant est survenu lors de la première aventure internationale. Les retombées de cet échec auraient pu être dramatique pour l'image de marque de Tintin. Heureusement, la réputation qu'il avait déjà acquise depuis longtemps en France comme en Belgique, a limité les effets négatifs.
Le désir de faire renaître la comédie musicale aux Pays-Bas et en Flandre indique clairement que les producteurs envisagent toujours une carrière internationale pour cette dernière.
Il est certain que si le succès est au rendez-vous, l'exportation de cette réalisation devra se faire avec le plus de précautions possibles car tous les pays visités n'entretiennent pas le même rapport affectif envers ce personnage.
Mais, une chose est sûre : s'il y a un triomphe international, Tintin retrouvera une nouvelle jeunesse.