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Tintin au pays de la communication

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tintincommu

Description :

Ce blog est la version électronique d'un travail de fin d'étude présenté le 19 juin 2007 dans le cadre de l'obtention du grade de Bachelier en Communication à la Haute Ecole Provinciale Université du Travail Charleroi . Ledit travail a obtenu la cotation de 83/100.

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  • Annexes: Annexe 5 : Entretien téléphonique du 13 avril 2007 avec Madame Nathalie Onghena, responsable de la campagne publicitaire du spectacle "Kuifje De Zonnetempel" à Rotterdam
  • Annexes: Annexe 4: Correspondance écrite du 14 mars 2007 avec Monsieur Philippe Goddin, employé freelance aux Studios Hergé
  • Annexes: Annexe 3: Entretien téléphonique avec Monsieur Hugues Dayez, journaliste, le vendredi 9 mars 2007

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Introduction

Il est vrai que l'on s'avance ici dans un territoire que beaucoup de tintinophiles ont exploré dans les moindres recoins. Mais il est question ici de découvrir une piste plus en détail. Celle-ci, bien qu'elle ait été abordée dans certains ouvrages déjà existants, est restée vierge à toute analyse détaillé: celle de l'organisation de l'œuvre d'Hergé et de ses dérivés après la mort de ce dernier.

Elle est divisée en quatre grands chapitres :
- les rapports d'Hergé avec la communication,
- les rapports de Tintin avec la communication,
- la gestion de l'après - Hergé,
- l'analyse communicationnelle de l'événement polémique que fut la comédie musicale.

Pour obtenir un maximum d'authenticité, il a été fait usage d'ouvrages faisant autorité en la matière, des contacts ont été pris avec des personnes expertes dans les différents domaines abordés et, bien sur, différentes compilations dans des revues périodiques mais aussi sur Internet ont été effectuées. L'ensemble de ces sources est, bien entendu, disponible à la fin de ce travail. Le sujet était, à la base, plus complexe que le présent travail.

Sa simplification est due à un important travail de réflexion sur le choix des thèmes abordés. Il fallait un sujet précis. L'idée d'une organisation parfaite de l'œuvre d'Hergé et de ses dérivés a immédiatement été écartée. Il fallait s'engager dans l'analyse d'un événement polémique. Le choix s'est finalement porté sur l'adaptation en comédie musicale du « Temple du Soleil ». Le sujet est riche en controverses et, surtout, est encore d'actualité

Le thème de la communication étant plutôt vaste, il est bon de préciser dans quelle mesure il en a été fait usage. Dans le premier chapitre, il est question de l'évolution de la vision personnelle qu'avait Hergé de la communication en tant que moyen publicitaire pour faire connaître et vivre son œuvre. Le deuxième chapitre se concentre plus sur la communication de l'ancrage du personnage de Tintin dans la réalité au fil de son évolution et de sa célébrité. Le troisième chapitre met en avant tous les moyens communicatifs modernes dont les héritiers d'Hergé ont fait usage pour maintenir l'œuvre de ce dernier dans la mémoire collective. Le quatrième et dernier chapitre propose une analyse plus en profondeur des moyens de communication qui ont été nécessaires pour mettre sur pied le produit dérivé qu'est l'adaptation en comédie musicale et des écueils que ces derniers ont rencontrés.

C'est le résultat final de cette exploration détaillée que vous pouvez à présent découvrir.
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#Posté le mercredi 20 juin 2007 03:45

Modifié le mercredi 20 juin 2007 06:07

Chapitre 1: Les rapports d'Hergé avec la communication

1. Qui est Hergé ? :

Hergé, de son vrai nom Georges Prosper Remi a vu le jour à Etterbeek le 22 mai 1907 à 7h30 du matin . Aîné d'une famille de deux enfants, il passe pour être un garçon difficile. "Et je l'étais particulièrement lorsque mes parents m'emmenaient avec eux en visite." Il y avait deux solutions pour que le petit Georges se tienne tranquille. La première, très peu usitée, était la fessée. La seconde était de donner un crayon et du papier au jeune bambin. C'était le silence et le calme pour un bon bout de temps. "Ainsi, voyez-vous, naissent les vocations!"

Il fréquente l'école primaire communale n°3 à Ixelles où il est noté comme un élève modèle mais il dessine déjà dans les bas de pages de ses cahiers...c'est un rêveur. Bien souvent ses instituteurs lui demande de répéter ce qu'ils viennent de dire; ce qu'il fait sans le moindre problème "Car si je dessinais d'une main, (...) j'écoutais attentivement de l'autre." En 1919, il débute ses études secondaires dans une école supérieure de l'Etat (l'actuel Athénée Charles Janssens d'Ixelles). Il ne s'y plaît pas. Deux changements importants vont marquer sa vie. Il découvre le scoutisme aux « Boys-scouts » de Belgique d'une part et, d'autre part, au bout d'un an, change d'école. Le patron de son père veut le voir fréquenter une école catholique. Dès 1920, il entre à l'Institut Saint-Boniface et, pour une bonne vingtaine d'années, évolue dans un milieu catholique traditionaliste .

Ce changement d'orientation philosophique se fait également au niveau de ses loisirs : en 1921, il lui est demandé « poliment mais fermement » de quitter les "scouts sans Dieu". Pour Georges, il en ressort un déchirement de quitter ses chefs et ses amis ainsi qu'un sentiment de trahison . Il transmet à sa nouvelle troupe tout ce qu'il a appris aux « Boys-scouts » de Belgique (ce qui en fait la troupe la plus réputée pour ses connaissances techniques).

Georges continue de dessiner. C'est le « scout master » de sa troupe, responsable de l'organe officiel des scouts catholiques de Belgique, qui le fait entrer dans « Le Boy-Scout ». Ses premiers dessins y paraissent en mai 1922. Il a tout juste quinze ans.
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#Posté le mercredi 20 juin 2007 03:49

Modifié le mercredi 16 décembre 2009 04:32

Chapitre 1: Les rapports d'Hergé avec la communication

2. Les débuts de dessinateur

« L'hygiène au camp » paraît dans « Le Boy-Scout » du 1er avril 1922. Même si les dessins ne sont pas signés. On reconnaît déjà la griffe du père de Tintin.

D'entrée, sa qualité de communicateur se ressent. La clarté de ses dessins illustre à merveille un texte qui, sans la présence de ces derniers, serait bien pénible à lire.

La même qualité revient exactement un mois plus tard avec l'article « Le lasso, ce qu'il est, son emploi ». Cette fois-ci, il est signé G. Remi et, déjà, le mouvement du trait est bien présent. Au même moment, il est aussi chargé de créer un nouveau bandeau-titre pour la revue. En dehors de ça, et lors de chaque voyage qu'il effectue avec sa troupe scoute, il réalise des croquis de tout ce qu'il voit.

Il expérimente différentes tâches au sein du journal :
- la composition des pages ;
- l'illustration des rubriques (comme celle des sports par exemple) tout en continuant d'illustrer différents articles mais aussi ses livres scolaires.

Il faut attendre la fin de l'année 1924 pour voir enfin apparaître la première signature « Hergé » en dessous d'un titre illustré. Le choix d'un tel pseudonyme témoigne de la volonté de son auteur de s'investir dans le domaine artistique.

L'apparition de cet « anagramme patronymique » marque aussi un tournant dans son environnement artistique. Il s'en sert pour réaliser ses premières planches de bande dessinée. L'utilisation de phylactère, au sens contemporain du terme, est déjà d'application.

Outre le support papier, Hergé fait usage de son talent pour la réalisation d'une frise décorant le local de sa troupe . Petit à petit, l'artiste améliore sa technique et innove en créant une trame sur support transparent afin de donner une « couleur » intermédiaire à l'un de ses dessins.

Ses études s'achèvent. Sa famille l'imagine mal gagnant sa vie par le dessin : il sera employé.

Le 1er septembre 1925, il entre au service des abonnements du journal «Le vingtième siècle ». Il est enfin dans la place. Le journal a déjà un dessinateur attitré.

Il est chargé de réaliser trois cartes postales sur le thème de Noël et du Nouvel An pour « Le Boy-Scout » et apporte un véritable rajeunissement à la couverture du journal.
En juillet 1926, c'est la naissance de Totor, petit scout courageux et débrouillard. Il n'est pas question de bande dessinée mais de textes illustrés.

Il effectue son service militaire , ce qui ralenti considérablement sa production. En 1927 le premier livre qu'il a illustré (« L'âme de la mer » de Pierre Dark) et sa première publicité paraissent.

Hergé se laisse tenter. Il réalise de nombreux logos et les publications scoutes s'enchaînent. Dès son retour dans la vie civile, il rejoint – à nouveau – « Le Vingtième siècle » mais cette fois au titre de reporter photographique et de dessinateur. Juridiquement, il est libre de se créer une clientèle privée à l'exclusion de la presse quotidienne.

Il travaille dans les différentes rubriques du journal. Sa préférence allant surtout au lettrage et à la rubrique culturelle. Il retrouve le plaisir d'illustrer un récit en image à la fin de l'année. Il travaille également pour l'Agence Générale Belge de Publicité où il réalise de nombreuses réclames. Il fait preuve de maturité et développe son répertoire graphique. L'année 1927 se termine sur le retour de Totor dans « Le Boy-Scout » après neuf mois d'absence.

1928 : Ses créations publicitaires se multiplient. Il en réalise pas moins d'une douzaine dont cinq sont en pleine page. Son domaine de prédilection demeure l'illustration. Il dessine six titres de périodiques, livre près de 170 dessins à usages divers, met en page d'importants articles et réalise de nombreux titres de rubriques.

A côté de Totor qui poursuit ses aventures, il illustre « Les aventures de Flup, Neness, Poussette et Cochonnet » pour le supplément jeunesse du « Vingtième siècle », « Le petit vingtième » (dont il est le rédacteur en chef). Il signe également deux planches de bande dessinée dans « Le sifflet », journal satirique de la presse catholique.


En 1929, Il crée un nouveau bandeau-titre du « Vingtième siècle ». Le titre est désormais beaucoup plus clair et lisible, condition qu'un titre de journal se doit de respecter.

Il achève le récit de Flup, Neness, Poussette et Cochonnet qui lui pèse et fait de l'autopromotion pour Totor mais aussi, et surtout, pour un nouveau récit mettant en scène un tout nouveau personnage : Tintin.

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#Posté le mardi 15 décembre 2009 05:21

Modifié le mercredi 16 décembre 2009 04:33

Chapitre 1: les rapports d'Hergé avec la communication

3. La naissance de Tintin : l'imprévisible succès !

A la base, rien ne caractérise Tintin. Les premières vignettes du « Pays des Soviets » nous présente un gamin à l'air gauche engoncé dans un manteau trop grand pour lui, une casquette à peine vissée sur le crâne et accompagné d'un petit Fox terrier baptisé Milou. On ne donne pas cher de sa peau .

Et pourtant, Tintin exprime rapidement l'un de ses principaux traits de caractère : c'est un coriace. Victime d'un attentat dans le train qui l'emmène vers l'Est, il s'en sort sans la moindre égratignure.

Bien vite, une autre qualité apparaît : c'est un astucieux ! Sans doute la doit-il au scoutisme et à la maxime suivante : « Un scout rit et siffle toujours dans les difficultés ». Et il siffle Tintin, il sourit face au danger et ils sont nombreux là-bas ! Il ne court pas, il vole, roule à toute vitesse, usant et abusant de tous les modes de transport possibles de son siècle.

La vitesse, voilà aussi une autre particularité de Tintin ! C'est par elle que se redresse sa houppe, c'est elle qui le fait avancer dans ses péripéties. Bref, c'est elle qui le fait vivre !

Quant à son compagnon Milou, c'est un chien pantouflard et bavard n'hésitant pas à s'adresser à son maître pour lui reprocher ses excès. Milou, c'est la conscience de Tintin (au début), c'est un peu grâce à lui que Tintin s'en sort toujours .

Nous avons devant nous un personnage dynamique, débrouillard, jeune, sorte de Riquet à la houppe accompagné d'un chien prolixe.

Toutes ces qualités font de Tintin un personnage emblématique. Le fait que ses aventures sont les premières du genre en Belgique facilite cela. Les enfants découvrent un nouveau médium et, au travers de lui, imaginent toutes les possibilités que ce médium peut apporter.

La première chose que le personnage apporte, c'est un visage vide (ou presque) : deux points pour les yeux, une boucle pour le nez et c'est tout ! Cette absence de trait invite tout un chacun à s'y plonger. Tintin a toutes les caractéristiques propres à la jeunesse.

Contrairement à d'autres personnages de l'époque, il n'est pas moraliste à l'excès ou, pire, sot. Au travers de ses aventures autour du monde, il communique à chacun le besoin de remplir sa vie de découvertes, d'apprendre au contact des autres cultures et, surtout, de ne pas se laisser vaincre par les contrariétés.

Hergé a, dès le départ, mis en Tintin tout ce qu'il aurait voulu être. Tintin c'est un idéal, c'est quelqu'un à qui tout le monde veut ressembler. Quand, à la fin de sa première aventure, on annonce son retour à la gare du Nord à Bruxelles, la réaction de tous les lecteurs est de vouloir rencontrer leur idole, de lui témoigner une grande admiration.

En étant iconoclaste, on pourrait dire que Tintin est, pour certains, une sorte de messie. Hergé a, sans le savoir, créé l'un des personnages de culture populaire parmi les plus célèbres du 20ème siècle en Belgique mais aussi dans le monde !

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#Posté le mardi 15 décembre 2009 05:24

Chapitre 1: les rapports d'Hergé avec la communication

4. La gestion de l'image de Tintin : heurts et bonheurs

Aujourd'hui, quand un personnage de littérature ou de bande dessinée commence à connaître un certain succès auprès des foules, l'auteur et l'éditeur du personnage en question ont déjà tout balisé. L'auteur sait donc quelle part il touchera sur les produits dérivés qui seront réalisés et, même parfois, sur les possibles adaptions télévisuelles ou cinématographiques qui en découleront. L'éditeur est dans la même position.

A l'époque où il crée le personnage de Tintin, Hergé n'est encore lié à aucun éditeur. Le seul contrat existant est celui conclu avec son employeur d'alors « Le Vingtième siècle ». Le succès l'oblige à trouver une solution pour la publication de ses premières aventures. « Le Vingtième siècle » va créer spécialement pour l'occasion « Les Editions du petit Vingtième ».

C'est à l'Abbé Wallez que l'on doit l'idée de publication sous forme d'album et la réalisation d'un tirage numéroté destiné aux 500 premiers souscripteurs de « Tintin au pays des Soviets ». Les bénéfices de l'opération étaient répartis en deux parts égales : une pour Hergé, l'autre pour l'Abbé.

Ce principe sera d'application pour les deux ouvrages qui suivront (« Tintin au Congo » et « Tintin en Amérique »). Alors qu'il est en train de réaliser « Tintin en Orient » (renommé « Les cigares du pharaon »), Hergé apprend le licenciement de l'Abbé Wallez.

« Tintin en Orient » paraît et, alors que le récit s'achève en décembre 1933, il reçoit une proposition d'un de ses anciens camarades, Charles Lesne, collaborateur aux éditions Casterman : « Je voulais savoir si tu n'envisageais pas de te décharger de ce travail (dixit la publication en album) (...) en (le) confiant à une maison spécialisée – la maison Casterman en l'occurrence...

Hergé connaît Casterman depuis un peu plus d'un an et demi ; il y a réalisé un travail d'illustrateur. Séduit par la proposition, seul le retient encore le contrat avec l'Abbé Wallez pour trois albums. Ce dernier réclame sa part sur la diffusion de Tintin dans des revues étrangères. Hergé ne tolère pas cela et, sur les conseils de Lesne et du Syndicat de la propriété artistique, obtient gain de cause et la rupture du contrat.

Le 4 mars 1934, un nouveau contrat est signé avec les éditions Casterman : un droit d'auteur de 15% pour Hergé et une exclusivité de la vente en Belgique et à l'étranger pour Casterman.

Hergé exige une rigueur exemplaire - dès les premières sorties de presse - de la part de l'éditeur. Il consacre toujours l'attention la plus grande aux couvertures. Les relations qu'il entretient se font toujours dans un but d'amélioration du produit fini. Par ailleurs, il assume l'entière responsabilité des publications dans les revues étrangères.

En 1938, Hergé consacre beaucoup d'énergie et d'inventivité pour accroître la popularité de Tintin. En Belgique, la vente des albums est acceptable mais ne décolle pas véritablement. En France, elle est plus que confidentielle. Casterman et Hergé se renvoient la balle. Le premier exige un passage urgent à la couleur, le second une politique commerciale plus agressive.

Hergé voit déjà au-delà de la Belgique, et même de l'Europe, avec l'envie de lancer la série au Canada.

La création de produits dérivés à grande échelle commence à lui caresser l'esprit. Il pense à des puzzles, des calendriers, des albums à colorier. Il imagine des albums documentaires autour de Tintin et, même, la création d'une véritable « Boutique Tintin ». L'on y trouvera tant des albums que des produits dérivés. La liste qu'il établit est étonnante : « Et pourquoi pas des vêtements pour enfants, des tasses décorées, des disques avec les aventures de Tintin ? Et des nappes, des poupées, des découpages, des jouets ? ». Hergé a cinquante ans d'avance !

L'heure n'est plus à un avenir joyeux ; la Deuxième guerre mondiale éclate et Hergé perd son principal support médiatique, « Le petit Vingtième », qui cesse définitivement de paraître. Répondant à l'appel du Roi Léopold III de voir le pays se remettre au travail, il propose ses services au Soir « Volé » qui publie un supplément appelé « Le Soir - jeunesse ».

Loin de poser un acte politique, il cherche plutôt à accroître la popularité de Tintin en profitant de l'absence de concurrents. Il le dit ainsi : « Ce n'est pas le moment de se laisser oublier. Il faut au contraire profiter de l'absence de concurrence française pour s'imposer » . Il agit plus en opportuniste qu'en collaborateur au régime de l'Occupant.

Parallèlement à la publication du « Crabe aux pinces d'or » (1940) et de « L'étoile mystérieuse » (1941), Hergé s'aventure, avec l'aide de Jacques Van Melkebeke, son collaborateur au « Soir - jeunesse », dans un nouveau domaine : celui du théâtre. Ensemble, ils font vivre à Tintin deux aventures inédites : « Tintin aux Indes » et « Monsieur Boullock a disparu », toutes deux, créées au théâtre des Galeries en 1941.


Autre domaine qu'Hergé rêve d'investir depuis quelques années : celui des produits dérivés. Lors de l'été 1942, il signe un contrat avec Bernard Thièry, éditeur et homme d'affaires. Ce dernier lui propose de négocier tous les contrats commerciaux à sa place en devenant son concessionnaire exclusif en Belgique et à l'étranger. La tranquillité a un prix ; il réclame 40% de commission sur les gains réalisés. Hergé arrive à négocier ce pourcentage uniquement pour les anciens dessins.

Cette première véritable incursion dans le domaine du merchandising n'est pas de tout repos. « Bien qu'il était freiné par le boulot, il veillait toujours à ce que le contenu soit de qualité » précise Philippe Goddin .

1942 : passage à la couleur pour Tintin. Ce changement, maintes fois réclamé par Casterman (en plus d'une diminution du nombre de pages), Hergé a du mal à l'accepter, craignant d'y perdre les caractéristiques de son trait. Il l'accepte finalement, plus pour des raisons techniques qu'artistiques. Il tient vraiment à être prêt lorsque la guerre sera terminée avec toute une collection disponible sur le marché. Joignant l'utile à l'agréable, Hergé profite de la diffusion des premières aventures de Tintin en Flandre pour les redessiner.

1944 : Bruxelles est libérée le 3 septembre. Pour Hergé, qui a travaillé pour un journal aux mains de l'Occupant, les ennuis commencent. Plusieurs fois arrêté puis relâché depuis que le Soir « volé » a cessé de paraître, il est coupé de toute publication.

Du côté merchandising, Bernard Thièry qui n'a pas apporté beaucoup de résultats depuis 1942, dit que le nom d'Hergé ferme des portes. Une année passe. Le malaise est total.

Un matin de septembre 1945, vient frapper à la porte d'Hergé un dénommé Raymond Leblanc, héros de guerre, qui veut, avec l'aide de quelques-uns de ses amis, lancé un journal baptisé Tintin. Hergé est d'accord mais, pour cela, il doit obtenir un certificat de civisme (condition sine qua non pour travailler en Belgique au lendemain de la guerre). Leblanc, par ses relations bien placées, accélère le cours des choses et obtient le précieux sésame. Le journal « Tintin » est sur les rails.

En homme d'affaires avisé, Leblanc effectue un véritable battage médiatique pour l'époque. Il dispose de l'accord de l'AMP (Agence et Messagerie de la Presse) et a le soutien des plus grands collèges d'enseignement catholique de Bruxelles. Il répand des messages de promotion dans de nombreux journaux, auprès des diffuseurs, du public et des libraires. Summum de la promotion, un spot publicitaire est projeté dans les cinémas. Du marketing avant la lettre ! Bien vite, le journal « Tintin » est un succès.

Hergé est, hélas, toujours affecté par le climat général de l'après-guerre. Il rompt son contrat avec Bernard Thièry qui l'a abusé en affaires. Comme le dit Philippe Goddin : « Cette aventure ne l'a pas échaudé par rapport au merchandising (mais) l'a incité à ne plus faire guère confiance à autrui » .

Deux ans plus tard, Raymond Leblanc vient lui proposer un nouveau moyen de dynamiser les ventes du journal : « Le timbre Tintin ». Sceptique, il réalise néanmoins ledit timbre. Rapidement, les timbres, présents sur les denrées alimentaires et dans le journal, sont collectionnés par des milliers de personnes en Belgique (mais aussi en France) pour obtenir de nombreux cadeaux à l'effigie de Tintin et Milou (statuettes, papiers peints, papiers à lettre, gilets, décalcomanies, etc...).

Le rêve d'Hergé de voir l'effigie de son héros se répandre sur les supports les plus divers est en train de se réaliser. Ce sont les Editions du Lombard qui se chargent désormais des produits dérivés et des publicités autour de Tintin.

1954 verra la création de l'agence Publiart, exclusivement consacrée à cette mission pour la Belgique. Son directeur Guy Dessicy connaît bien Hergé et a déjà travaillé aux Studios Hergé pendant sept ans avant de créer l'agence. Sa première mission est de faire la promotion des différentes séries du journal « Tintin » et des sponsors commerciaux du journal. A partir des années 60, il s'occupe de l'utilisation commerciale de Tintin.²

Hergé a longtemps hésité. « Il n'a jamais axé son intérêt sur cette utilisation et il a même longtemps refusé. » nous dit Dessicy. Hergé s'engage car il faut que Tintin demeure un succès. Fidèle à l'éthique que véhicule l'image de son personnage, il exige jusqu'au début des années 70 que les différents produits ne soient en rien mauvais pour la santé et la morale des enfants. Dans cette mesure, Le Lombard effectue le tri nécessaire. Hergé s'occupe alors de faire quelques crayonnés et laisse à ses Studios le reste du travail.

La création d'une attraction sur Tintin dans le parc Walibi en 1975 le laisse de marbre. Il va même jusqu'à dire, parfois, en recevant une demande « Encore quelqu'un au bord de la faillite et qui veut se refaire. »

N'accordant plus qu'une importance alimentaire à tout cela, il laisse la publicité envahir ses Studios. Alors qu'il vit ses dernières années mais qu'aucun album de Tintin ne sort, la publicité est devenue l'activité principale des Studios. Reste à savoir ce qu'il advient de Tintin après sa mort.

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